L'ENTRE-NOUS
En comité de rédaction, alors que les discussions sur la vie de famille des médecins allaient bon train, elles ont vite évolué
vers la place de la médecine dans la vie familiale et l’impact sur les enfants.
De fil en aiguille, voilà la question de l’endogamie médicale sur le tapis…
Vu la passion dans les échanges sur le sujet, entre vocation, transmission, rejet, échec, réussite, relève…,
la réalisation de ce gros dossier nous a semblé aller de soi.
À l’heure où les fêtes de fin d’année vont réunir les familles, nous vous proposons un coup de projecteur sur celles des médecins.
 

CE SONT 8 MEMBRES D’UNE MEME FAMILLE QUI TEMOIGNENT POUR WHAT’S UP DOC, DE LA METROPOLE AUX ANTILLES, DANS UNE INTERVIEW INEDITE DE MEMBRES D’UNE LIGNEE DE MEDECINS. CHEZ CERTAINS, UN PETIT DOUTE (DE RIEN DU TOUT) S’EST IMMISCE AVANT DE REMPLIR LES CHOIX POST-BAC MAIS POUR BEAUCOUP, IL N’A PAS FAIT LONG FEU...

Un univers qui se construit dès l’enfance 

Fille, petite-fille et arrière-petite-fille de médecins, Marielle, interne en anesthésie-réanimation à Brest, nous ouvre les portes de son univers familial pour mieux nous montrer comment il a influé sur les orientations professionnelles de chacun.

« Ce n’est pas anodin d’avoir eu des parents médecins car je les entendais beaucoup parler de leur métier quand j’étais enfant », nous raconte-t-elle avec un brin d’émotion dans la voix. Admirative, elle s’intéressait « aux histoires de patients » et avoue avoir été plongée très tôt dans cet univers-là. C’est ce qui a été décisif : « J’ai rapidement su que c’était le métier que je voulais faire » explique Marielle. Même si, pour elle, tous les enfants de médecins ne doivent pas nécessairement suivre cette voie car « il y a matière à ne pas être heureux en médecine. Les études sont longues et difficiles. Faire médecine parce qu’on est influencé par ses parents peut être une très mauvaise idée ».

Un avis partagé par sa maman Mireille Dumoulin, médecin généraliste retraitée. Issue d’une famille de paysans, Mireille se souvient d’avoir choisi médecine sans pression. « J’étais la première personne de la famille à avoir eu le bac puis j’ai réussi médecine. Quelque part j’ai réalisé le rêve de mon père qui aurait voulu être médecin » nous confie-t-elle, le sourire aux lèvres. Pour elle donc, il n’était pas question d’imposer une orientation à ses enfants. 

Pour le frère de Marielle, Manuel, « ce n’était pas un vrai choix délibéré » que de ne pas faire médecine comme sa sœur. En seconde, il a pris l’option sciences de l’ingénieur, regroupant un ensemble de disciplines dont ses professeurs lui avaient donné le goût. Fini les cours de SVT, place aux maths et à la physique où il était très à l’aise. Manuel avoue avoir eu tout de même une grosse réflexion en terminale, avant de mettre médecine en troisième choix. Impossible de ne pas y songer quand on a baigné dans une famille de médecins. Finalement, c’est son premier choix, une prépa scientifique, qui l’a emporté. Malgré tout, après sa première année, « Manuel a de nouveau hésité à faire médecine », se souvient Mireille.

Un souvenir qui en rappelle d’autres : Marc Dumoulin, le père, également médecin généraliste urgentiste, passionné par la médecine, revoit la scène d’un ado de 14 ans qui s’émerveillait devant le viaduc de Millau et qui déclarait avec certitude : « Je ferai ça plus tard ! ». C’est ainsi que Manuel est devenu ingénieur dans le bâtiment ; mais à force de côtoyer des médecins, il a fini par épouser Léa, interne en gynéco. Les médecins auront donc eu raison de Manuel, même si selon lui « il n’y avait pas de recherche freudienne ! ». Sa femme Léa, qui n’est pas issue d’une famille de médecins et qui, au départ, se voyait avocate, lâche en rigolant : « Je plains Manu qui est au milieu de tous ces médecins ! ». Heureusement, les repas de famille ne tournent pas uniquement autour de la médecine. « Globalement on a plein d’autres sujets ! » complète Léa.

Un métier de convictions 

La cousine de Marielle, Alixe Lagrange, médecin anesthésiste en Martinique, a elle aussi baigné depuis l’enfance dans un univers médical. Pourtant, faire médecine ne s’est pas imposé à elle comme une évidence. « Ce n’était pas si simple de voir quel métier faire. Au départ, je voulais être instit’. J’aimais bien l’univers des enfants. » Or comme Marielle, l’hôpital était pour elle un milieu très familier. « Alors, je me suis dit pourquoi pas pédiatre » nous révèle Alixe, qui se rappelle avec un petit pincement au cœur ce que son père lui avait dit à l’époque : que médecine « ce n’était pas une bonne idée, que ce n’était pas un métier d’avenir ».

