A plus de trois mois du début de la vaccination, le sujet reste sensible. Des patients inquiets tout autant que des impatients. Des professionnels de santé encore ambivalents. Des vaccins qui se font attendre pour des vaccinateurs de plus en plus nombreux. 

Pour y voir plus clair, et pour en parler au mieux à nos patients. voici le dossier de la rédac !

Dans la grande nébuleuse vaccinale, comment s'y retrouver avec des recommandations qui ne cessent d'évoluer ? Qui peut se faire vacciner et avec quel vaccin ? Quels sont les risques ? Récap. 

Des appels massifs à la vaccination, mais des règles souvent floues et mouvantes. Retour sur la stratégie vaccinale française. 

A quel patient, quel vaccin ?

Le ministère de la Santé a rappelé à travers une infographie les publics visés par la vaccination. 

© Ministère des Solidarités et de la Santé 

Concernant les professionnels de santé, la Haute Autorité de Santé a émis ses recommandations : 

  • Les moins de 55 ans doivent recevoir le vaccin Pfizer 
  • Les plus de 55 ans : AstraZeneca. 

Quels sont les risques ? 

Ces derniers temps, le vaccin AstraZeneca a souvent occupé le devant de la scène, notamment après des cas de décès dus à des thromboses post-vaccin. D'abord suspendu, il a finalement été remis en circulation dans la stratégie vaccinale. Dans son point de surveillance du 12 au 18 mars l'ANSM avait indiqué : "le caractère très atypique de ces thromboses, leurs tableaux cliniques proches et le délai de survenue homogène conduisent le comité de suivi à confirmer la survenue, très rare, de ce risque thrombotique chez les personnes vaccinées par le vaccin AstraZeneca. Il est rappelé que l’Agence européenne du médicament (EMA) confirme la balance bénéfice/risque positive de la vaccination avec AstraZeneca dans la prévention de la Covid-19".

"Si un vaccin est autorisé, c’est au terme d’une procédure rigoureuse d’essais et d’évaluations conduits par des autorités sanitaires indépendantes. Rien n’est engagé sans l’avis préalable de la Haute Autorité de santé (HAS) sur chacun des vaccins, et les personnes vaccinées seront suivies dans le cadre d’un dispositif renforcé de pharmacovigilance et de traçabilité mis en place par l’Agence nationale de sécurité du médicament et l’Assurance maladie. Tout est ainsi mis en œuvre afin que la sécurité sanitaire soit maximale", a précisé la DGS interrogé par WUD.

Quelles sont les contre-indications ? 

"Concernant l’existence d’éventuelles contre-indications préalables à la vaccination, le professionnel de santé, en amont de la vaccination, s’assure de l’absence de contre-indications temporaires ou définitives à la vaccination (le patient remplit à cette fin un questionnaire) et il détermine le rapport bénéfice/risque de la vaccination pour les patients ou résidents. Sur signalement-sante.gouv.fr, les professionnels de santé ou les usagers pourront signaler tout effet indésirable à la suite d’une vaccination", ajoute l'institution. 

Pour les populations fragiles, la balance bénéfices-risques a été évaluée en faveur du vaccin. 

Quels sont les effets secondaires à surveiller ?

"Les effets secondaires engendrés s’apparentent souvent à un syndrome pseudo-grippal. La liste complète des effets indésirables connus peut être consultée sur le site internet de l’ANSM, qui a mis en place un dispositif spécifique de surveillance renforcée des effets indésirables des vaccins anti-Covid-19 sur le territoire français", poursuit la DGS. 

Quelles sont les dernières données d’efficacité pour les quatre vaccins sur le marché français ? Et sur les différents variants ? Est-ce une bonne stratégie d’espacer les doses ? Est-il dangereux de se faire vacciner quand on a déjà eu la Covid-19 ? Autant de questions auxquelles WUD répond sur la base des études disponibles, des avis de la HAS et de l’ANSM et des réponses fournies par le Pr Alain Fischer, président du Conseil sur la stratégie vaccinale, lors de son audition au Sénat le 10 mars dernier. 

 

 

 

1-Que disent les dernières études sur l’efficacité des vaccins Pfizer, Moderna, Astra-Zeneca et Janssen ?

 

-Pfizer :
Une étude en vie réelle en Israël portant sur 600 000 personnes vaccinées, publiée le 24 février dans le New England Journal of Medicine, a montré une réduction de 94% du taux d’infection symptomatique après la deuxième dose et une réduction de 92% du nombre de formes sévères de la Covid-19.
Pour rappel, selon les essais cliniques de phase 3 publiés le 10 décembre dans le New England Journal of Medicine, le taux d’efficacité du vaccin Comirnaty était de 95%. Un taux très élevé pour un vaccin, salué par les scientifiques du monde entier. Dans sa stratégie de vaccination, la HAS précisait que "cette efficacité semble similaire, quels que soient l'âge des sujets (avec notamment une efficacité chez les personnes de 65 ans ou plus de 94,7%), leur sexe, leur IMC et la présence ou non de comorbidités associées."  
 

