Le classement général des CHU et des spécialités réalisé par la rédaction est le premier qui établit les préférences des jeunes médecins à l'issue des ECNI.

LE CLASSEMENT DES CHU ET DES SPECIALITES REALISE PARE LA REDACTION EST LE PREMIER QUI ETABLIT LES PREFERENCES DES JEUNES MEDECINS A L'ISSUE DES ECNI. IL EST BASE SUR LE RANG MOYEN DES FUTURS INTERNES QUI CHOISISSENT CHU ET SPECIALITES POUR LEUR TROISIEME CYCLE.

Notre classement analyse les choix de CHU et de spécialité formulés par les nouveaux internes en fonction de leur rang de classement. Cette analyse exclut les étudiants du Service de santé des Armées (SSA) ainsi que ceux sous contrat d’engagement de service public (CESP), qui choisissent parmi
des postes dédiés. Ces résultats permettent de classer les 28 CHU et les 44 spécialités selon le rang de classement moyen des futurs médecins qui les ont choisis. Ensuite le classement est établi pour les CHU au sein de chaque spécialité et pour les spés au sein de chaque CHU.
Cette année, après des ECNi décalées, 8 161 étudiants ont pu faire leur choix d’affectation (hors SSA et Cesp) avant de débuter leur internat en pleine deuxième vague de l’épidémie. S’il est difficile de dire comment la Covid-19 aura influencé les choix cette année, elle fait partie des enjeux l’après… L’avenir et les classements suivants nous en diront plus sur l’influence de la pandémie dans les choix de vie professionnelle et personnelle.
Pour l’heure, découvrez les classements principaux et les coups de projecteur de la Rédaction sur deux spés-phares de l’année : santé pub’ et maladies inf’, ainsi que sur trois CHU : Lyon, Nantes et Strasbourg.
Retrouvez l’ensemble des classements généraux, par spécialité et par CHU, année par année, sur le site https://www.whatsupdoc-lemag.fr.

DES INDETRONABLES, OU PRESQUE…
C’est sans surprise cette année que le tiercé de tête de notre classement demeure constitué, dans l’ordre, de la chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, de l’ophtalmologie, et de la dermatologie-vénéréologie. La spé maladies infectieuses et tropicales perd 1 place et sort du quinté, dans la continuité d’une tendance observée à la baisse depuis 2018. Car l’infectiologie était 3e en 2017, 4e en 2018, 5e en 2019 pour être maintenant 6e. Sous les feux de la rampe en cette année de pandémie, peut-être que la tendance s’en trouvera inversée l’année prochaine ? (Lire aussi les pages 16-17.)
QUELQUES CHANGEMENTS
Certaines spécialités ont pu cette année se faire remarquer par une remontée de quelques places. À ce jeu, la chirurgie orale prend 7 places. Mais son petit nombre d’étudiants rend le classement de cette spé très changeant.
La médecine interne-immunologie clinique remonte de 6 places et récupère de pertes des années précédentes. La gynécologie obstétrique en gagne 4, confirmant ainsi une tendance à prendre du galon en termes d’intérêt chez les futurs médecins.
Enfin la chirurgie pédiatrique perd 8 places, mais pas de panique car là aussi le petit effectif est source de grandes variations de classement. À suivre donc !
UN QUINTE  +  DE FIN
C’est fidèles au poste que nous retrouvons encore cette année, sans changement, en fin de classement : psychiatrie, gériatrie, santé publique (lire aussi pages xx-xx), biologie médicale ainsi que médecine et santé au travail. Elles suivent la médecine générale, qui avait quitté la queue de classement mais s’en rapproche encore un peu cette année.

C'EST UNE SPE CHOISIE TOUJOURS DANS LES DERNIERES... ET POURTANT MISE EN AVANT DEPUIS UN AN AVEC LA GESTION DE LA CRISE SANITAIRE DE LA COVID-19. LES MEDECINS DE SANTE PUBLIQUE RACONTENT A QUOI RESSEMBLE LEUR QUOTIDIEN

