BEAUCOUP DE SÉRIES ET DE FILMS DÉPEIGNENT L’HÔPITAL COMME UN GRAND TINDER DE BLOUSES BLANCHES… CES FANTASMES ONT-ILS DES RÉPERCUSSIONS IRL* ?

Des 16 saisons d’histoires d’amour de Meredith Grey aux chaudes gardes d’Urgences, la vie romantique et sexuelle des médecins semble passionner la pop culture. Déjà, l’illustre Docteur Quinn, femme médecin passait au moins autant de temps à batifoler avec son Cheyenne qu’en consultation. Ce phénomène est mondialisé, en atteste le sous-genre « Medical Korean Drama » et ses 44 séries au compteur, dont le bien nommé Dr Romantic, phénomène au Pays du matin calme. Autre indice de la charge sexuelle du monde médical : sa récurrence thématique dans la pornographie sur la toile. L’histoire est entendue : les médecins sont portés sur la chose, et passer du temps à l’hôpital = avoir une vie sexuelle de malade. Loin du quotidien du commun des « héros en blouse blanche » ? 

QUAND LA FICTION REJOINT LA RÉALITÉ 

La popularité des séries médicales auprès du grand public en fait une réelle source d’information sur la santé, modelant aussi les attentes des patients envers le système de soins1. Après avoir étudié les 15 saisons de la série Urgences, des confrères voient dans l’appétence pour les fictions médicales « un désir de mieux comprendre le système de santé, en montrant les soignants comme des êtres humains, et non pas uniquement comme des blouses blanches »2. Les séries permettent donc d’augmenter les connaissances en santé de l’audience en surfant sur l’intérêt que les médecins suscitent… Une solution aux déserts médicaux ? « Si ces fantasmes permettent des vocations pour exercer ce métier difficile, tant mieux ! », abonde Dr Éric Ozanne, consultant médical réputé dans le monde du cinéma. Avec le risque malgré tout que les aspects réalistes exposent le public à prendre pour argent comptant toutes ces histoires de fesses autour de la table d’opération. 

AMOUR, AMOUR, JE T’AIME TANT 

Car à l’écran, les romances sont tous azimuts : entre médecins, entre internes et chefs (présent dans les séries de tout genre, de What/If de Netflix à la saison 2 du sous-évalué Scream Queens) ou avec les autres soignants (de la Nurse Jackie à qui on ne la fait pas au newbie The Resident), consommées ou non (voir Scrubs)… Le spectateur peut alors avoir rapidement l’impression que les gardes sont de folles nuits d’amour, quand pour beaucoup les rencontres d’après minuit en salle de garde ressemblent plus à Ratatouille qu’aux partouzes du Dr Harford dans Eyes Wide Shut. « On doit parfois modérer la fantasmagorie autour de la salle de garde », confirme Dr Ozanne. 

Des auteurs mettent d’ailleurs en garde sur le fait que les « histoires d’amour compliquées » des protagonistes nuisent à la valeur pédagogique de la fiction3. C’est vrai qu’a posteriori, il est difficile de tirer quoi que ce soit de médical des intrigues de la clinique du Golfe au fil des 14 saisons de la série-fleuve Sous le soleil. Le bon Dr Laure Olivier y brillait certainement davantage par ses multiples romances que par ses diagnostics, plus fantasques. 

COUP DE FOUDRE À L’HÔPITAL 

Notre profession squatte ainsi régulièrement les premières places des classements des métiers les plus populaires sur les sites de rencontres, avec pompier et hôtesse de l’air. 

Dans toute bonne « Rom Com » qui se respecte (soit une comédie romantique avec archaïsmes de genre en vigueur), l’objet de convoitise, mâle et blanc, exerce souvent une profession médicale. Ainsi la filmographie de Jennifer Lopez, poids lourd de la catégorie, est pleine de mariages avec des médecins (Un mariage trop parfait ou Sa mère ou moi). 

FORBIDDEN LOVE 

Enfin, la relation charnelle médecin/patient a inspiré bien des scénaristes. Le coeur brisé d’Izzie Stevens par son patient insuffisant cardiaque (Grey’s Anatomy, saison 2) a marqué les esprits. Parfois, c’est aux dépens du docteur, voir le délire érotomane d’Audrey Tautou sur son cardiologue dans À la folie pas du tout. Dans Effets secondaires et A Dangerous Method, ce sont les psychiatres qui ont des relations avec leurs patients que le Code de déontologie ne saurait souffrir (voir p. 28). Car si le magnétisme du Dr House a beaucoup fait pour la profession, pour permettre à cette dernière de garder son caducée, il vaut mieux que ces passions restent dans les hauteurs de Hollywood.

* In Real Life 
1 Davin S. Healthy viewing: the reception of medical narratives. 
Sociol Health Illn. 2003 
2 Lee, T. K. The Motives for and Consequences of Viewing Television 
Medical Dramas. Health Communication (2013). 
3 Nielsen R. Physicians in the TV soap – a study of ER. Tidsskr Nor Laegeforen. 2005 
 

 

EST-CE QUE SEULS LE CONTEXTE ET LES CIRCONSTANCES EXPLIQUENT CETTE ODEUR DE STUPRE QUI SE RÉPAND DANS LES COULOIRS DE NOS HÔPITAUX ? POUR RÉPONDRE À LA QUESTION, LA RÉDACTION A LANCÉ UN APPEL À TÉMOINS.