Un souvenir qui n’est pas partagé par son père, Jean-Léon, oncologue radiothérapeute, professeur émérite retraité de l’hôpital Henri-Mondor à Créteil. « Nous n’étions pas contre le fait qu’Alixe fasse médecine. Je ne voulais pas la pousser à faire le même métier que moi. En revanche, c’était certain que je voulais qu’elle choisisse des études d’un niveau élevé car on pensait qu’elle avait un fort potentiel » explique Jean-Léon.
Cette volonté, c’est peut-être un héritage de sa propre histoire. Lui qui n’était pas issu de parents médecins, il se rappelle que dans sa jeunesse, il aurait bien voulu faire Sciences Po ; mais il n'était pas très bon en langues. Après son bac, en mai 68, il y avait une sorte d’affolement du Gouvernement qui poussait les étudiants à s’inscrire rapidement à la fac. « Ce sont mes parents qui ont choisi pour moi et m’ont inscrit à la faculté expérimentale de médecine à Bobigny » nous confie Jean-Léon. Un choix imposé qu’il n’a tout de même pas regretté.

Une histoire presque similaire pour son épouse Monique, sœur de Marc, qui s’est presque vue inscrite d’office en pharmacie par ses parents médecins. Elle n’était pas très emballée par ces études-là, elle aurait voulu être prof de gym.
Puis finalement, après un internat en biologie, elle a trouvé sa voie comme pharmacienne biologiste hématologiste à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP). Très contente de sa carrière, maintenant achevée, elle conclut : « J’aurais pu être influencée par notre père militaire, médecin dans la Marine. C’était très stimulant, on voyageait beaucoup, c’était très sympa mais ça ne m’attirait pas plus que cela ».

Ses sœurs, quant à elles, ont choisi la psychologie, comme quoi devenir médecin ne s’impose pas. C’est un métier de convictions. Et puis, qu’on se le dise, avec ou sans parents médecins, le concours reste le même. Toute la famille
de Marielle est d’accord sur ce point.

   

ALEXANDRE GUY EST MEDECIN, FILS DE MEDECIN ET NEVEU DE MEDECIN. AH OUI ET MARI DE MEDECIN AUSSI. ET DEUX COUSINES COMPLETENT LA DYNASTIE. AVEC SA MERE, CATHERINE DEVIDAL, ET SON ONCLE, BRUNO MARINTHE, ILS NOUS RACONTENT LA GENESE DE CETTE HISTOIRE D’AMOUR FAMILIALE POUR LA BLOUSE BLANCHE.

C’est avec Bruno Marinthe que commence à se tisser la toile médicofamiliale. Pourtant, quand on questionne ce réanimateur de 67 ans sur les raisons qui l’ont poussé à ouvrir ce chapitre, il semble de prime abord ne pas vraiment savoir quoi répondre. « Je ne me suis jamais posé la question, cela me paraissait une évidence », entame-t-il posément. Avant de poursuivre : « Il n’y avait certes pas de médecin dans la famille avant, mais notre mère avait une certaine idolâtrie pour le corps médical », poursuit-il. « Oh, je confirme ! », renchérit dans un sourire sa sœur Catherine Devidal, qui s’est, elle, épanouie dans la médecine scolaire. « Sans nous pousser, elle en parlait, et il faut se replacer à l’époque, dans les années 70, la fonction médicale avait un certain prestige », continue Bruno. « À cela s’ajoute le fait que notre père est décédé à mes 15 ans, donc nous n’avions qu’un seul discours parental », poursuit la médecin de 64 ans. Ce à quoi Bruno ajoute : « Peut-être qu’inconsciemment le décès de notre père, d’un cancer, et qui est survenu à la maison, a joué dans la volonté de soigner, guérir, essayer de sauver ». Dans la fratrie, il n’y a que la sœur jumelle de Catherine qui résistera au chant des sirènes. C’est donc Bruno qui ouvre le bal, très vite rejoint par sa sœur sur les bancs de la fac. « Il a doublé sa première année, donc ça m’a semblé une évidence de m’inscrire avec lui à la faculté de Dijon, pour le rejoindre, c’était rassurant de le retrouver », se souvient Catherine. Et le duo dépote ! « L’arrivée de ma sœur m’a incité à travailler d’arrache-pied. Sa présence m’a motivé, mais j’y voyais également une invitation à la coacher, la mettre en garde contre les erreurs à ne pas commettre. Je me sentais investi d’une responsabilité. À la fac, on nous appelait "Grégoire et Oberlin", car on se baladait tout le temps avec le livre sous le bras », se souvient-il en riant. « Il n’y a jamais eu de compétition entre nous, c’était plus une symbiose, une émulation », précise Catherine.
Quant à Alexandre, comme pour sa mère et son oncle le chemin jusqu’à la fac se fait presque en pilote automatique. « Je ne me rappelle pas comment j’ai fait mon choix. J’ai toujours eu une seule idée en tête : la médecine, je ne me voyais pas faire autre chose. On ne parlait pas médecine à la maison. Mais j’ai baigné dans cet univers depuis tout petit, ça a probablement joué », se souvient cet homme de 41 ans. Et en désignant Catherine et Bruno : « C’était amusant, j’ai suivi leur chemin, jusqu’à côtoyer le même amphithéâtre, rien n’avait changé, c’était toujours l’amphi Aristote, ce même amphi délabré ». À ce souvenir, le visage de Catherine s’illumine d’un sourire complice. « Si j’avais dit que je voulais faire du droit ou une école de commerce, on en aurait sûrement discuté. Mais mon choix de faire médecine n’a pas appelé de commentaire particulier. J’étais l’aîné, je voulais être médecin, c’était tout naturel », se rappelle Alexandre qui est le seul des enfants de Catherine à avoir embrassé cette carrière.