Souvent méconnue, la santé publique offre un panel assez large des pratiques de la médecine. « Choisir la santé publique, c’est d’abord choisir une thématique », explique Julien, médecin de veille sanitaire.
« On peut faire de la prévention, de la recherche ou encore de l’humanitaire à l’autre bout du monde. C’est assez large. » Le Collège de liaison des internes de santé publique (Clisp) ajoute qu’il s’agit d’une spécialité transversale où le médecin s’occupe
« de soigner le groupe et non plus l’individu ». De fait, être médecin de santé publique, c’est pouvoir s’occuper des grandes orientations politiques, de la mise en place de projets de santé ou encore d'actions fondées sur la réduction des inégalités. « C’est aussi l’occasion d’avoir un vrai impact sur la population », continue Julien. Cette pratique de la médecine, encore peu connue, a fait son entrée dans l’actualité avec la Covid-19.
« L’impact des médecins de santé publique s'est fait sur plusieurs niveaux, détaille Loïc Josseran, vice-président de la Société française de santé publique (SFSP) et représentant du Collège universitaire des enseignants de santé publique (Cuesp). On nous a vus dans la recherche épidémiologique, dans les stratégies vaccinales, dans les bulletins des chiffres Covid mais aussi dans l’organisation des transferts des patients entre régions. » Au delà de la gestion de la crise sanitaire, les médecins de santé publique sont aussi ceux qui organisent et émettent des recommandations sur l’organisation des soins en France. « Nous sommes là pour faire le pont entre l’organisation d’une action et le terrain », souligne Sander de Souza, président du Clisp.
« Par exemple, sur les prévisions des lits de réanimation alloués aux malades Covid. Ce sont les médecins de santé publique qui font les prévisions sur le nombre de places restantes et à venir dans les jours qui viennent », ajoute de son côté Loïc Josseran. Moins visibles que certaines autres spécialités, les médecins de santé publique peuvent aussi intervenir dans les centres de soins en France comme à l’étranger. « Pendant l’internat, j’ai découvert une spécialité qui permet d’évoluer et de bouger assez facilement, continue Julien. J’ai commencé dans un centre antipoison, puis j’ai fait un internat dans un centre international de recherches avec des équipes de l’OMS, avant d’enchaîner sur des études au Québec… J’ai vraiment eu une approche très diverse de la médecine et j’ai adoré. » C’est aussi une spécialité qui est perçue comme plus « safe », moins hétéronormée. « Le rapport au corps est différent, les profils des médecins en santé publique sont plus diversifiés et la hiérarchie est moins présente », continue Julien. Tous insistent sur le sujet de sliens aux patients : « Ce n’est pas que l’on n’aime pas soigner, souligne Loïc Josseran, c'est juste que nous avons une approche plus macro. Et c’est un métier dans lequel on peut se renouveler en permanence. »

L'INFECTIO EST TRADITIONNELLEMENT UNE SPECIALITE BIEN CHOISIE A L'INTERNAT, ET CETTE ANNEE DE PANDEMIE N'A PAS DEROGE A LA REGLE. ON PEUT TOUTEFOIS S'ATTENDRE A CE QU'A LONG TERME, L'IMAGE DE LA SPE SE TROUVE MODIFIEE. RESTE A SAVOIR SI C'EST EN BIEN OU EN MAL.

L’infectiologie, peut-être plus encore que les autres disciplines médicales, vient de vivre une année très particulière. Mais il y a une chose qui semble immuable au pays de Karine Lacombe et de Didier Raoult : en 2020, comme les années précédentes, mieux valait avoir cartonné aux ECNi si on voulait s’orienter vers la clinique des virus et autres bactéries. Avec un rang moyen de 1166, les internes qui ont choisi « maladies infectieuses et tropicales » ont placé cette spé au 7e rang des plus prisées : 1 place de moins qu’en 2019, mais on reste dans le haut du panier.
« C’est une énorme satisfaction de voir que nous réussissons encore à attirer les étudiants qui ont le mieux réussi au concours », se félicite le Pr Pierre Tattevin, président de la Société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf) qui exerce au CHU de Rennes. Pour lui, ce bon résultat est une forme de soulagement, car la pandémie a eu selon lui « un double effet, un peu contradictoire », sur l’image de l’infectiologie.