« J’ai connu de nombreux praticiens hospitaliers qui ont dû faire des heures supplémentaires dans les cliniques pour payer les multiples pensions alimentaires dont ils devaient s’acquitter, suite à leurs aventures intimes avec des infirmières, des internes, des collègues… Certains ont même dû quitter l’hôpital pour travailler à plein temps en clinique… », nous confie un praticien hospitalier maintenant retraité, et fin connaisseur des moeurs de ses anciens collègues. Qu’on se le dise : ce ne sont pas seulement les mauvaises conditions de travail de l’hôpital public qui provoquent un exode des médecins vers les cliniques, mais aussi la facture que leur laisse leur nombreuse progéniture ! 

Alors, les médecins mâles, tous priapiques ? « Il est vrai que ce genre de coucheries incontrôlées provient presque uniquement de la gent masculine. Mais j’ai aussi connu une chef de service qui avait acheté un cabriolet pour impressionner les jeunes internes et les mettre dans son lit », poursuit notre praticien hospitalier. Car en matière de sexe à l’hôpital, tout le monde se la donne, si l’on peut dire : hommes, femmes, hétéros, homos… « J’ai connu un urgentiste qui a abandonné femme et enfants pour refaire sa vie avec son collègue de service », continue de nous expliquer cet ex-anesthésiste réanimateur. Mais pourquoi donc une telle débauche ? « Nous passons notre temps ensemble pendant nos gardes, et parfois quand ça se passe bien, on couche ensemble. La forte promiscuité hospitalière, le fait que l’on partage ensemble des moments forts, facilite les rapports. »

DANS L’UNITÉ COVID

Mais au fait, où copuler quand on a un planning surchargé et que l’on travaille sous la coupe d’un chef de service qui ne vous lâche pas d’une semelle ? 
Nos médecins ont du talent ! Car suite à un appel à témoignages, nos lecteurs nous ont révélé que… Il vaut mieux frapper à la porte avant d’entrer dans certaines unités Covid… D’autres préfèrent la réa, agréable et silencieuse, s’il en est. Une poignée de jeunes médecins nous ont même contactés pour nous raconter dans les détails, des heures durant, leur partie de jambe en l’air entre deux gardes… 

SUR LE CAPOT DE MA VOITURE

Il en va ainsi de Marc*, interne en chirurgie orthopédique en Île-de-France. D’emblée, il précise : « Les chirurgiens orthopédiques ont la réputation d’être des coureurs de jupon, des fêtards qui enchaînent les conquêtes. » Au moins on est prévenu. Fidèle à la tradition orthopédique, Marc n’a pas tardé à faire subir les derniers outrages à une gentille infirmière qui passait par là, dans le service. « Je connaissais dans mon service une infirmière avec qui je rigolais bien, mais sans plus. Un jour je lui ai demandé la radio de contrôle de la personne que j’avais opérée. Inconsciemment je savais que je voulais discuter un peu avec elle, que j’avais envie d’elle. » Les vacances passent et le jeune interne en orthopédie la croise un jour dans les couloirs… du parking. Cette rencontre a été fatale : « À mon retour, on se croisait dans le parking de l’hôpital, on se disait bonjour mais sans plus. Et puis, un jour, on a couché ensemble dans ce parking contre ma voiture. C’est là que j’ai appris qu’elle était mariée et qu’elle avait deux enfants. »

L’aventure sexuelle se poursuit, toujours plus intense : « Après le parking nous avons fait l’amour dans la chambre de garde, on faisait du bruit, on réveillait les chefs de garde en réanimation, ou encore le soignant des urgences ».
Mais y a pas à dire : le parking reste chargé d’érotisme. Rien de mieux qu’une culbute sur une place handicapée pour prendre son pied : « Puis on a refait ça sur le parking, dans les toilettes, les chambres de patient inoccupées, parfois à côté de la morgue… On l’a aussi fait dans le bloc opératoire pendant une garde. Ça nous est arrivé une dizaine de fois, pendant un mois et demi… ». 

LE CHEF DE SERVICE… 

Mais avec qui copuler quand on a choisi le lieu du crime ? Un grand classique : le couple interne/chef de service. 

Pour Estelle, maintenant gynécologue dans l’Est de la France, son adultère, durant son internat, reste un très bon souvenir. « Quand j’étais en internat j’ai eu une relation avec mon chef de service de l’époque, lui était marié moi j’étais en concubinage. J’ai trouvé ça assez rigolo car on était dans le gros cliché, il était connu pour avoir des relations assez facilement. » Pas question pour autant de révéler sa relation à sa co-interne. Pas question non plus de passer pour la privilégiée dans le service : « Nous avons gardé notre relation secrète vis-à-vis des autres internes. C’est une personne avec qui j’ai gardé des contacts et j’ai un profond respect pour lui. Je n’ai pas été privilégiée, il m’a même fait travailler plus que les autres. Notre relation était très respectueuse, c’est quelqu’un de brillant. » Surtout, en pleine période #balancetonporc, Estelle tient à réhabiliter la tradition de la drague à l’hôpital : « Je voulais témoigner car on parle beaucoup de machisme et de harcèlement sexuel, pour ma part, je n’ai jamais connu ce genre de relations. Je n’ai jamais eu de pression, j’avais envie, il avait envie, voilà !! Je suis choquée car maintenant le moindre compliment est considéré comme du harcèlement. » 