Avoir les codes, ça aide ?

« À la fac, oui ça aide. Pour la première année (j’ai aussi eu les fameux « Grégoire et Oberlin » !), ils ont pu me direcomment travailler, les erreurs à ne pas faire, me donner des conseils pratiques : arriver tôt, prendre la première place… Pour l’externat ensuite, ça aide car on sait à quoi s’attendre. Bruno connaît bien l’hôpital, il a pu me renseigner », ajoute Alexandre. Avant de glisser dans un sourire : « Après il y a des codes plus festifs aussi, comment faire les meilleures soirées... Bruno m’a donné beaucoup de tuyaux pour les fêtes en médecine, au moins je savais à quoi m’attendre ! », ricane Alexandre. « Si on ne parlait pas forcément de médecine en famille, les histoires de carabins ont animé nos repas à chaque Noël, je m’en souviens très bien. »

La déclaration d’indépendance : le choix des spés

Alexandre a commencé sa carrière en tant qu’urgentiste, après nous avoir avoué (non sans une petite pointe d’embarras amusé) que c’est bien la série Urgences qui a éveillé cette vocation. Et la fiction s’est transformée en réalité. « J’ai fait 6 mois en cabinet, mais je n’ai pas aimé le côté chronique. Aux urgences on voit les patients une fois, ils ont un problème, on le résout et on passe à autre chose. Au départ, le fait d’avoir des horaires décalés m’a également attiré, même si aujourd’hui c’est plus compliqué. » Depuis quelques mois, il a amorcé un virage et exerce désormais chez SOS Médecins à Lyon. Voir un patient et ne plus le suivre n’est absolument pas la vision de la médecine de sa mère Catherine.
Elle a d’abord choisi la médecine générale, fait des remplacements en cabinet pendant ses premières années mais n’y a pas trouvé son compte. « Je trouvais cela inintéressant ». Jusqu’à ce qu’elle découvre la médecine scolaire. « Là j’ai pu vraiment prendre mon temps pour accompagner les patients, qu’on appelle d’ailleurs élèves, car c’est de la prévention, et leurs proches. Autant j’ai fait médecine pour suivre mon frère, autant la médecine scolaire a été un vrai choix personnel. »
L’histoire de Bruno et de sa spé est un peu plus atypique. « J’ai été thésé en 86 à Dijon. Je n’avais pas d’idée particulière en quittant la 6e année. J’ai fait mon service militaire. En revenant, je suis allé voir ce qui traînait comme CES, mais je m’y prenais très tard et quasiment tous les postes étaient pourvus ! » C’est ainsi qu’il a atterri à Saint-Dizier dans la Haute-Marne, où il restait un poste en réa. Et ce fut le coup de foudre : il y exerce depuis 1988 et s’apprête à prendre sa retraite l’été prochain. Il y a parfois des petits coups de pouce du destin.

Doc talk, un lien qui se tisse à coups d’ordonnances familiales

Estampillés « médecins de la tribu » pour les renouvel-lements d’ordonnances et les certificats médicaux, leur profession les rapproche. « Dès que je vois Bruno, naturellement, on parle médecine et vie d’hôpital, et avec grand plaisir. Avec les autres membres on parle mais plus de la vie de médecins, ce qu’on entend à la radio », raconte Alexandre. Avec sa mère, il parle aussi du métier. « Maintenant que je suis médecin généraliste à SOS, on peut parler de cas qui font réfléchir, ou d’autres qui font sourire mais on en parle à deux, pas en public autour de la table en famille », confie-t-il. « Je me reconnais plus dans cette pratique de la médecine », renchérit Catherine, qui s’est sentie à plusieurs reprises confortée par le fait de pouvoir se tourner vers son fils pour des conseils médicaux face à certains cas complexes qu’elle a rencontrés dans sa carrière.

