Ah bon t'es sûr ?

Le passage de 3 à 11 vaccins obligatoires pour les enfants, décidé par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, a déclenché de vives discussions dans la population… et un certain malaise dans la profession médicale.

Au bistrot, à table, à la plage… Tout l’été, les Français n’ont parlé que de ça. Non, pas de Neymar… mais de la décision du Gouvernement de porter le nombre de vaccins pédiatriques obligatoires de 3 à 11 à compter du 1er janvier 2018. La mesure a coupé la population en deux : d’un côté ceux qui applaudissent avec ferveur, et de l’autre ceux qui dénoncent une intolérable atteinte à la liberté. On pourrait croire que cette fracture a épargné la profession médicale. Il n’en est rien. 

À première vue, pourtant, l’extension de l’obligation vaccinale suscite l’approbation des praticiens, notamment chez les plus jeunes. « Je trouve que c’est une bonne idée, c’est pragmatique et cela répond à un problème de santé publique qui est en train de prendre de l’ampleur », note Pierre*, généraliste fraîchement installé. « Puisque les effets ne sont pas satisfaisants lorsqu’on laisse le choix aux gens, il faut bien en passer par l’obligation », ajoute Alfredo*, un confrère parisien. 

Au-delà de ces médecins de terrain, une partie du mandarinat a aussi salué la décision gouvernementale. En juin dernier, 200 des plus grands noms de la médecine française ont par exemple signé dans Le Parisien une tribune approuvant l’extension de l’obligation vaccinale « parce que le principe de précaution doit ici se traduire par l’application du principe de prévention ». 

Des voix discordantes 

Mais des avis divergents se sont également fait entendre au sein de la profession, par exemple du côté du Collège national des généralistes enseignants (CNGE). Ces universitaires ont même publié une tribune dans Le Monde pour dénoncer l’extension de l’obligation : ils la jugent contreproductive car paradoxalement susceptible de renforcer la défiance de la population envers les vaccins.

Et si l’on quitte le sujet de l’obligation vaccinale pour aborder celui de l’utilité et de l’innocuité des différentes immunisations, on trouvera aussi des voix médicales très respectées pour refuser de donner un blanc-seing à l’ensemble des produits concernés. « Il en est des vaccins comme de tous les médicaments », écrivait par exemple en 2015 le Dr Dominique Dupagne sur son blog atoute.org. « Certains sont utiles, d’autres néfastes, d’autres sans grand intérêt. » 

Qui se sent à l’aide avec les adjuvants ?

Une enquête** menée conjointement en 2015 sur un panel de 1 700 généralistes par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), trois Observatoires régionaux de la santé (ORS) et trois Unions régionales des professions de santé (URPS) montrait même que si 97 % des praticiens se disent favorables à la vaccination en général, ils sont 26 % à considérer que certains vaccins recommandés par les autorités sont inutiles.

20 % estiment que les enfants sont vaccinés contre trop de maladies, et seulement 43 % déclarent se sentir à l’aise pour donner des explications à leurs patients sur le rôle des adjuvants. « Ces chiffres montrent que les médecins partagent un certain nombre des perceptions du grand public », commente le Dr Pierre Verger, chercheur en santé publique à l’Inserm et directeur de l’ORS Provence- Alpes-Côte d’Azur. « Ils sont considérés comme des experts de la vaccination alors qu’ils sont très peu formés sur les questions scientifiques relatives aux vaccins, à leur fabrication… »

Certes, nombre de praticiens contesteront cette analyse. Reste que, les 20 % de médecins qui pensent que les enfants sont vaccinés contre trop de maladies seront bien obligés, à partir du 1er janvier prochain, d’appliquer la loi. « Ils vont se trouver en première ligne, il s’agit de les aider », alerte Pierre Verger. « Pour l’instant, je ne vois pas de campagne nationale d’explication. »

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Témoignage : Les anti-vaccinaux n’ont jamais eu une tribune aussi importante

Le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) s’est prononcé en juillet dernier contre l’extension de l’obligation vaccinale voulue par le gouvernement. Son président, le Pr Vincent Renard, nous explique pourquoi. 

Quels sont les griefs des généralistes enseignants contre l’obligation vaccinale ? 

Tout d’abord, c’est une procédure lourde, contraignante et qui va avoir des effets indésirables. Ensuite, nous n’avons aucune ébauche de preuve qu’elle puisse améliorer la couverture vaccinale. Avant de déclencher une telle mesure, il aurait été raisonnable de faire une expérience pilote, pour savoir si cela pouvait faire changer les choses. 

Quels sont les « effets indésirables » auxquels vous vous attendez ? 

Beaucoup de patients sont inquiets, et les médecins qui vaccinent au quotidien sont confrontés à une multitude de questions de leur part. En élargissant l’obligation vaccinale, on renforce la conviction selon laquelle on cache quelque chose. On le voit d’ailleurs déjà dans la presse : depuis cet été, les mouvements antivaccinaux ou sectaires n’ont jamais eu une tribune aussi importante. On a besoin d’une stratégie de conviction apaisée et résolue. Là, on est dans la polémique. 

Qu’auriez-vous préféré à la place de l’obligation vaccinale ? 

Nous sommes assez désabusés car en termes de prévalence et de morbidité, le problème que l’on cherche à solutionner avec l’obligation vaccinale reste relativement restreint. Cette mesure nous semble aller contre le sens de l’histoire : on essaie de faire en sorte que les patients soient plus autonomes, plus responsables, mais on oublie tout cela dès qu’il s’agit de vaccination. Et pourtant, ce n’est pas avec des injonctions qu’on fera changer les mentalités.

Portrait de Adrien Renaud

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