L’INCONNUE DE L’ESCALIER… 

Pascal, 36 ans, est médecin généraliste en Île-de- France. Célibataire, il se rappelle avec nostalgie ses années d’internat. « J’étais en stage, de garde autour des 19 h 30. J’avais 25 ans. Je croise à l'hôpital une très belle fille, je lui dis bonjour. Elle me répond. Elle me dit qu'elle est en 3e année, je suis en 6e année. On commence à discuter, on se rapproche dans l'escalier. Je lui demande de me rejoindre… On a fait l'amour 15 minutes après avoir fait connaissance. » A-t-il connu le coup de foudre ? Son charme est-il imparable ? Pas vraiment : « C'est amusant car lorsque je raconte cette histoire à mes potes, ils me disent que cette fille est connue ; elle s'est tapée pas mal de mecs assez rapidement. » 

COMMENT ROMPRE ? 

S’il arrive que le coup d’un soir devienne une histoire d’amour, ce n’est pas toujours le cas. On peut frôler le drame : « J'étais en 8e année de médecine aux urgences en région parisienne, et je suis sorti avec une infirmière avec qui cela s'est très bien passé, poursuit Pascal. Mais j'ai voulu arrêter, car elle était bien plus amoureuse que moi. Compliqué, car c'était aussi ma collègue de service ! Du coup j'ai attendu la fin de mon stage pour me séparer d'elle. Quand j'ai mis fin à cette relation, je suis passé de l'interne le plus apprécié du service à celui le plus détesté. » 

 

S’IL EST BIEN UN ESPACE OÙ LE SEXE EST OMNIPRÉSENT, C’EST EN SALLE DE GARDE. TRADITION BICENTENAIRE SOUVENT DÉCRIÉE ET PEU COMPRISE, LA SALLE DE GARDE A-T-ELLE SURVÉCU À LA VAGUE #METOO ? Y A-T-IL UNE SUBTILITÉ CACHÉE DANS L’HUMOUR CARABIN DE L’ORTHOPÉDISTE (« TU MOUILLES, JE BANDE ») OU LES CHANTS PAILLARDS (« MA FEMME C’EST L’USAGE / TOUS LES MOIS SAIGN’DU CON / MOI JE SUCE SES TAMPONS / ÇA ÉVITE LE BLANCHISSAGE »1) ? 

« Je n’ai jamais vu une femme se faire maltraiter en salle de garde, ni de comportements machistes ou singulièrement misogynes. Sous l’apparence d’une obscénité permanente et outrancière, il y règne au contraire une grande égalité entre les sexes. Femmes et hommes se parlent sur le même ton. » Gilles Tondini traîne ses guêtres et ses objectifs photographiques dans les salles de garde parisiennes et de Navarre. La première dans laquelle il entre en 2005, au hasard d’un reportage (maternité Saint-Vincent-de-Paul, Paris), le laisse stupéfait. Apprenant la menace de destruction des fresques, il est saisi d’une urgence de témoigner, photographie les murs, mais aussi les repas et fêtes en internat2. Loin des clichés, il découvre « un lieu de grande liberté où le futur médecin apprend à maîtriser ses émotions, s’affirme et acquiert de la maturité. Quoi de mieux pour cela qu’être confronté à des situations extrêmes sur le plan lexical pour apprendre l’éloquence ? ». 

« L’atmosphère y est très sexuelle, témoigne Flora Fischer, dermatologue. Les femmes montrent leurs seins et la vulgarité ou l’hypersexualité n’y sont pas, ici comme ailleurs, l’apanage des hommes. » Auteure d’un billet3 sur les salles de garde largement diffusé, Flora Fischer est violemment attaquée, taxée de défendre le viol : « Je refuse et fustige ce schéma simpliste et tout sauf féministe de l’homme puissant aux désirs monumentaux et de la femme fragile et soumise à ses désirs ». Saluant la libération de la parole des femmes via #metoo, elle en dénonce néanmoins la dérive bien-pensante. Et rappelle un temps pas si ancien où un confrère chirurgien l’appelait Doudoune : « Inimaginable désormais. Je ne suis pas sûre qu’aujourd’hui, chef de service, il assumerait. Il ne s’agit sûrement pas de dire que tout était mieux avant. Mais de ne pas tomber dans l’excès inverse. » 

LE LANGAGE CARABIN FAIT SENS DANS UN TOUT COHÉRENT 

C’est aussi l’analyse proposée par Emmanuelle Godeau, médecin de santé publique, enseignante-chercheuse à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et auteure d’une thèse d’anthropologie sur la culture carabine4. Elle explique qu’au delà des représentations obscènes et agressives, la vie en salle de garde – incluant notamment les fresques – donne à voir les relations hiérarchiques dans l’hôpital : le mandarin dominant et désagréable grimé et sodomisé par le président des internes, le médecin ambivalent sodomisé et sodomisant en grimaçant… « Le symbole sexuel sert à dire autre chose des relations – particulièrement de pouvoir – au sein de l’hôpital. Le trait est forcé pour ceux qui déplaisent tandis que d’autres, appréciés, sont mis en scène sexuellement mais sans être triomphants ni humiliés, simplement rigolards et jouisseurs. » 