Générations futures

Sur ses cinq enfants, Bruno a deux filles qui ont suivi ses pas de médecin ; et quand ce sera au tour des petits-enfants, il n’est pas contre le fait de les voir assurer la relève médicale. « Je n’y vois personnellement pas d’inconvénient, c’est un métier où on rend service. L’instrument de travail est l’être humain, c’est exceptionnel, il y a une grosse responsabilité et c’est un métier noble quand il est fait avec conscience. Je ne pousse ni dans un sens ni dans l’autre mais c’est une belle profession », explique Bruno. Hasard ou non (si vous avez lu attentivement le reste de notre Gros Dossier, vous pencherez plutôt pour le non), Alexandre a épousé une femme médecin, chirurgienne au centre de lutte contre le cancer Léon-Bérard à Lyon. L’avenir de leurs deux enfants, ils ne l’ont pas tracé d’avance. « Je ne les décourage pas, mais ne les encourage pas non plus, je serais content s’ils faisaient autre chose, et ma femme aussi. On souhaite essayer de les amener à se questionner pour savoir ce qu’ils veulent vraiment. Cela vient sûrement un peu aussi de la manière dont on voit la profession évoluer, où les efforts sont mal récompensés. »
À 7 et 5 ans, les deux enfants sont pourtant bien en immersion. « À la maison ils nous entendent parler, ils nous voient, ils sont déjà venus sur notre lieu de travail. À leur âge, entrer dans un service d’urgences ou de chirurgie, c’est plus un parc d’attractions. Ils en reparlent mais avec une vision d’enfant. » Tremper dans la potion depuis petits les amènera-t-il à poursuivre l’histoire familiale, ou le livre se refermera-t-il avant la fin de ce troisième tome ? Comme toute bonne saga, il faut savoir manier l’art du suspense.

 

WHAT’S UP DOC A EPLUCHE LES ETUDES ET INTERROGE DES ECONOMISTES ET SOCIOLOGUES POUR Y VOIR PLUS CLAIR DANS LES CHOIX DES MEDECINS CONCERNANT LEUR PARTENAIRE DE VIE.

« Il est rare que les chercheurs travaillent sur un sujet aussi précis… ». L’économiste Pierre Courtioux 1, qui enseigne aujourd’hui à la Paris School Business, a failli nous décourager… mais non ! Il est vrai que les données sur l’homogamie au sein du milieu médical ne se sont pas pléthoriques. Mais quelques travaux éclairent et quantifient ce phénomène empiriquement souvent décrit, jusqu’à qualifier ces lignées et familles de médecins de « castes ».

1 médecin sur 3 est en couple avec un médecin

Les chiffres issus des enquêtes Emploi INSEE annuelles 1 sont sans appel : une femme médecin a une probabilité de 29,1 % d’être en couple avec un homme médecin et du côté des hommes médecins, ce chiffre est de 30,1%. Une forte homogamie éducative donc ! L’alliance des médecins avec des conjoints exerçant une activité paramédicale est aussi plus fréquente : les hommes médecins ont une probabilité de 14,4 % d’être en couple avec une infirmière, aide-soignante ou sage-femme. En revanche, les femmes médecins sont moins souvent en couple avec un homme exerçant une profession paramédicale, ce qui s’explique tout simplement par le fait qu’ils y sont beaucoup moins représentés ! De leur côté, les dentistes se marient moins souvent entre eux que les médecins.

Des différences ville/campagne et salariat/libéral

Autre travail, certes un peu ancien mais néanmoins éclairant, une étude de la DREES de 2005 2, sur la situation professionnelle des conjoints de médecins. Elle montre que les médecins installés en zone urbaine ont une forte proportion de conjoints cadres supérieurs (46 %), tout particulièrement les femmes médecins (57 %). En revanche les médecins qui exercent en zone rurale ont beaucoup moins fréquemment des conjoints qui travaillent et encore moins à ce niveau de responsabilités. Pour autant, l’organisation traditionnelle – assez « cliché », plaçant l’épouse du médecin comme secrétaire du cabinet ne correspond plus à la réalité aujourd’hui : seuls 8 % des médecins généralistes actifs libéraux déclarent avoir un conjoint aidant (secrétariat, prise de rendez-vous…). Enfin, l’homogamie est la plus forte chez les médecins salariés non hospitaliers (29,5 %), puis chez les médecins libéraux, qu’ils soient généralistes ou spécialistes (25 %), puis chez les médecins hospitaliers exclusifs (20 %).

Et les divorces ?

Selon une étude parue dans le BMJ en février 2015 3, portant sur plus de 6 millions de professionnels de santé et autres secteurs d’activité (avocats…) exerçant aux États-Unis, les infirmières (33 %) ont une probabilité de divorcer supérieure aux médecins (24 %), aux dentistes (25 %), aux pharmaciens (23 %) et aux avocats (27 %). Sur l’ensemble des professionnels interrogés, le taux de divorce est de 35 %. Cette étude montre donc que, contrairement aux idées reçues, le risque de divorce n’est pas plus élevé chez les médecins qu’au sein d’autres professions. Tout du moins aux États-Unis car il n’existe pas d’étude équivalente menée en France !
Autre enseignement intéressant : le risque de divorce est plus élevé chez les femmes que chez les hommes médecins.