CONSTAT MITIGE
« D’un côté, le fait d’avoir été sous les feux de la rampe pendant un an, c’est attractif, cela permet aux gens de s’identifier à l’infectiologue, détaille Pierre Tattevin. Mais en même temps, ce qui joue contre nous, ce sont les polémiques stériles auxquelles nous avons assisté. » Et de souligner que « Marseille a été moins bien choisie cette année »...
Le CHU phocéen se retrouve effectivement au 20e rang en infectiologie, avec 9 places de moins qu’en 2019. Difficile de ne pas y voir un délétère effet secondaire de l’hydroxychloroquine.
Du côté des jeunes infectiologues, on dresse également un constat mitigé après un an de crise.
« Le côté gestion de l’épidémie a été passionnant, et cela a renforcé notre image de spécialité très intéressante, très variée, note le Dr Pauline Thill, cheffe de clinique au CH de Tourcoing et présidente du Réseau des jeunes infectiologues français (Rejif). Mais en même temps, les conditions de travail dans les services ont fait que la formation des internes en a pris un coup cette année. Si les services de maladies infectieuses continuent à être dédiés uniquement à la Covid, les conséquences sur l’attractivité risquent de se faire sentir. » Mais de manière générale, c’est un avenir plutôt positif qui semble se dessiner pour l’infectio. « C’est une spécialité où nous avons des succès thérapeutiques très importants, on a vraiment l’occasion de rendre service », souligne Pierre Tattevin. « L’épidémie a donné aux infectiologues l’occasion de se donner corps et âme, ce qui montre que c’est une spécialité réactive, qui ne cesse de se développer », ajoute Pauline Thill. Alors qu’on ne cesse de nous annoncer que le monde est entré dans l’âge des grandes pandémies, les jeunes internes qui veulent participer au combat savent vers où ils doivent s’orienter.

VOICI VENU LE NOUVEAU CLASSEMENT DES CHU ! ET QUI EST LE PREMIER ??? ROULEMENT DE TAMBOUR... LES HOSPICES CIVILS DE LYON !

Bon en même temps, d’une année sur l’autre, l’affaire s’est souvent disputée entre Lyon et Montpellier. Sauf l’année dernière, quand Nantes y avait mis son grain de sel en leur chipant la vedette! Mais où sont passés les Nantais d’ailleurs ?
En 6e position, avec une perte de 5 places… Que leur est-il arrrivé ? Voilà une question que la Rédaction n’a pas manqué de se poser (lire aussi pages 24-27)… Du coup cette année, le tiercé gagnant est composé des HCL, du CHU de Montpel’ et de celui de Rennes !
Par ailleurs, on observe une chute pour les CHU d’Amiens et Poitiers qui terminent cette année en queue de classement. Notons tout de même qu’ils n’avaient que récemment réussi à la quitter : l’essai n’a donc pas été transformé !
De leur côté, les CHU de Tours et Nancy perdent 5 places quand à l’inverse celui de Limoges en gagne 5. Quelques cartes rebattues donc… Il s’en est fallu de peu qu’il en soit de même pour Paris. L’AP-HP parvient tout juste à se maintenir dans le top ten ! Suivie d’ailleurs à 19 points d’écart au rang moyen par le CHU de La Réunion. Sur le thème de David et Goliath, Rendez-vous l’année prochaine pour en connaître l’issue… Le CHU de La Réunion viendra-t-il se positionner devant l’AP-HP et l’AP-HM ? Ti ash i koup gro bwa !*
*Une petite hache peut couper une grosse bûche.
Retrouvez l’ensemble des classements généraux, par spécialité et par CHU, année par année, sur le site https://www.whatsupdoc-lemag.fr.