UNE TRADITION VIVACE ET EN ÉVOLUTION 

Commander à chaque nouveau semestre de nouvelles fresques – « il n’y en a jamais eu autant que depuis 2 ans », assure Gilles Tondini – serait donc une façon pour les médecins de résister à l’administration. « Les médecins ont perdu du pouvoir et le supportent mal », estime Emmanuelle Godeau. Mais cela ne dit rien, selon ces deux observateurs, de la sexualité des carabins : « Même si, bien sûr, commente Emmanuelle Godeau, cela renvoie à une position dominante des médecins vis-à-vis du reste de la société, des femmes et de leurs patientes. Ce qui pose problème quand ce langage traditionnel de l’obscénité sort de la salle de garde, car alors nous ne sommes plus dans un entre-soi d’adultes consentants et la tolérance à ce genre d’excès est bien moindre à présent. » 

Qu’on se rassure, le principal ressort de l’humour carabin reste la gaudriole, que les fervents amateurs relient à Rabelais et à l’esprit français : « Je ne crois pas à l’humour carabin politiquement correct », pose Emmanuelle Godeau qui ne prédit pas la fin des salles de garde. Cependant pour perdurer, une tradition doit évoluer. Depuis plus de vingt ans, les présidents du Plaisir des Dieux, association fédérant les salles de garde, ont souvent été des femmes : « Les femmes sont en train de prendre la main sur les salles de garde, affirme Gilles Tondini. Les fresques ont changé mais ne sont pas moins obscènes. La fantasmagorie sexuelle féminine s’exprime différemment : moins de phallus turgescents et plus de vulves. Les femmes ne sont pas en reste, mettant en scène un homme dégradé sexuellement avec la même vigueur, et sans limites, qu’autrefois leurs confrères masculins. » 
 

Références 
1 Chanson paillarde intitulée « hôpital Saint-Louis » 
2 Présentés dans L’Image obscène, Mark Batty Publisher, 2010. Un 2e ouvrage est en cours. Vente directe par Paypal, auprès de gilles.andre.tondini@gmail.com 
3 https://www.huffingtonpost.fr/flora-fischer/entrer-dans-une-salle-de-garde-dun-hopital-la-premiere-fois-ma-fait-le-meme-effet-que-feuilleter-un-magazine-porno_a_23344491/ 
4 L’Esprit de corps. Sexe et Mort dans la formation des internes en médecine, La Maison des sciences de l’Homme, 2007 

LE SEXE N'EST PAS LA CHASSE GARDÉE DES ÉTUDIANTS EN MÉDECINE, LOIN S'EN FAUT… CEPENDANT, LES MOEURS MÉDICALES SEMBLENT ABSOLUMENT INDISSOCIABLES DU SEXE.
Le Pr Isabelle Richard, ancienne doyenne de la faculté de médecine d'Angers, puis conseillère en charge de la Santé et de la Formation au sein du cabinet ministériel de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, avant de prendre le poste de première vice-présidente de l'université d'Angers, nous explique son point de vue selon lequel « les étudiants en médecine diffèrent dans la revendication de ces propos et de cette iconographie sur le sexe, qui font partie intégrante de leur spécificité, de leur identité, contrairement à d'autres disciplines qui ne le justifient pas comme quelque chose de constitutionnel ». La nature même de notre métier de médecin entraîne une démystification du corps car celui-ci, étudié, autopsié à des fins de propédeutique médicale, est alors loin du seul objet de plaisir.

… OU PLUTÔT UN PEU SEXISTES ?

Et si cette prétendue libération des moeurs n'était finalement qu'une libération des pulsions de « l'homme hiérarchiquement haut placé », comme le dénonce Lamia Kerdjana, présidente de Jeunes Médecins Île-de-France ? Selon elle en effet, « les études et le monde médical en règle générale restent des milieux sexistes où les discriminations homme/femme présentes depuis des années perdurent encore aujourd'hui ». La faute, peut-être, à « un cocktail entre milieu de pouvoir (NDLR : initialement tenu par une grande majorité d'hommes) et confrontation à la mort, avec des stratégies bas de gamme d'évacuation et de gestion du stress, par absence d'un encadrement adapté des étudiants et des professionnels en face de situations difficiles », suggère Isabelle Richard.

Pourtant, en France, on est loin de la fin du XIXe siècle où seulement quelques rares femmes étaient médecins : aujourd’hui 59 % des nouveaux praticiens inscrits au Conseil national de l’Ordre des médecins sont des femmes1. 
Avec une telle explosion de la féminisation de la profession, on s'attendrait à des moeurs carabines, où désormais la misogynie et le sexisme qui faisaient le coeur et le corps des chansons paillardes des chambres de garde napoléoniennes ne peuvent plus trouver leur place.

Les faits n’accréditent pourtant pas cette théorie. Pour exemple, le 8 mars 2019, lors de la Journée de la femme, Action Praticiens Hôpital (APH, organisme regroupant 2 intersyndicales de praticiens hospitaliers, Avenir hospitalier et la Confédération des praticiens des hôpitaux), et le syndicat Jeunes Médecins ont lancé une grande enquête nationale dans laquelle 15 % des femmes disaient avoir été victimes de harcèlement sexuel et 43 % avoir ressenti une discrimination liée à leur sexe.