Sources
1 Pierre Courtioux, Vincent Lignon, Homogamie éducative et inégalités de revenu salarial : une perspective de cycle de vie, 2015.
2 Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, « La situation professionnelle des conjoints de médecins », in Études et Résultats, n° 430, sept. 2005.
3 BMJ 2015;350:h791 19 February 2015 Doctors and divorce BMJ2015;350:h706 18 February 2015 Divorce among physicians and other healthcare professionals in the United States: analysis of census survey data

À BON DIPLOME, BON MARIAGE. DES ETUDES MONTRENT QUE L’HOMOGAMIE EDUCATIVE EST PROPORTIONNELLE AU NOMBRE D’ANNEES D’ETUDES.

Que trouve-t-on sur les bancs de la fac de médecine ou au cours de ses stages ? Un diplôme, une spé, des amis… et son conjoint ou sa conjointe pour un certain nombre tout au moins. C’est l’un des résultats d’une étude de l’Edhec 1 de 2015, de Pierre Courtioux et Vincent Lignon, deux économistes, portant sur l’homogamie éducative. Ils citent à cet égard les sociologues Michel Bozon et François Héran, qui en 1987, écrivaient dans leur enquête sociologique sur la formation du couple 2 :
« Les couples ne se sont pas formés au hasard. Leur répartition en fonction des origines sociales suit toujours une logique fortement homogame. La foudre, quand elle tombe, ne tombe pas n’importe où : elle frappe avec prédilection la diagonale. »

S’apparier à bac +5 et au-delà

Si elle est présente à tous les niveaux de diplômes, l’homogamie éducative augmente cependant avec le nombre d’années d’études : la probabilité que le conjoint ait le même diplôme est 25 fois plus élevée parmi les étudiants de grandes écoles. Ainsi, les plus forts taux d’homogamie s’observent en école de commerce, d’ingénieurs et en fac de médecine. En écoles de commerce, les hommes ont 24 fois plus de probabilité de trouver un conjoint du même diplôme et les femmes, 26,5 fois plus. En école d'ingénieurs, cette probabilité est 19,2 fois supérieure pour les hommes et 15,5 fois pour les femmes. Par ailleurs, le développement que font Courtioux et Lignon 1 sur les conséquences de cette logique d’entre-soi en termes sociaux est tout à fait intéressant. Cette endogamie favorise la concentration des élites et l’enrichissement de celles-ci et non une redistribution dans les différentes catégories socioculturelles de la population, ce qui serait
le cas avec un brassage plus important.

Diplômés entre eux

Cette tendance est d’autant plus marquante qu’à l’inverse, les personnes titulaires d’un CAP n’ont qu’1,5 fois plus de probabilité de s’unir à un conjoint de même diplôme. C’est aussi ce qu’a montré Milan Bouchet-Valat, doctorant en sociologie à Sciences Po 3, qui oppose l’« ouverture d’ensemble » et le « repli des élites ». Il souligne la baisse de l’homogamie éducative entre 1969 et 2011, remarquable chez les personnes non diplômées et les diplômés de l’université, à la différence des diplômés des grandes écoles qui opèrent un mouvement inverse… Il montre que seuls les plus diplômés se marient toujours autant entre eux, en raison notamment de la longueur des études. « Cette homogamie est importante en médecine car il y a un fort partage de valeurs et de préférences communes. En outre, le temps long passé à la fac de médecine et à l’hôpital explique que de nombreuses rencontres se produisent sur ces lieux qui mêlent travail et études », abonde Pierre Courtioux.

Sources
1 Pierre Courtioux et Vincent Lignon, Avoir un diplôme pour faire une bonne carrière ou un bon mariage ?, Edhec Business School, 2014.
2 Michel Bozon, François Héran, La Découverte du conjoint. Évolution et Morphologie des scènes de rencontre. https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1987_num_42_6_16991
3 Milan Bouchet-Valat, M. (2014). « Les évolutions de l'homogamie de diplôme, de classe et d'origine sociales en France (1969-2011) : ouverture d'ensemble, repli des élites ». Revue française de sociologie, 55, 459-505.

SI AVOIR DES PARENTS MEDECINS SEMBLE INFLUER SUR LE CHOIX D’EMBRASSER UNE CARRIERE MEDICALE, POUR AUTANT, D’UNE FAMILLE A L’AUTRE, D’UN VECU A L’AUTRE, LES CAS DE FIGURE DIVERGENT. NOUS AVONS RECUEILLI DES TEMOIGNAGES : CERTAINS ONT EU ENVIE DE SUIVRE L’EXEMPLE PARENTAL ; D’AUTRES AU CONTRAIRE PAS DU TOUT…

ENVIE...