Entre septembre et décembre 2020 tout particulièrement, le CHU de Lyon a été très affecté par la crise de la Covid-19. Cette situation exceptionnelle a beaucoup impacté le déroulé des internats.
« Je me souviens que le pic des hospitalisations Covid, c’était le jour où j’ai changé d’internat », raconte Lucas Reynaud, président du Syndicat autonome des internes des hôpitaux de Lyon (SAIHL). « Cela fait un an que je ne fais presque que de la Covid, c’est très dur et pas très formateur. »
Comme lui, de nombreux étudiants en médecine racontent un début d’année scolaire difficile.
Des cours qui sautent, d’autres qui se font à distance. Des externes réquisitionnés pour faire des tests PCR. Des internes qui se sentent oubliés. Et une colère qui monte. « Ces derniers temps, beaucoup d’internes mais aussi d’externes craquent, ajoute Lucas Reynaud. On n'avait pas signé pour ça. » Il raconte l’absence de vie sociale, et les décès en réa Covid qui s’enchaînent. « Nous sommes très isolés et je pense que la Faculté ne réalise pas à quel point nous allons mal. » Située à 2 h de Paris et 1 h 45 de Marseille, la ville de Lyon attire chaque année des internes grâce à sa géographie, son important CHU mais aussi sa vie sociale et culturelle riche. Mais depuis le début de l’hiver, entre la deuxième vague qui n’en finit pas et la fermeture des lieux de fête, la ville a perdu de sa superbe et la vie au CHU ne fait plus rêver.
« Je pensais faire une carrière hospitalière, souligne Marie. Mais là, je termine dans 6 mois, je vais rentrer chez moi et ouvrir un cabinet en libéral. Cette crise m’aura au moins permis de revoir mes priorités. »
Du côté de la faculté de médecine, Jean-François Guérin affirme être conscient que ce malaise étudiant grandit. « Une cellule d’écoute a été lancée pour aider l’intégralité des étudiants en santé qui en auraient besoin », continue ce coordinateur du PASS à Lyon-Est. Carole Burillon, doyenne de la faculté de médecine Lyon-Sud, ajoute qu’un groupe de travail « copiloté par des enseignants et le service de médecine universitaire » recense, avec plusieurs internes, les besoins des futurs médecins afin de leur apporter « des réponses adaptées ». « Une enquête est également prévue [pour] décrire le rapport au travail des internes, les facteurs de stress associés, leur gestion de ce stress et des sollicitations issues du milieu professionnel. » La Faculté souligne aussi que des mesures ont été mises en place pour rappeler « l’importance de respecter le temps de travail des internes » et que la Doyenne se tient à la disposition de toutes celles et ceux qui éprouveraient des difficultés. L’équipe encadrante espère maintenant que la rentrée de septembre sera un peu moins perturbée. Dans le cas contraire, des mesures d’accompagnement seront mises en place pour les futurs internes. « L’internat dure plusieurs années, ajoute une responsable de formation. On espère que d’ici la fin de leurs études, les internes pourront découvrir la richesse de la ville et peut-être même s’y installer. Cette parenthèse va se refermer un jour. »

MALGRE SA SITUATION DE PREMIERE LIGNE ET LA DURETE DE L’ANNEE 2020, LE CHU DE STRASBOURG SE MAINTIENT DANS LE CLASSEMENT GAGNANT UNE PLACE POUR FINIR 8E. ET OSE MEME LES MALADIES INFECTIEUSES EN PREMIER CHOIX DE SPE ! LE FRUIT D’UNE TRES BONNE COMBINAISON ENCADREMENT/QUALITE DE VIE.

« Nous avons pris la foudre mais gardé un très bon encadrement assuré par les seniors du service, bénéficié de cours à distance, de podcasts à regarder, le tout très régulièrement, même en pleine crise ». Mathieu Werner, en 5e semestre de réanimation, nous confirme ici la rigueur alsacienne, rempart à la déferlante qui s’est abattue aux premiers temps de l’épidémie sur la région Grand-Est : « Nous étions en première ligne, sans recul, et nous sommes pris tout dans la figure. C’était psychologiquement éprouvant. En prévention, l’hôpital et les internes ont mis en place une plateforme Covipsy pour accompagner les professionnels de santé, qui a très bien fonctionné. » « C’est une petite région mais dotée d’un gros bassin de vie, souligne le professeur Philippe Deruelle, gynécologue obstétricien, vice-doyen en devenir, en charge du 3e cycle. Elle jouit d’une certaine richesse, avec des infrastructures intéressantes où la démographie médicale est moins catastrophique qu’ailleurs ; ce qui nous confère la capacité d’encadrer les internes, quel que soit le lieu de stage. »
COEUR D'EUROPE
Strasbourgeois de naissance, Mathieu a choisi sa ville avant sa spécialité, il en vante les charmes : sa taille humaine mais tous les attraits d’une grande, belle et très européenne métropole, la Suisse pour le ski, le tram pour l’Allemagne… et « le bon vieux temps » : une super semaine d’intégration permettant à la nouvelle promo (300 environ par an) de découvrir la capitale alsacienne, les fêtes, l’afterwork, les soirées œnologiques et les colocations entre internes. Huberth Werth, en 3e semestre de gynéco, a fait le choix de cette fac « pour l’excellence de sa réputation » dans sa discipline et a quitté Paris, où il aurait pu rester. Sans regret ! « Nous disposons de 4 périphéries facilement accessibles grâce à un réseau de transports ultra efficace qui permet d’être basé à Strasbourg pendant tout l’internat », ajoute ce président du Syndicat autonome des internes d’Alsace – on peut retrouver sa présentation de la ville et du CHU sur la chaîne YouTube de l’Isni –. Soulignant à son tour la bonne communication entre les internes, la fac et la Direction des Affaires médicales, Philippe Deruelle observe cependant le moral en berne de certains internes, corrélé à leur monoactivité Covid depuis un an. « Ils n’ont pas signé pour ça ! » déplore le professeur, qui convient qu’en concentrant ses forces sur cette activité, on donne moins aux internes « l’occasion d’intégrer des pathologies plus complexes et moins fréquentes ». Pas totalement dégoûtés, les petits nouveaux ont plébiscité les maladies infectieuses et tropicales, en tête du classement à Strasbourg cette année. La réputation élogieuse du chef de service, Yves Hansmann, très médiatisé pendant la crise, n’y est sans doute pas étrangère…