Nicole Smolski, anesthésiste-réanimateur présidente honoraire d'APH, déclarait alors dans Le Quotidien : « La très forte féminisation de la profession médicale est un champ sociologique qui n'a jamais été appréhendé dans sa totalité. Au bloc, j'ai vu des jeunes femmes chirurgiens de la génération Y hésiter dans l'attitude à adopter face à leurs confrères masculins. Il y avait celles qui jouaient au mec, et celles qui étaient dans la séduction. À l'hôpital, la vie des femmes n'a pas changé d'une génération à l'autre ». Et Lamia Kerdjana d’ajouter : « La parole dite "libre" sur le sexe et la misogynie est due à une ignorance des sanctions d’une part mais également à une méconnaissance du droit des femmes à cet égard. » De plus, si la profession se féminise, le pouvoir tend à rester aux mains des hommes, avec « un plafond de verre pour l'accès des femmes aux carrières hospitalo-universitaires. En anesthésie-réanimation par exemple, 45,6 % des praticiens hospitaliers sont des femmes et seulement 8,8 % sont professeurs des universités-praticiens hospitaliers (PU-PH), par renoncement personnel et autocensure », déplore Lamia.

… ET HÉTÉRONORMÉES ? 

En outre, si peu de murs d'internat représentent des positions sexuelles incluant deux individus du même sexe, de même l'enseignement des questions strictement médicales sur les populations homosexuelles et transexuelles s’avère « quasiment égal à zéro » selon Isabelle Richard. Cela permettrait pourtant d’être un soignant le plus efficient possible face à un patient de la communauté LGBT, avec certaines caractéristiques de prise en charge qui peuvent être particulières, sans entrer dans la discrimination. Pierre2, carabin en troisième année de médecine à Paris, dénonce le fait qu’« un individu n’est pas une statistique. Toute la dimension sociologique manque dans notre apprentissage médical. On est quand même un peu en retard alors qu’on a une profession qui est pourtant au coeur de la société ». 

#METOO #BALANCETONMEDECIN : LA FIN DU SEXISME ET DE L’HOMOPHOBIE À L'HÔPITAL ? 

Le milieu médical a été impacté par les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, appelant à casser toutes les sous-cultures qui continuent à mettre en avant la discrimination homme/femme. Avec le mouvement #BalanceTonMedecin, la société devient aussi, dorénavant, critique du monde médical. Ces initiatives ont donné la parole à ceux qui n’osaient pas la prendre jusqu’alors, permettant de révéler des traumatismes de certaines femmes face à des gestes ou paroles sexistes chez leurs gynécologues, généralistes et autres soignants, mais également l’interruption de soins de patients homosexuels devant un comportement homophobe de leur praticien. 
« Le mouvement social a rattrapé les études de médecine », perçoit Isabelle Richard. « Pour la première fois, les internes sont alors sortis de leur folklore pour reconnaître qu'il y avait un problème. Et c'est d'autant plus essentiel que les choses ne changeront que si les internes se saisissent de ces questions, pour ne pas rester victimes tout autant que complices. » Et Pierre, corporatiste engagé, s’en réjouit : « L’ADN de la culture carabine, a fortiori dans le milieu associatif, est en train de se colorer pour le mieux. On est appelé à être médecin, et être médecin c’est lutter contre ces représentations qui peuvent être problématiques si on cultive certains rapports de force susceptibles de transparaître dans la prise en charge du patient ». 

Références 
1 Drees, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques 2018 
2 Le prénom a été changé. 

LES MOEURS CHANGENT, LA PAROLE SE LIBÈRE : DE LA SEXUALITÉ POSITIVE AUX PROBLÉMATIQUES DES MINORITÉS LGBT+, DU CONSENTEMENT AUX VIOLENCES SEXUELLES… LA SEXUALITÉ SE DÉVOILE, MAIS QU’EN EST-IL DE CELLE DES MÉDECINS ?

DU FOLKLORE AU MYTHE

Fresques d’internat obscènes, rapport au corps dénué de pudeur, orgies dans les chambres de garde… Les histoires, mais aussi les légendes sont partout !

En cause : un entre-soi traditionnel découlant de la spécificité du métier et des études ? Les séries médicales érotisant le sexe à l’hôpital ? La prétendue débauche des étudiants en médecine ?

Dans les faits, le rapport que les médecins entretiennent avec leur sexualité est flou. Les médecins ont-ils véritablement une sexualité débordante ? Et en dehors des clichés, comment appréhendent-ils leur santé sexuelle ?

VOYAGE EN TERRE INCONNUE

Sans vraiment de surprise, les données sont manquantes : aucune étude n’a été réalisée sur la sexualité des médecins. Mais la question se pose toujours : qui prend soin des soignants et comment leur proposer un suivi adapté ?

En 2017, la campagne « Dis Doc, t’as ton doc ? »1 promeut l’amélioration du suivi des médecins qui sont près de 80 % à ne pas déclarer de médecin traitant, préférant l’automédication, l’autodiagnostic ou l’appui ponctuel de confrères. De nombreuses thèses défendent la spécificité et surtout la nécessité de la prise en soin des médecins, mais aucune ne mentionne la santé sexuelle. 

Pourtant exposés au travers de leur métier aux corps et à l’intimité de ceux qu’ils soignent, les médecins peuvent être touchés par des violences subies par les patients : l’impact émotionnel et le risque de transfert pourraient affecter le désir, renforcer des traumas...