-Moderna
Selon l’OMS, l’efficacité observée du vaccin Moderna est d’environ 92 % contre les formes symptomatiques légères à modérées de COVID-19, et la protection commence 14 jours après la première dose.
Efficacy and Safety of the mRNA-1273 SARS-CoV-2 Vaccine (New England Journal of Medicine, 30.12.2020).
L’efficacité apparaît rapidement avec un taux de protection estimé à 80,2 % un mois après la première injection. Cette efficacité semble se maintenir dans les sous-groupes évalués selon leur âge, sexe, origine ethnique ou leur risque de forme sévère, mais pas contre les formes asymptomatiques.

 

-Astra-Zeneca
« Ces dernières semaines sont venues d’Ecosse puis d’Angleterre des données très encourageantes montrant que le vaccin Astra-Zeneca est aussi efficace que celui de Pfizer sur les formes graves et les hospitalisations et ceci y compris chez les personnes âgées. Ce sont des données capitales. Il n’y a absolument aucune perte de chance avec ce vaccin, comme certains le croient », soulignait le 10 mars le Pr Alain Fischer, professeur d'immunologie pédiatrique et président du Conseil d'orientation sur la stratégie vaccinale, lors de son audition au Sénat sur la stratégie vaccinale le 10 mars dernier. Les nouvelles données britanniques du NHS obtenues en vie réelle, suggèrent une efficacité de plus de 80 % pour prévenir les hospitalisations chez les plus de 80 ans, trois à quatre semaines après la première injection.
Lors des études cliniques de phase 3, ce vaccin semblait un peu moins efficace, avec, en moyenne, 70,4% de protection contre les formes symptomatiques de Covid-19. Selon les avis de la HAS du 2 mars, puis du 19 mars, les effets les plus marqués sont observés de 28 à 34 jours après la première injection : efficacité de 85% pour les 18-64 ans, 79% pour les 65-79 ans et 81% pour les plus de 80 ans. 

 

-Janssen
Son efficacité, établie par l’essai de phase III comptant 43 783 participants de toutes catégories d’âge, s’élève à 66% en moyenne sur la durée de l’étude, et augmente à partir d’au moins 14 jours après l’injection sur les formes ayant nécessité une hospitalisation (93,1%) et sur les formes sévères/critiques de la maladie (76%).
Les premières analyses exploratoires montrent par ailleurs une efficacité comparable sur les formes asymptomatiques à celle observée sur les formes symptomatiques. La réponse immunitaire persiste pendant au moins 12 semaines, y compris chez les personnes âgées de 65 ans et plus. L’ensemble de ces données est à retrouver sur le site de la HAS.

 

 

2-Quelle est l’efficacité des vaccins sur les différents variants ?

Le variant dit « britannique » (lignée B.1.1.7 et variant 501Y.V1) devient majoritaire dans la plupart des régions françaises. En l’état des données disponibles, les vaccins Pfizer, Moderna et Astra-Zeneca conservent un taux de protection suffisant contre ce variant britannique.
En revanche, les variants dits « sud-africain » (lignée B.1.351, variant 501Y.V2) et « brésilien » (lignée B.11.248, variant 501Y.V2) inquiètent davantage les scientifiques, pour ce qui est de l’efficacité vaccinale.
 

-Pfizer et Moderna
Pour ces deux vaccins à ARN messager, on observe in vitro une baisse d’environ 30% de leur activité neutralisante face au variant dit « anglais ».
Mais selon les immunologistes, compte-tenu de leur taux de protection initial très élevé (plus de 90%), cette légère diminution ne devrait pas avoir de conséquences majeures. Selon l’OMS, « d’après les données dont on dispose jusqu’à présent, les nouveaux variants du SARS-CoV-2, dont le B.1.1.7 et le 501Y.V2, ne modifient pas l’efficacité du vaccin à ARNm de Moderna ».
Le fabricant Moderna a annoncé fin février qu’une version modifiée de son vaccin, développée spécifiquement contre le variant sud-Africain, était prête à être testée sur des humains.
 

-Astra-Zeneca
Selon un article « pre-print » publié dans « The Lancet » le 4 février dernier, son efficacité est maintenue à hauteur de 74% face au variant anglais.   
En revanche, son efficacité n’est pas démontrée pour le moment sur le variant dit « Sud-africain ». Selon un essai publié sur medRxiv le 10 février dernier, réalisé en Afrique du Sud sur 1500 personnes de moins de 65 ans, 15 jours après la seconde dose de ChAdOx1-S, 19 cas de covid-19 symptomatiques se sont produits dans le groupe vaccin et 23 dans le groupe placebo. Sur les 42 patients positifs , 39 l’étaient avec la souche 501.Y.V2, dite « sud-africaine ».