Camille (interne en gynéco-obs’, père anesthésiste)

« Mon père anesthésiste m’a très vite inculqué les gestes de premier secours, les gestes qui sauvent. Il m’a même appris à faire une cricothyroïdotomie en urgence, et nous faisait ‘’entuber’’ des mannequins ! Du coup j’ai eu des réflexes de ‘’sauveteuse’’ très vite. Je me souviens d’avoir levé les jambes de mes camarades de classe lorsqu’ils faisaient des malaises, ou d’avoir été courir chercher de l’aide, en culotte, auprès de la voisine lorsque mon petit frère a fait une crise convulsive hyperthermique. J’en garde un souvenir très glorieux. J’ai d’ailleurs d’abord fait pédiatrie. »

Marine (père réanimateur)

« C’était comme une évidence, quelque chose que j’ai choisi parce que je ne m’étais jamais laissé l’occasion de réfléchir à une autre voie ou possibilité de carrière. Je n’ai pas eu de vocation à proprement parler. J’étais tellement passionnée par le monde littéraire que ça ne pouvait être qu’un hobby dont je ne pourrais pas vivre. Alors que si je devenais médecin, c’était beaucoup plus stable et plus concret. Ça, c’était un "vrai métier". »

Baptiste (interne en pneumo, deux parents médecins cancéro/dermato)

« Je me disais au début que je ne voulais pas du tout la même vie qu’eux mais en grandissant j’ai dû percevoir qu’ils avaient l’air de bien "kiffer leur taff", que ça semblait varié et utile. Puis quand il a fallu "aller à la fac" je me suis dit que je pouvais tenter le coup. »

PAS ENVIE...

Camille (interne dentaire, mère pneumo)

« Ma mère est pneumologue. Petite, je l’ai beaucoup vue être confrontée à la mort de ses patients et avoir du mal à prendre de la distance. Cela avait malgré elle des répercussions sur son humeur et sa joie de vivre, à la maison. Elle fait un très beau métier mais très prenant affectivement, dans lequel on peut parfois se perdre, ce qui lui est arrivé. Elle a également été en première ligne pour la fin de vie de certains membres de notre famille. Étant le référent médical, elle a dû endosser l’inconfortable rôle de fille, nièce, cousine et médecin dans certaines situations où beaucoup de questions étaient posées par les membres de notre famille, sans réponses apportées par le personnel soignant. Et enfin qu’elle soit toujours sollicitée pour les sombres certificats médicaux des lointains cousins que nous voyions 1 fois tous les 5 ans m’a toujours énervée. »

Frédérique (DRH, père anesthésiste)

« Je ne voulais pas avoir la responsabilité de vies entre mes mains. Mon père anesthésiste m'a seriné dès mon plus jeune âge, repris en chœur par ma mère, que je ne devais "surtout pas faire médecine", car c’est un métier beaucoup trop prenant : il rentrait à pas d'heure et je ne l'ai quasiment jamais vu de toute mon enfance parce qu'il ne prenait presque pas de vacances non plus. Et j’ai choisi un métier dans lequel les erreurs sont moins lourdes de conséquences. »

TU VEUX OU TU VEUX PAS ?

Anaïs (interne d’anesth-réa, père IADE)

« Mon père faisait beaucoup de gardes, et le lendemain, en plein week-end, il allait directement se coucher. On ne le voyait pas avant l’après-midi et à ce moment il était tellement fatigué encore qu’il était de mauvaise humeur, avec l’envie de ne rien faire. Néanmoins de son travail au SAMU, il nous racontait aux repas ses interventions, les personnes en crise suicidaire qu’il avait sauvées, les ressuscitations d’arrêt cardio-respiratoire. Mon père était vraiment un héros à mes yeux. Et quand il nous ramenait sa "super malette" avec son stéthoscope que je mettais autour du cou, c’est comme s’il me faisait entrer dans son équipe de super héros. »

Charlotte (médecin, père anesthésiste, mère IADE)

« J’avais toujours dit que je ne ferais jamais anesthésiste comme mon père. Quand j’étais petite, il rentrait toujours épuisé en disant ‘’les filles taisez-vous je suis fatigué’’. Et finalement j’ai tenté médecine. Et finalement j’ai choisi l’anesthésie... »

LES MEDECINS SE MARIENT ENTRE EUX, ON L’A VU. LEURS ENFANTS ONT TENDANCE A EMBRASSER PLUS FACILEMENT UNE CARRIERE MEDICALE, QU'EN EST-IL AU-DELA DE NOS FRONTIERES ? EXPLORATION CHEZ NOS VOISINS ALLEMANDS ET BRITANNIQUES.