MOINS 5 PLACES DANS LE CLASSEMENT GENERAL ! APRES AVOIR CARACOLE EN TETE (1ERE PLACE EN 2019-2020 ; 2E PLACE EN 2018-2019), L’INTERNAT DE NANTES N’EST PAS LE CHOUCHOU DES INTERNES CETTE ANNEE. COMMENT EXPLIQUER CETTE DESAFFECTION ?

Une communication en berne à la rentrée 2020 semble être la première explication. « Le bureau des internes nantais reconnaît que la mise en avant de l’internat lors de la dernière rentrée a été insuffisante par rapport aux années précédentes, tout particulièrement sur les réseaux sociaux. Il n’y avait pas assez de moyens humains, en raison de la mobilisation des internes du CHU de Nantes dans les services en tension à cause de l’épidémie de Covid-19 », souligne Morgan Caillault, président de l’Isnar-IMG, qui a pris le pouls sur le terrain. Pour se déterminer dans leur choix, les futurs internes privilégient en effet les réseaux sociaux, les appels aux copains étudiants en médecine et la prise d’information auprès des représentants des internats visés. Or la faculté de médecine de Nantes a été moins active pour mettre en avant les atouts de son internat et de sa ville en cette rentrée 2020 si particulière…
CERTAINS STAGES JUGES TROP COURTS
Par ailleurs, la durée des stages proposés en pédiatrie et gynécologie aux internes de médecine générale à Nantes fait des déçus. « Dans la nouvelle maquette de l’internat de médecine générale en place depuis 2017, il est prévu 6 mois de stage en pédiatrie et 6 mois de stage en gynécologie. Une grande majorité de nos internes sont très demandeurs de ces stages. Or à Nantes, faute de moyens suffisants, ces stages ne sont proposés aux internes que sur des durées de 3 mois », indique le président de l’Isnar-IMG. Et il est vrai qu’en médecine générale, le CHU de Nantes perd cette année 4 places. Interrogée sur ce problème d’offre de stages, le Pr Pascale Jolliet, directrice de l’Unité de formation et de recherche médicale et doyenne de la faculté de médecine de Nantes depuis 2013 (2e mandat) explique : « Nous avons une politique de mise en stage de gynécologie de tous nos étudiants du 2e cycle. Cela représente des effectifs conséquents et pose parfois des problèmes de logistique. Ceci peut expliquer que nous proposions aux internes cette durée de stage de 3 mois au lieu de 6 ».
Du côté de l’Isni, en revanche, on ne voit pas d’explication de ce type pouvant expliquer le moins bon classement nantais.