Médecins et futurs médecins évoluent dans un milieu hiérarchique souvent pesant et stressant, dont les torts et dérives tels le harcèlement ne sont plus à démontrer. Les violences sexistes et sexuelles sont omniprésentes dans le milieu médical2 et ne sont pas sans répercussions sur la santé sexuelle et affective des médecins.

Mais alors, quels interlocuteurs trouver quand on doit parler d’un sujet si intime ? Beaucoup ont des difficultés à initier un suivi concernant la sexualité, mais celles-ci peuvent être accrues pour les médecins qui évitent les consultations avec leurs collègues. Cette question se croise avec la protection du secret médical : le risque de rencontrer un collègue dans un CeGGID existe toujours !

Il faudrait donc briser les tabous, mais aussi adopter une stratégie plus globale pour agir de façon spécifique chez les médecins. L’exposition aux différents facteurs de risques psychosociaux, inhérents à la médecine ou au contexte de travail et d’étude, peuvent mener à des conduites à risque ou un mal-être. En élaborant des études fiables et informatives sur la santé sexuelle des professionnels de santé, alors, seulement, nous lèverons le voile sur la sexualité des médecins et agirons pour notre santé

DES REGARDS DIFFÉRENTS TÉMOIGNAGE :
ÊTRE MÉDECIN ET GAY

Propos d'un médecin anonyme recueillis par Kendrys Legenty

« On pourrait penser qu’être gay apporte un regard spécifique sur la médecine et l’homosexualité mais je n’en suis pas si sûr. Grandir gay, c’est vivre dès l’enfance les expériences communes ou répandues chez les hommes gays. C’est se confronter à des situations qui déterminent le rapport au corps, au sexe, aux maladies liées au sexe, mais aussi le rapport au secret : ce que l’on peut montrer ou non. Je suis persuadé qu’il y a, plus qu’une "ouverture d’esprit", une "sensibilité gay". Même si, bien sûr, il ne faut pas en déduire qu’ils sont tous du même bord politique ou milieu social. Les expériences de chacun restent hétérogènes, mais on trouve des fils conducteurs communs : le coming-out, l’omniprésence du VIH… Un homme qui a des rapports sexuels avec d’autres hommes se construit avec ou à l’encontre de certaines définitions et identités. Cela amène des questionnements mais pas de réponse commune. 

Plus qu’un regard différent sur la médecine, je pense qu’être gay favorise l’attention portée à certaines questions médicales et/ou éthiques. Pour ce qui est de la vie sexuelle, de nombreux gays connaissent très bien les pratiques et les codes de la communauté, mais certains en sont très éloignés. 

De façon générale, je pense que les centres de santé communautaires, qui ont prouvé leur importance et utilité, doivent être développés et soutenus et que l’enseignement doit prendre en compte les spécificités de santé des gays et lesbiennes, incluant une dimension sociale importante. » 

 

*du média Derrière la blouse 
Références 
1. Campagne « Dis Doc, t’as ton doc ? » 
2. « Hey doc, les études médicales sont-elles vraiment sexistes ? » ISNI 2017 

EST-CE VOTRE SPÉ QUI VOUS A ARMÉ(E) POUR LE JEU DE LA SÉDUCTION OU VOTRE CHARME QUI VOUS A GUIDÉ(E) DANS LE CHOIX DE SPÉCIALITÉ ? PEUT-ÊTRE QUE CE PETIT GUIDE DU SEX-APPEAL DES SPÉS APPORTERA UNE RÉPONSE… 

CARDIOLOGUE 
Votre oreille attentive et votre capacité à entendre et percevoir ce qu’il y a dans le coeur de chacun en font chavirer plus d’un(e). Qui ne rêve de rencontrer la personne qui saura comprendre ce qui se cache au fond de son coeur sans avoir forcément à mettre des mots dessus ? Cependant certains vous reprochent peut-être votre côté pédant et cet appendice cervical que vous appelez stéthoscope. Mais pour d’autres ce col relevé, la montre au poignet et le stéthoscope autour du cou ne sont que des atouts de charme de plus à votre actif… 


CHIRURGIEN ORTHOPÉDIQUE 
Brute épaisse vous dites ? Que nenni, tout le monde sait très bien la tendresse et l’émotion que vous éprouvez quand vous amputez un orteil ou martelez une hanche à coups de marteau. Le travail manuel est votre passion. Vous aimez ce contact avec la nature et le corps de l’autre. Tout le monde le sait et c’est ce qui fait votre charme. Attention toutefois à votre franc parler. Mais vous êtes quelqu’un d’entier et on ne vous changera pas. Il faut vous accepter tel que vous êtes. 

DERMATOLOGUE 
Le souci du détail, un oeil expert, un sens du toucher surdéveloppé, rien ne vous échappe. Vous posez votre regard et vos mains sur la personne que vous désirez et l’alchimie s’opère. Comment résister à vos sens si aiguisés ? Vous ne faites qu’un avec l’autre. Un défaut peut-être ? Votre attirance pour les excroissances cutanées peu glamour peut faire fuir certains. Mais finalement c’est l’attrait de la science, du mystère, l’envie d’aider le prochain qui vous amènent à cela. Alors est-ce vraiment un défaut ? 


