COVID-19 : le pari des 500000 tests sera-t-il tenu ?

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Le 16 mars dernier, le directeur général de l’OMS n’avait qu’un seul mot d’ordre pour combattre le COVID-19 : « testez, testez, testez ». Peu de pays dans le monde ont pu suivre ce conseil. La France  a eu du bien du mal à monter en puissance son dispositif de test. Elle est train de mettre les bouchées doubles pour être au rendez-vous du 11 mai.   

COVID-19 : le pari des 500000 tests sera-t-il tenu ?

Contrairement à d’autres pays comme la Corée du Sud ou l’Allemagne, la France n’a pas pu mettre en place très tôt une politique de dépistage massif en raison d’une pénurie de tests. Il s’agit de tests de dépistage dits PCR ou virologiques qui se font à partir d’un prélèvement nasopharyngé. Un deuxième type de tests dits sérologiques qui permet de voir par une prise de sang si une personne a été infectée n’est pas encore autorisé en France. Ces tests commencent cependant à se pratiquer dans certains endroits à l’initiative de laboratoires.
500 000 à 700 000 PCR tests par semaine, c’est l’objectif que s’est fixé le gouvernement pour le 11 mai. « Nous devons être en capacité de tester toutes les personnes symptomatiques le 11 mai, lors du déconfinement », s’est engagé Emmanuel Macron. Pour éviter que l’épidémie reparte, le déconfinement doit absolument s’accompagner d’un dépistage à grande échelle.
Dépister ne suffira pas. Il faudra surtout tracer. Une fois un cas positif identifié, il faudra faire du « tracing » c’est -à-dire identifier et prévenir les personnes ayant été en contact rapproché avec le malade. Il faudra aussi mettre en « quatorzaine » à la fois la personne covid+ mais également les contacts qui seront testés positifs soit à domicile soit dans des hôtels. 

Une montée en charge laborieuse

Il y a eu indéniablement un retard à l’allumage pour deux raisons.
Au départ; le choix a été fait de confier la réalisation de ces tests aux CHU « En moyenne c’était 6 tests par jour dans notre département. Tout était envoyé au CHU alors que les laboratoires privés étaient tout à fait en capacité de le faire », se rappelle le Dr Luc Duquesnel, médecin généraliste dans la Mayenne. « C’était assez pénible. On avait souvent des refus car l’hôpital ne testait que les patients susceptibles d’être hospitalisés », se souvient également le Dr Bertrand Demory, médecin généraliste qui exerce à Armentières. Même souvenir chez le Dr Jean Daniel Gradeler, médecin généraliste en Moselle : « Quand j’ai eu mon premier cas le 13 mars dans l’Ehpad où je suis médecin coordonnateur, l’hôpital n’a pas voulu le tester car il ne justifiait pas d’une hospitalisation »
Les choses se sont beaucoup améliorées depuis, avec l’entrée en scène des laboratoires de biologie de ville qui ont du s’activer en coulisses. « C’est beaucoup plus simple maintenant », reconnaissent les médecins libéraux interrogés. L’offre s’est récemment élargie aux laboratoires vétérinaires, de gendarmerie, de police, départementaux. Depuis un arrêté du 5 avril. L’arrivée de machines d’extraction à haut débit a également permis de passer à la vitesse supérieure. 
 
« Nous sommes aujourd’hui à plus de 165000 tests par semaine. Nous progressons bien et sommes pas très loin de la capacité de détection des Allemands » se réjouissait récemment Jerome Salomon, le DGS devant la mission d’information parlementaire
En raison de la pénurie de tests, la stratégie de dépistage a été restrictive au départ. Seules certaines catégories étaient éligibles. La doctrine s’est depuis élargie : peuvent désormais être testés tous les patients symptomatiques ainsi que les pensionnaires et personnes travaillant dans les Ehpad.

La faute à la mondialisation ?

Les retards pris s’expliquent avant tout par la pénurie de divers dispositifs et matériels necessaires : réactifs, consommables, écouvillons… etc. Contrairement à l’Allemagne, la France, faute de production nationale, est dépendante d’approvisionnements extérieurs. Cela ne date pas d’aujourd’hui. C’est le résultat des politiques  de délocalisation qui remontent à plus de 30 ans.  Ainsi « la Taq polymérase qui est un composant absolument indispensable à l’amplification de l’ADN est fabriquée principalement en Asie du Sud-Est », rappelle Philippe Piet, biologiste en Dordogne.
Les difficultés sont toujours là. « On a des problèmes d’écouvillons qui sont principalement fabriqués en Lombardie en Italie », indique le Dr Demory. Le Dr Duquesnel engagé ces derniers jours dans une importante opération de dépistage chez les professionnels de santé exerçant dans les établissements medico- sociaux, estime « qu’on pourrait faire plus de tests, mais nous les limitons en raison du nombre de tests réalisables qui sont eux-mêmes dépendants de la quantité de réactifs nécessaire »
L’objectif de 500000/700000 tests par semaine sera-t-il atteint ? « On est en situation de répondre aux besoins. L’objectif sera atteint pour peu que l’ensemble de la chaine d’approvisionnement soit fiable », se veut rassurant Philippe Piet. De son côté, la médecine de ville a aussi commencé à tester tout patient symptomatique.
Des équipes mobiles de tests couplées à des équipes mobiles de tracing vont être déployées sur tout le territoire. Des « drives » de dépistage ont également éclos sur les parkings, où les patients sont testés depuis leurs véhicules. Le gouvernement a commandé 20 machines d’extraction à très haut débit qui commencent à être déployées dans les CHU. Parallèlement, des kits de prélèvements et réactifs ont aussi été commandés afin d’augmenter l’offre disponible. Rendez-vous le 11 mai…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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