Au Royaume-Uni, « il y a 10 à 20 fois plus d’enfants de médecins parmi les postulants à l’entrée dans les écoles de médecine que dans la population générale ».
Katherine Woolf est chercheuse au département d’enseignement médical au University College of London (UCL)1,2. Elle a démarré en 2019 une étude pour comprendre les motivations des étudiants en médecine :
« quelle école ils avaient choisi, quelle information avait guidé leur choix, et quid de leur origine ». 6 000 étudiants ont répondu à son questionnaire parmi les 20 000 postulants aux études de médecine et donc inscrits à l’UCAT (University Medical Admission Test). Les chiffres sont clairs : « 10 % des répondants avaient un parent médecin. Alors que dans la population générale au Royaume-Uni, de 0,5 % à 1 % des personnes ont un parent médecin ». Plus généralement, parmi les répondants, 60 % avaient des parents issus d’un milieu social élevé (managers, professions libérales, dont médecin). « C’est finalement moins le statut de médecin que l’environnement social qui est crucial », explicite Katherine Woolf.

Ouvrir les études à toutes les couches de la société

« Il y a des barrières financières. Des parents plus riches inscriront leurs enfants dans des écoles plus chères. Bien sûr, il y a des bourses pour les étudiants les plus démunis mais cela ne suffit pas à renverser le système ».
Est-ce alors « seulement » une question d’argent ? C’est probablement aussi une question d’information. Chacune des 40 écoles de médecine britannique a son propre système de recrutement, avec des tests supplémentaires. « Les étudiants issus des écoles publiques de l’État ont moins de chances d’obtenir une place dans une école de médecine. Moins informés, ils ne connaissent pas le processus stratégique pour entrer dans ces écoles, ne sont pas préparés aux tests ».
En 2011, un rapport sur la mobilité sociale avait montré du doigt la médecine. « Comment permettre à des personnes de plus faible environnement socioéconomique d’accéder à ces études ? » Le travail de Katherine Woolf financé par le National Institute for Health Research (NIHR) sur 5 ans doit justement donner aux pouvoirs publics des clés en vue d’atténuer l’impact socioéconomique dans le choix des études de médecine.
Même constat en Allemagne ? Claudia Finger, chercheuse au Centre de recherche en sciences sociales de Berlin, travaille sur l’accès aux études scientifiques en général, dont la médecine3. Chez nos amis germaniques, tout se joue à l’âge de 10 ans, âge auquel les jeunes doivent choisir entre le lycée « gymnasium » ou les études plus courtes. L’Abitur, obtenu à la fin du gymnasium, est l’équivalent du baccalauréat. Sans Abitur, pas d’université, pas d’études supérieures, donc pas de médecine. « Il n’y a pas pour l’instant en Allemagne d’étude sur l’origine sociale des étudiants en médecine ; cependant c’est un sujet à creuser », anticipe Claudia Finger. « Ce qui est sûr c’est que les étudiants en médecine – ou en faculté de droit – sont le plus souvent issus de milieux sociaux à haut niveau d’éducation. »

Vers un mode de recrutement plus doux

Plus récemment, la pandémie et les confinements ont amené les écoles de médecine britanniques à intégrer des notes de contrôle continu dans la sélection des candidats. « Il semble qu’un tel mode de recrutement ait atténué les différences », constate Kathy Woolf dans une première analyse. « Il y a un besoin évident de plus de médecins et il est probable que le changement des admissions se traduira par une cohorte plus diversifiée sur le plan social et démographique. »
« C’est étonnant de tout miser sur les concours. Une vie entière peut être bouleversée pour quelques heures d’épreuve. C’est très violent ». Ancien étudiant en France, Amine F. témoigne en tant que président des étudiants internationaux en Norvège, un pays certes de 5 millions d’habitants mais où le tiers de la population a un diplôme d’études supérieures. « Pour les études de médecine, l’entrée se fait sur dossier. Une sélection basée sur les notes. Cependant il est toujours possible de refaire un trimestre pour gagner une meilleure note dans une matière, et de repostuler. » Un recrutement plus « doux » permettrait ainsi peut-être d’augmenter la mixité sociale ou tout au moins de moduler la reproduction sociale.

 

L’ENTRE-SOI MATRIMONIAL QUE CULTIVENT LES MEDECINS, ET PLUS GENERALEMENT LES METIERS A HAUTS REVENUS, PEUT ETRE DELETERE SUR LE PLAN SOCIAL. MAIS DU POINT DE VUE DE LA PROFESSION MEDICALE, CE DEFAUT PEUT AVOIR SES BONS COTES.