PSYCHIATRE 
Un sens de l’écoute hors norme. Une empathie surdéveloppée. Un côté rassurant et réconfortant bien au delà de la moyenne. Vous faites tomber les coeurs de ceux qui aiment qu’on les écoute. Vous prenez le temps et n’émettez jamais de jugement de valeur. Vous comprenez la souffrance de chacun et mettez des mots sur les maux. Un seul risque à vos grandes qualités ? Nombre d’entre vous ont sombré dans les méandres de la friendzone. Mais rassurez-vous ce n’est qu’au risque alpha de 5 %. 


PÉDIATRE 
L’amour des enfants, une simple traduction de votre douceur, votre gentillesse, votre côté avenant. Personne n’est insensible à votre personnalité chaleureuse et réconfortante. Votre expérience avec les enfants et votre aisance à gérer ces bouts-de-chou en font vibrer plus d’un. Qui ne se projette pas fondant une famille avec quelqu’un comme vous ? Peut-être cependant que votre côté bisounours en agace quelques-uns. Mais peu importe, votre grand coeur n’aura pas de mal à trouver son âme soeur. 

MÉDECIN GÉNÉRALISTE 
Votre expérience auprès de la population, des enfants aux personnes les plus âgées en passant par les jeunes hommes comme les jeunes femmes, fait de vous quelqu’un d’une sagacité sans nom et d’un recul sur la vie impressionnant. Votre polyvalence tant dans la communication que dans les gestes techniques se reflète aussi dans votre quotidien. Vous êtes un peu la personne à marier. Une personne de confiance, aux multiples atouts, sage qui sait s’adapter à moult situations. Attention seulement de ne pas vouloir trop en faire, au risque de commettre parfois des erreurs. 


NEUROLOGUE 
Fin clinicien, rien ne vous échappe. Vous décortiquez jusqu’à comprendre l’essence même de ce qui est problématique. Cela se ressent dans votre quotidien. Vous ne supportez pas l’incompréhension. Vous êtes un fin analyste. On reconnaît vos qualités et on apprécie votre compagnie réfléchie qui ne laisse rien au hasard. Cela en rassure plus d’un. Néanmoins vous risquez de faire fuir certains à vouloir absolument tout comprendre et ne laisser aucune part de mystère. Sachez que c’est parfois l’inconnu qui fait scintiller la flamme ardente au fond des coeurs. 


URGENTISTE 
L’action, l’urgence, la gestion du stress, tout cela vous est familier. Combien vous voient comme une personne de sang-froid, imperturbable, capable d’agir et de réfléchir en n’importe quelle circonstance. 

Vous avancez comme un loup solitaire dans le monde glacial qu’est celui des urgences. Or sous cette carapace se cache un coeur tendre et plein de bonté dont la seule volonté est finalement de sauver son prochain. Personne n’y est insensible. Cet équilibre entre votre charisme froid et votre bonté intérieure chamboule les esprits. Sachez parfois briser la glace et ouvrir votre coeur… 

 

ANESTHÉSISTE 
Combien vous voient comme un caféinomane avare. Le monde pense que vous ne vibrez que pour la monnaie. Cependant le peuple oublie que votre rôle est de soulager la douleur de votre prochain. C’est cette qualité qui est maîtresse chez vous. Entendre, écouter et soulager. Rassurez-vous, nombreux sont ceux qui l’ont bien compris. Votre calme et votre sang-froid impressionnant quand les choses tournent mal mettent des étoiles dans les yeux de plus d’un. Un conseil cependant, tout ne s’achète pas. Il faudra mettre en avant vos qualités d’écoute et d’apaisement pour faire chavirer les coeurs. 


OPHTALMOLOGUE 
Le souci du détail est votre qualité-phare. Vous êtes un minutieux orfèvre. Vous manipulez vos outils comme un fin bijoutier. Votre regard transperce celui des autres. Difficile dès lors de vous cacher quelque chose. 

Autant de qualités qui font vibrer ceux qui croisent votre personne si singulière mais si précieuse. 


RADIOLOGUE 
Reclus dans votre salle de contrôle devant vos ordinateurs, certains vous voient comme une personne asociale, un(e) geek fasciné(e) par les écrans. Mais il n’en est rien, vous aimez le silence et l’isolement car vous aimez méditer et penser au sens profond des choses. Vous êtes réfléchi(e), calme et posé(e). Et c’est cela qui en attire plus d’un. Votre recul sur les choses apaise et soulage les coeurs tout autant que les esprits les plus agités. Néanmoins attention à ne pas sombrer dans l’ermitage, restez tout de même ouvert sur le monde ou vous risquez de passer à côté de l’âme soeur. 


INTERNISTE 
Vous êtes à l’image de ces poètes du XIXe siècle, un esprit torturé. Vous aimez le mystère, la gymnastique d’esprit, et la quête de sens. Vous avancez dans les abîmes de l’inconnu à la recherche de la vérité. Vous êtes perçu vous-même comme quelqu’un d’énigmatique, d’intriguant, mais de tellement intéressant. Vos qualités d’esprit font écho auprès de tous. Vous attirez par votre aura mystérieuse et réfléchie. Néanmoins apprenez à lâcher prise et à vivre au jour le jour. Parfois il est bon de ne pas trop réfléchir et de suivre ses instincts. 