 -Janssen
Selon la HAS, « le vaccin de Janssen présente un intérêt particulier dans les zones où les variants sud-africains et brésiliens circulent activement, du fait de son efficacité persistante sur ces variants ».
La spécificité de l’essai de phase 3 qui a inclus plus de 43 000 personnes dans 8 pays est qu’il avait inclus près de 5000 patients sud-africains. Il en est ressorti que l’efficacité du vaccin Ad26.COV2.S était légèrement plus faible que chez les 18 205 sujets états-uniens, mais néanmoins bonne (64 % contre 72 %) et ce malgré la présence du variant sud-africain. De plus, le vaccin Janssen conserve un excellent taux de protection contre les formes sévères à critiques dans ce pays : plus de 80 %.
En revanche, la question de son efficacité sur les variants anglais et brésilien reste en suspens. 

 

3-Est-ce une bonne idée d’espacer les doses pour vacciner plus rapidement ?
« La Grande-Bretagne a commencé à vacciner plus tôt, avec un approvisionnement différent et une stratégie différente : administrer une seule dose à chacun pour vacciner plus de monde plus vite, mais avec le risque -assumé apparemment- de moins bien vacciner puisque qu’on sait que les vaccins à ARN messager et le vaccin Astra-Zeneca nécessitent l’injection de 2 doses (espacées de 3-4 semaines pour les ARN et de 12 semaines pour les vaccins à adénovirus) pour atteindre leur efficacité optimale. J’ai tendance à penser que la stratégie européenne et nord-américaine est plus fiable à long terme, mais c’est l’avenir qui nous le dira », expliquait le Pr Alain Fisher, lors de son audition au Sénat. Cette stratégie a en effet été adoptée par les britanniques début janvier, au moment de l’apparition d’un variant qui semblait plus contagieux. En France, les autorités se sont refusées à adopter cette stratégie. Dans un avis du 7 janvier 2021, l’ANSM a indiqué que le délai d’administration de la seconde dose pouvait être envisagé entre 21 et 42 jours, au vu des circonstances spécifiques. Néanmoins, dans un avis du 11 janvier, Santé Publique France se disait favorable à une stratégie consistant à utiliser l’ensemble des doses disponibles pour administrer la première dose au plus grand nombre et différer la seconde dose au-delà des 3 ou 4 semaines.

 

4-Est-il dangereux de vacciner une personne qui a déjà eu le Covid-19 ?
-Non, pas plus qu’il n’est dangereux de vacciner contre la grippe une personne qui a déjà eu la grippe dans sa vie.
Selon la HAS, les personnes immunocompétentes ayant fait une infection datée par le SARS-CoV2 prouvée par une PCR ou test antigénique doivent être considérées comme protégées pendant au moins 3 mois mais plus probablement 6 mois. La HAS recommande donc de réaliser leur vaccination au-delà de ce délai de 3 mois après l’infection, de préférence avec un délai proche de 6 mois.
La réalisation d’une sérologie prévaccinale n’est pas pertinente.
A ce stade des connaissances, la HAS préconise de ne proposer qu’une seule dose aux personnes immunocompétentes ayant fait une infection par le SARS-CoV-2, quelle qu’en soit son antériorité, car elles ont déjà élaboré à l’occasion de l’infection une mémoire immunitaire.

5-Quelle immunité de groupe faudrait-il atteindre pour reprendre le contrôle sur l’épidémie et retrouver progressivement une vie normale ?
Selon l’Institut Pasteur, il faut que 67% de la population soit immunisée contre ce nouveau coronavirus pour qu’il cesse de circuler de façon épidémique. « La théorie épidémiologique nous enseigne qu’un agent microbien introduit en population s’arrête de circuler quand la fraction de la population immunisée contre cet agent microbien est supérieure ou égale à : 1-1/R0, où R0 est ce fameux nombre de reproduction, soit le nombre de cas secondaires par personne infectée dans une population non immunisée et en l’absence de mesure de contrôle. En France, où le R0 a été estimé à 3 avant le confinement (Salje et al., Science, 2020), cela veut dire qu’il faudrait que 67% de la population française soit immunisée contre ce nouveau coronavirus pour que le virus cesse de circuler de façon épidémique », peut-on lire sur le site de Pasteur.
Par ailleurs, un article paru dans la revue « Nature » en septembre 2020 apporte des réponses plus détaillées à cette question.
Enfin, selon des projections du cabinet de conseil Airfinity, l’Europe pourrait atteindre l’immunité collective en septembre 2021

 

Pour en savoir plus :
https://www.infovac.ch/fr/infovac/actualites/862-vaccins-contre-covid-19-resultats-interimaires-d-efficacite-et-de-securite

https://www.vidal.fr/maladies/voies-respiratoires/coronavirus-covid-19/vaccins.html

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.