C19 : Retour vers le futur ! V2

La médecine classique a été mise à rude épreuve par la COVID 19. La plateforme C19, mise en place au pied levé par Nabla, a permis de tirer de nombreux enseignements au sein de la communauté médicale. C19 c’est l’exemple d’un modèle de collaboration qui a fonctionné grâce au bouche-à-oreille entre confrères pour répondre aux besoins de patients laissés pour compte par un système de soins au bord de l’implosion.

Nabla a pu rapidement mettre au point 5 arbres diagnostiques permettant d'orienter les patients, avec plus de 300 000 passages sur la plateforme de mars à juin 2020 ! Ce n’est pas rien, et tous les témoignages de ce dossier le prouvent, le travail pluridisciplinaire autour du patient, aidé par l’intelligence du système, a été une véritable réussite.
Avec C19, les médecins s’y retrouvaient, même ceux qui n’avaient jamais tchatés de leur vie. A vrai dire, dès le départ, le défi de Nabla c’était de simplifier les usages et d’éviter de construire des usines à gaz qui peuvent perdre aussi bien les patients que les soignants. Les patients répondaient à un questionnaire très facile, plus ou moins long selon la situation. Il était possible de renseigner beaucoup d’éléments en lien direct et indirect avec le tableau clinique du COVID 19 : toux, difficulté respiratoire, fièvre, mal de gorge, courbature, perte d’odorat, passage dans des régions plus à risque ou cas contact, âge, comorbidités, grossesse, autres signes viraux (notamment diarrhée, asthénie, céphalée), activité (étudiant, chômeur, retraité, en activité), âge des enfants.

RENFORCER LE LIEN PATIENT SOIGNANT
Prendre en charge le patient dans sa globalité est devenu très difficile en médecine classique. C’est un constat triste auquel les médecins s’habituent, faute de mieux. Bien souvent, les praticiens vont à l’essentiel et loupent peut-être parfois l’occasion d’échanger avec leurs patients. Avec C19, tout le monde pouvait accéder à un médecin et recevoir une réponse personnalisée et précise.
Pour le Dr Hervé Megaides, médecin généraliste, C19 c’était une application très intéressante et riche d’enseignements. Il avoue n’avoir jamais envisagé l’utilisation de ce type de plateforme. « Je pouvais répondre aux questions des patients, autant que nécessaire. Le patient avait le temps de formuler ses questions alors qu’en consultation, il est interrompu au bout de 17 secondes en moyenne. Cela veut dire qu’un patient a à peine le temps d’exprimer ses besoins ou de poser une question que le praticien va l’interrompre. Il n’y a pas vraiment de liberté d’expression puisque le temps est compté. »  Pour Hervé, C19 permettait aussi au patient d’avoir comme interlocuteur direct un médecin, capable de répondre à tout moment et directement à sa question. Ce n’est pas une chose facile aujourd’hui, c’est même impossible en dehors d’une consultation ! « Dans d’autres types de solutions faisant appel à l’IA, le patient peut parfois avoir un accès à un carnet de rdv mais rarement à un médecin directement, sans rdv. C19 c’était pour la COVID 19, mais on peut tout à fait imaginer ce type de plateforme pour d’autres problèmes de santé, comme des céphalées, des troubles digestifs, des troubles du sommeil, des troubles psychiatriques comme l’anxiété par exemple, où il n’y a pas besoin d’examiner le patient. On peut aussi imaginer que des patients puissent transmettre un ECG, leur tension artérielle, leur pouls de manière instantanée afin d’obtenir un avis médical », ajoute le Dr Megaides.
 
PRENDRE LE POULS DES POPULATIONS DE FAÇON TRÈS CONCRÈTE
Pour le Dr Carine Chaix-Couturier, médecin de santé publique, participer à C19, c’était d’abord par intérêt personnel. « C’est compliqué de ne rien faire en pleine pandémie quand on est médecin. Prendre le pouls de la population et se rendre compte de ce qui se passe réellement, c’était vraiment important pour moi. Les gens avaient extrêmement peur et ne venaient plus nous voir, même ceux qui en avaient vraiment besoin, car ils craignaient de se déplacer. Certains patients avaient aussi besoin d’accéder à des informations de qualité et d’avoir des réponses à leurs questionnements. Grâce à la plateforme, on avait accès aux sociétés savantes et à d’autres spécialités médicales afin d’apporter des informations qualitatives rapidement ». Le Dr Chaix-Couturier ajoute d’ailleurs à ce propos, que bien souvent, lorsqu’un médecin est installé depuis un certain temps, les interactions avec d’autres spécialités médicales se raréfient. Sur C19, l’échange pluridisciplinaire autour de cas de patients, quand on n’a pas la réponse nous-mêmes, était très enrichissant. On a pu tisser de vrais liens de confiance et d’entraide entre médecins ». Carine met aussi en évidence deux points importants dans ce retour d’expérience. Le premier, c’est la possibilité d’orienter les patients vers le bon acteur de santé, par exemple un autre professionnel ou une structure de télémédecine qui pourra le prendre en charge rapidement. Et le deuxième point, c’est le triage des patients. Un tri, qui, selon elle, s’il avait été déployé au niveau national, aurait sans doute eu un impact sur le désengorgement des plateformes d’appels d’urgence et des accueils aux urgences.

