Viande de filles

Comme ses parents et sa soeur avant elle, Justine se destine à exercer la profession de vétérinaire. Et comme eux, elle est végétarienne. Pendant son bizutage, on la force à avaler de la viande crue. Et elle y prend goût... Ambitieuse et monstrueuse allégorie d'un passage à l'âge adulte, cette première oeuvre impose d'emblée Julia Ducournau comme une cinéaste à suivre.

Avouons-le : à côté de ce bizutage des étudiants en véto filmé pendant presque 1h30, la fac de médecine la plus réac' de France ne fait pas le poids une minute ! Ce milieu estudiantin, peu décrit jusqu'alors et largement fantasmé par la réalisatrice, est le premier atout de Grave : l'exploration d'un territoire et l'évocation d'une atmosphère sont tenues de bout en bout, fil conducteur ultra-maîtrisé d'une narration hélas chaotique et parfois répétitive. Julia Ducournau réussit à imposer une vision en circonscrivant un champ - ouvert sur les possibles les plus sombres de notre imaginaire - comme peu de cinéastes en sont capables. On pense au Kubrick de Shining ou encore au Cronenberg des débuts...

On sent chez Ducournau, une volonté de tout donner d'emblée, une absence de filtre et une obsession de raconter sincèrement une histoire, qui font du bien. Elle décrit sans jugement et sans nous donner l'impression de nous manipuler, le glissement vers la folie de tout un groupe d'individus, dont Justine ne serait finalement qu'un extrême à peine plus pathologique que ses petits camarades. On notera d'ailleurs, au risque de spoiler, que le personnage joué avec conviction par une Garance Marillier, oscillant sans cesse entre ingénuité désarmante et animalité affolante, ne sombre à aucun moment dans le passage à l'acte définitif.

Malgré son pitch ultra-efficace, qui laissait présager le démontage en règle d'une idéologie végétaliste plus tendance que sincère chez la plupart des bobos, Grave s'avère au final être l'antithèse d'une satire. C'est bien par son premier degré assumé, plus que par les nombreuses scènes pourtant insoutenables qui le parcourent, qu'il est profondément dérangeant.

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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