D’AUTRES MOTIFS PLUS SENSIBLES PASSES SOUS SILENCE ?
Plusieurs affaires de harcèlement ont fait grand bruit au CHU de Nantes ces derniers mois (mais de nombreux autres CHU sont aussi concernés) et les responsables pédagogiques tentent de libérer la parole1 et s’en défendent en avançant au contraire le fait qu’elles ne soient pas cachées pour pouvoir mieux les prendre en charge. Ainsi, pour le Pr Karim Asehnoune, président de la CME du CHU : « Ces sujets polémiques menées sur le devant de la scène médiatique ont pu évidemment refroidir des néo internes. Mais on travaille au contraire activement sur ces sujets, c’était dans ma profession de foi. A l’hôpital, on n’a pas avancé suffisamment vite par rapport à la société. ». A ainsi été tout récemment créée une nouvelle Commission de Vie Hospitalière et un nouvel élan est donné à celle d’Ethique et de Déontologie. Multidisciplinaires, elles sont composées de représentants d’étudiants, de responsables pédagogiques facultaires, de professeurs universitaires variés, ainsi que de médiateurs externes. Pour ne plus laisser s’enliser des situations de souffrance au travail et encadrer de la meilleure façon possible les signalements d’abus, instruits à la fois par la faculté et l’hôpital, avec un retrait exprès de l’étudiant avant la mise en place d’actions concrètes, de la discussion à l’amiable entre protagonistes à la décision disciplinaire voire juridique. « Et ainsi ne pas détruire les services hospitaliers, mais permettre un accompagnement managérial de tous les décideurs pour avancer à la même vitesse que la société. » Par ailleurs, les problèmes récurrents de manque de personnel soignant ces dernières années et les fermetures de lit2 entraînent des conditions de travail dégradées pour les internes et médecins dans les services concernés. C’est vraisemblablement un élément qui peut peser dans la balance.
Enfin, le projet de déménagement du CHU sur l’île de Nantes fait couler beaucoup d’encre. Parmi ses opposants, certains médecins nantais critiquent ouvertement les fermetures de lit prévues dans le cadre de ce transfert. Cependant, ces critiques sont contrebalancées par l’argument majeur de recrutement que représente le fait de réunir sur un même site, en plein centre-ville, deux grands pôles hospitaliers aux locaux vieillissants éloignés géographiquement ; et pourtant complémentaires. En effet, le CHU de Nantes est le seul exemple national d’un service d’urgence se trouvant à 10 km de celui de neurochirurgie et de chirurgie cardio-thoracique. Ainsi, selon Karim Asehnoune, « le futur CHU au niveau de l’île de Nantes est au contraire un booster de la démographie médicale avec des jeunes médecins trouvant ce projet très séduisant, je perdrais la moitié de mes futurs effectifs d’anesthésistes réanimateurs s’il n’avait pas lieu ». Néanmoins, personne ne peut prédire les futurs classements et Pascale Jolliet se veut confiante : « Je ne suis pas inquiète. Nous avions un excellent classement les années précédentes. Les places peuvent varier d’une année à l’autre, sans que cela soit significatif ». Des propos confirmés par Karim Asehnoune : « Ce n’est pas une tendance, c’est un évènement ponctuel. Ce n’était pas auparavant un paradis et désormais un purgatoire, il n’y a pas selon moi de modification profonde à la faculté de Nantes. »
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Par ailleurs, les problèmes récurrents de manque de personnel soignant ces dernières années et les fermetures
de lit entraînent des conditions de travail dégradées pour les internes et médecins dans les services concernés. C’est vraisemblablement un élément qui peut peser dans la balance. Enfin, le projet de déménagement du CHU sur l’île de Nantes fait couler beaucoup d’encre. Parmi ses opposants, certains médecins nantais critiquent ouvertement les fermetures de lit prévues dans le cadre de ce transfert. Cependant, ces critiques sont contrebalancées par l’argument majeur de recrutement que représente le fait de réunir sur un même site, en plein centre-ville, deux grands pôles hospitaliers aux locaux vieillissants éloignés géographiquement ; et pourtant complémentaires. En effet, le CHU de Nantes est le seul exemple national d’un service d’urgence se trouvant à 10 km de celui de neurochirurgie et de chirurgie cardio-thoracique. Ainsi, selon Karim Asehnoune, « le futur CHU au niveau de l’île de Nantes est au contraire un booster de la démographie médicale avec des jeunes médecins trouvant ce projet très séduisant, je perdrais la moitié de mes futurs effectifs d’anesthésistes réanimateurs s’il n’avait pas lieu ». Néanmoins, personne ne peut prédire les futurs classements et Pascale Jolliet se veut confiante : « Je ne suis pas inquiète. Nous avions un excellent classement les années précédentes. Les places peuvent varier d’une année à l’autre, sans que cela soit significatif ». Des propos confirmés par Karim Asehnoune : « Ce n’est pas une tendance, c’est un évènement ponctuel. Ce n’était pas auparavant un paradis et désormais un purgatoire, il n’y a pas selon moi de modification profonde à la faculté de Nantes. »

1 https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/harcelement-la-fac-de-nantes-essaie-de-liberer-la-parole-des-etudiants

2 https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/urgences-de-nantes-sans-lit-en-debut-de-garde-fait-comment

Innovations à Nantes, pour ne plus jamais avoir le Seume !