LIBERTÉ SEXUELLE ET DÉONTOLOGIE MÉDICALE NE FONT PAS FORCÉMENT BON MÉNAGE. SURTOUT QUAND IL S’AGIT DE RELATIONS ENTRE MÉDECINS ET PATIENTS. LES ÉMULES D’HIPPOCRATE NE PEUVENT EN EFFET PAS COUCHER AVEC N’IMPORTE QUI…
ET ENCORE MOINS N’IMPORTE COMMENT. 

Le Code de déontologie régit le secret médical, mais doit-il s’immiscer jusque dans le secret des alcôves ? La question est moins saugrenue qu’il n’y paraît, et le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) se penche de plus en plus sur la question. À tel point que dans certaines situations, mieux vaut bien réfléchir avant de tomber la blouse, au risque de devoir justifier de sa conduite devant une chambre disciplinaire. 

Car il n’y a pas que les relations non consenties, obtenues, selon la formule consacrée par les textes, par « surprise, contrainte, ou menace », qui sont interdites aux médecins. « Il faut aussi que ceux-ci veillent à ne pas utiliser l’ascendant qu’ils peuvent avoir pour obtenir des relations sexuelles, même si celles-ci sont consenties ou donnent l’impression de l’être », avertit le Dr Gilles Munier, vice-président du Cnom. En d’autres termes, gare à l’abus de faiblesse. 

L’Ordre a d’ailleurs en 2015 ajouté dans les commentaires de l’article 2 du Code de déontologie 10 conseils pour éviter aux médecins de se retrouver dans des situations litigieuses. « Et comme on nous a fait remarquer que ce n’était pas suffisamment clair, nous avons l’année dernière de nouveau modifié le commentaire pour exprimer directement la notion de sanction pour les médecins qui abuseraient de leur ascendant », précise Gilles Munier. 

SÉVÈRE… 

Et il ne faut pas croire que les dispositions du Code de déontologie réprimant le comportement sexuel des médecins ne sont là que pour faire joli. D’après les chiffres fournis par l’Ordre, 37 affaires à connotation sexuelle ont été jugées en première instance par les chambres disciplinaires régionales en 2018. 6 ont donné lieu à des radiations, 7 à des interdictions fermes d’exercice pouvant aller jusqu’à trois ans (éventuellement assorties d’un sursis partiel), 8 à des interdictions d’exercer avec sursis, à des avertissements ou à des blâmes, et 17 à des relaxes. La même année, la chambre disciplinaire nationale s’était prononcée en appel sur 15 affaires de ce type. Elle avait ordonné 2 radiations, 2 interdictions temporaires d’exercice, une interdiction avec sursis, un blâme et 9 relaxes. 

« En proportion, il y a bien davantage de sanctions lourdes dans ces affaires que dans les autres types d’affaires », souligne-t-on du côté de l’Ordre, qui a fait les calculs : 35 % de ces affaires jugées en premières instance par les chambres régionales en 2018 ont abouti à des interdictions fermes d’exercer ou des radiations, contre 13 % sur l’ensemble des décisions. Des comparaisons qui ne tiennent cependant pas compte de la gravité des affaires en question. 

… OU LAXISTE ? 

Les chiffres ordinaux sont d’ailleurs loin de rassurer ceux qui voudraient un contrôle plus strict du comportement sexuel des médecins avec leurs patients, à commencer par le Dr Dominique Dupagne. Ce généraliste parisien, fondateur, entre autres, du site Atoute.org, avait lancé en 2018 une pétition demandant « l’ajout au Code de déontologie médicale d’un article interdisant explicitement aux médecins toute relation sexuelle avec les patient(e)s dont ils assurent le suivi ». C’est à la suite de cette pétition que le Cnom avait modifié ses commentaires, et Dominique Dupagne s’était alors déclaré satisfait, espérant que la jurisprudence suivrait. Aujourd’hui, il estime que le compte n’y est pas. 

Il souligne notamment le décalage entre l’affichage ordinal et la réalité. « On a un discours très clair, très engagé de la part du Conseil national, et on a des cours régionales qui n’en font qu’à leur tête », déplore-t-il. Il cite notamment le cas d’une affaire récemment jugée par la chambre régionale de Marseille, dans laquelle un médecin reconnu coupable d’inconduite à caractère sexuel n’a écopé que d’un avertissement. Dominique Dupagne en appelle donc, si la situation ne change pas, à dépayser ce type d’affaire, ou même à en dessaisir les juridictions ordinales. 

Reste à savoir s’il faut complètement interdire les relations sexuelles entre médecins et patients, comme le proposait la pétition de 2018. « En Europe, certains codes de déontologie prévoient ce genre de disposition, remarque Gilles Munier. Mais nous considérons que ce serait contraire à l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme (qui prévoit que toute personne a droit au respect de sa vie privée, NDLR) ». Alors, changera, changera pas ? Au bout du compte, c’est l’opinion publique qui tranchera. 

CONCLUSION

Des Q 

La sexualité des médecins est multiple. Evidemment... 

Force est de constater que toutes les sexualités ne se retrouvent pas toujours dans l'univers carabin ou tout simplement le monde médical. 

Espérons que les évolutions de la société favoriseront une inclusion de cette multiplicité, que chacun puisse d'y retrouver, sans assécher cette culture exutoire et festive. 

Et que la parole souvent libérée sur le sujet soit le reflet d'une levée d'un tabou qui est le quotidien, notre santé mais aussi celle de nos patients, qu'il faut savoir aborder sans déborder... 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.