 

Dans un monde idéal, la probabilité d’être en couple avec un médecin quand on est soi-même médecin devrait être égale au pourcentage que la profession représente dans l’ensemble de la population, soit environ 0,3 %. Oui mais voilà : qui se ressemble s’assemble, et la proportion des médecins doctogames excède largement ce chiffre. À cela, de multiples raisons largement évoquées dans nos pages. Mais quelles sont les conséquences de cette propension médicale à chercher son partenaire parmi ses pairs ?
La première manière de répondre à cette question consiste à prendre un point de vue général, et à considérer la situation au niveau de la société française dans son ensemble. D’après le sociologue Milan Bouchet-Valat, qui fait référence sur ces questions, la tendance à l’homogamie a historiquement tendance à baisser… sauf au sein des élites, dont les médecins. Voilà qui n’est pas sans conséquences négatives : le chercheur, dans un article publié en 2014 dans la Revue française de sociologie1, liait même l’homogamie des classes favorisées à l’un des pires maux qui rongent notre société, estimant qu’elle pouvait constituer « l’une des conditions de possibilité du renforcement des inégalités qui prend place au sommet de la distribution des revenus ».

La doctogamie innocentée

De là à rendre la doctogamie responsable des injustices sociales dénoncées depuis des années, et dont le mouvement des Gilets jaunes fut, en 2018, le symptôme le plus spectaculaire, il y a un pas qu’on ne saurait franchir. C’est ainsi que le sociologue David Saint-Marc, qui a beaucoup travaillé sur les internes2, estime qu’on ne doit pas accuser le phénomène de l’entre-soi d’être responsable d’une certaine forme de conservatisme médical, ou d’une certaine tendance à la fermeture de la profession par rapport à l’ensemble de la société. « Pour pouvoir dire cela, il faudrait que l’homogamie atteigne des chiffres beaucoup plus élevés, estime-t-il. Or si l’on prend les chiffres de la DREES, même s’ils sont très anciens3, 22 % des médecins sont en couple avec un autre médecin ; cela fait tout de même 78 % de praticiens qui ont un conjoint d’une autre profession. » David Saint-Marc a au contraire remarqué que, par certains aspects, l’homogamie pouvait constituer un atout sur lequel les médecins peuvent compter pour affronter les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles ils sont appelés à exercer. « C’est une formation où l’on est soumis à une pression émotionnelle importante, à une charge de travail démentielle, note-t-il. Dans ces conditions, il peut être plus facile d’être avec quelqu’un qui comprend ce qu’on est en train de vivre. »

Éloge de l’égalité

L’universitaire voit donc la tendance à s’apparier entre eux des internes qu’il a étudiés comme « une ressource » face à l’adversité à laquelle ils ont confrontés. Sa collègue Géraldine Bloy, qui a suivi de jeunes généralistes entre la fin de leurs études et les premières années d’exercice4, abonde dans ce sens. « Dans les couples médecin-médecin, il peut y avoir une logique de proximité et de soutien social, c’est intéressant dans un métier qui n’est pas neutre sur le plan psycho-émotionnel… », explique-t-elle.
Et la sociologue d’ajouter que, selon les enquêtes, les couples égalitaires, médecins ou non, font état en moyenne d’un niveau de bien-être supérieur aux autres. Mais elle met en garde contre tout simplisme. « Ce n’est pas parce qu’un couple est formé de deux médecins qu’il est forcément égalitaire… Il y a au sein de la profession beaucoup de différences : certaines spécialités ou certains statuts sont plus ou moins valorisés », prévient-elle. Elle a notamment observé comment, parmi les couples de médecins qu’elle a pu suivre, la carrière de l’un (souvent l’homme) était priorisée, l’autre étant contraint de suivre le mouvement. Le diable, comme toujours, se cache dans les détails.

Sources
1 Milan Bouchet-Valat, « Les évolutions de l'homogamie de diplôme, de classe et d'origine sociales en France (1969-2011) : ouverture d'ensemble, repli des élites », in Revue française de sociologie, 2014/3 (Vol. 55)
2 Voir notamment David Saint-Marc, La Formation des médecins. Sociologie des études médicales, L’Harmattan, 2011
3 Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, « La situation professionnelle des conjoints de médecins », in Études et Résultats, n° 430, sept. 2005
4 Voir notamment Singuliers généralistes. Sociologie de la médecine générale, codirigé avec François-Xavier Schweyer, Presses de l’EHESP, 2010

 

QUI SE RESSEMBLENT S'ASSEMBLENT ?
Nous le constatons bien tous : nombre de nous sont en couple avec des médecins, ont des parents ou des enfants médecins. Les statistiques confirment : entre la durée des études, le milieu social et l’intensité des vécus, les médecins se retrouvent plus que les autres professions, avec d’autres médecins. Cela n’empêche pas que chaque vocation, chaque histoire familiale se soit construite de façon unique et personnelle. Ces liens sont aussi des soutiens sociaux évidents pour la formation et l’exercice du métier. Pour autant, il ne faudrait pas s’en féliciter si c’est au prix d’un enfermement. Il nous manque une réflexion sur l’accès aux études médicales à une pluralité des origines sociales et des territoires notamment. Pour que l’entre-nous fertile ne soit pas un entre-soi stérile…

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.