J’AVAIS PEUR DE NE PAS COMPRENDRE LE PATIENT !
Ce sentiment d’utilité est aussi partagé par le Dr Yannick Guillodo, médecin du sport. Il a rejoint le projet C19 pour mettre à profit son esprit d’analyse de médecin. Toujours méfiant à l’égard de ce genre d’outil, il confie n’avoir jamais osé utiliser ce type de plateforme avant la COVID 19. « Honnêtement, j’étais assez contre ce genre d’outil. Pour moi le cœur du métier du médecin c’est le face à face avec le patient. Vous savez, dans notre métier, on a énormément d’empathie. J’avais peur de ne pas comprendre le patient si je ne le voyais pas et de ne pas avoir les bons mots.  Puis, une fois dedans, j’avais l’impression d’être utile et j’y ai pris du plaisir ! ». Ce qui a plu au Dr Guillodo, c’est aussi d’avoir le temps de nuancer ses réponses. Dans la pratique, quand on a le patient en face, parfois on cherche ses mots, on parle trop vite, on ne sait pas quoi dire ou bien on n’a tout simplement pas le temps de répondre. « C19 m’a demandé de savoir lire entre les lignes parfois mais ce n’était pas en direct, on avait un petit temps de latence pour réfléchir. Finalement, ce métier est complémentaire avec celui de la consultation. Il y a des nouveaux outils au service des patients, à notre service, ce serait idiot de ne pas les utiliser ! ».

UN OU DEUX CLICS POUR RENDRE ACCESSIBLE LA PSY A LA MAISON
S’il y avait un effet auquel les fondateurs de C19 n’avaient pas forcément pensé, c’est bien la déstigmatisation de la psychiatrie. Au départ C19, c’était la porte d’entrée somatique, puis de fil en aiguille, c’est devenu du soutien psychologique, confie le Dr Claire Payen, psychiatre. Selon elle, et beaucoup de confrères la rejoignent sur ce point, « Les structures de soins de psy sont très stigmatisées, mais là, avec C19 il n’y avait plus cette barrière. On a pu rendre plus proche le soutien psychologique voire même déstigmatiser la psy. Il y avait l’angoisse du virus mais il y avait aussi le changement de style de vie. La famille, le travail, le logement, la réduction de l’espace, tout cela avait quelque chose d’explosif. La situation était hyper anxiogène ! ».
Le Dr Payen s’est très vite rendu compte que les symptômes respiratoires, ça pouvait être aussi bien la COVID 19 que l’anxiété. Elle a donc rapidement constitué une équipe de soutien psychologique pour faire face à cette demande et à la fermeture de structures de soins classiques. « Beaucoup de psys libéraux ont fermé leur cabinet. Certes, il y a eu un maintien des téléconsultations pour ceux qui en avaient les moyens, mais ce mode de consultation ne permet pas de prendre un nouveau patient. Donc il y avait beaucoup de gens qui n’avaient pas ou plus accès aux professionnels de santé de notre spécialité. » confie Dr Claire Payen. Avec ses collègues, elle est sortie de sa zone de confort et a pris un virage différent de sa pratique habituelle. « C’était un gros changement. C19 a complètement revisité nos pratiques. Dans l’équipe, il y avait de tous les âges, des jeunes et des moins jeunes qui avaient de la bouteille et qui pourtant se mettaient à tchater en toute simplicité. Les médecins généralistes nous adressaient des questions s’ils avaient des doutes sur des sujets psy. Chacun a apporté ses compétences au service des patients ».
La présence des différentes spécialités médicales qui dialoguaient entre elles facilement sur C19 a permis d’apporter la meilleure réponse possible. Et cette belle expérience humaine a aussi démontré chez Nabla, la capacité d’apprentissage des machines grâce à l’intelligence artificielle.
 

Un article inspiré par le monde de Nabla

Portrait de WUD
Par WUD

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