A SALUER, L’ELABORATION PAR DES ELUS ETUDIANTS D’UN QUESTIONNAIRE SEUME (POUR SYSTEME D’EVALUATION UNIQUE DU MAL-ETRE ETUDIANT), EVALUANT A L’AIDE D’ECHELLES RIGOUREUSES DE PSYCHIATRIE ET DE MEDECINE DU TRAVAIL LES RISQUES PSYCHO SOCIAUX, LES SENTIMENTS DE VIOLENCE ET DE STRESS, AINSI QUE LE DEPISTAGE DE LA DEPRESSION ET DE L’ANXIETE.

Tout récemment mis en place, il recueille des données objectives permettant de mesurer une moyenne du bien-être des étudiants en santé, pouvant servir de référentiel lors d’un signalement d’alerte. De façon plus systémique encore, il est par la suite envoyé aux étudiants des semestres précédents et actuels dans ce même lieu de stage, pour détecter des anomalies de fonctionnement ou d’encadrement, de façon anonymisée. Présenté à l’Isni en janvier, il a été adopté pour être élargi  à l’échelle des internes. Le Pr Pierre Pottier, vice-doyen à la pédagogie, et également référent local du CNA (Centre National d’Appui à la qualité de vie des étudiants en santé), a plus d’une corde à son arc : « Nous sommes la première faculté à avoir recruté un coach professionnel qui prend en charge les étudiants pour des problématiques allant de la difficulté d’orientation au développement de compétences pour améliorer son bien-être en stage. Notre slogan : réussir en étant bien. » Et il vise à monter un travail de recherche à l’image de la récente étude publiée dans le JAMA en 20193.
Enfin en Septembre 2020, l’université de Nantes a eu l’honneur d’être sélectionnée comme « Université Européenne » dans le réseau EUNIWELLL de la Commission européenne. Ce projet renforcera les collaborations internationales dans le domaine de la recherche et de l’enseignement sur ces thèmes de bien-être individuel et social et de formation des enseignants. Selon Pierre Pottier, « cette structure permettra également de récupérer des fonds pour mettre en place d’autres innovations telle que, dans un futur idéal, la véritable création de services identifiés à l’intérieur du CHU regroupant des coaches, des psychologues et des professeurs, facilitant à la fois le parcours et la qualité de vie des internes … de Nantes ! »
3 Dyrbye LN, Shanafelt TD, Gill PR, Satele DV, West CP. Effect of a Professional Coaching Intervention on the Well-being and Distress of Physicians: A Pilot Randomized Clinical Trial. JAMA Intern Med. 2019;179(10):1406–1414. doi:10.1001/jamainternmed.2019.2425

CONCLUSION

« Je n’avais pas signé pour ça »*
Au décours de cette année tumultueuse, les nouveaux internes semblent avoir suivi les tendances des années précédentes. Ainsi la pandémie n’aurait pas influencé grandement les choix de CHU ou de spécialité. Ceux concernés par des pertes ou gains de places ont davantage été victimes des problématiques « habituelles », « monde d’avant ». Entendez les aspects qualité de la formation et qualité de vie tant professionnelle que personnelle. Pour autant, les témoignages recueillis par la Rédaction révèlent un démarrage d’internat sous Covid éprouvant, déroutant. De quoi se réinterroger sur ses choix, de celui de l’internat à celui du futur mode d’exercice. Voilà pourquoi nous serions tentés de parier que les choix de l’année prochaine réserveront quelques surprises. La santé publique bénéficiera-t-elle d’un regain d’intérêt ? La réanimation, les urgences, à bout de souffle, en première ligne pour la partie exposée, la plus sévère de la Covid-19, seront-elles attractives ou au contraire évitées ? Les régions plus épargnées seront-elles plus courtisées ? Il faudra attendre encore un peu pour le dire.
Quel avenir pour la formation du 3e cycle ?...
On peut aussi sourire en imaginant de nouvelles maquettes, avec des semestres obligatoires en service Covid pour l’infectiologie, en SSR Covid long pour la MPR ou en unité de psycorotrauma en psychiatrie… Rions un peu en effet d’esquisser un bout de fiction, espérant, pour la réalité future, une autre version.
*Une formule récurrente dans la bouche des interviewés.

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.