Parti prenant

Ciné week-end : Chez Nous, de L. Belvaux (sortie le 22 février 2017)

Une infirmière à domicile, mère célibataire, est courtisée par un parti populiste pour être tête de liste aux municipales dans sa commune du Nord. Elle accepte avec l'espoir de changer le quotidien des gens mais se rend vite compte qu'elle servira uniquement de faire-valoir à la dirigeante du parti. Toute ressemblance avec des personnages etc.....

Chez Nous débute et finit par de larges plans du nord d'une France silencieuse, qui s'éveille puis s'endort ; des plans dont la beauté est rendue dissonante par des grincements subtils, comme l'annonce de quelque chose sur le point de craquer. 

Cette tension, on la ressent tout de suite, dans des scènes de la vie quotidienne, au sein d'une classe moyenne qui semble plus frustrée que souffrante. Quelle bonne idée d'avoir repris Anne Marivin, déjà actrice du film de Dany Boon, pour en faire l'emblème caricatural de cet électorat ! La solidarité légendaire des Ch'tis semble se muer en une fermeté défensive s'agrégeant au contact d'un ennemi à la fois très proche et fantasmé. Le racisme ordinaire comme ciment d'une population à la dérive ne prenant plus la peine de se poser des questions puisqu'elle est abreuvée de pseudo-réponses en permanence. Ce processus médiatique et politique de gangrène d'un tissu social fragilisé est extrêmement bien rendu par Lucas Belvaux, qui sait communiquer cette effrayante inquiétude au moyen de quelques scènes très réussies (ainsi cette prof de danse bobo qui se sent menacée par quelques gamins tranquillement haineux alors qu'elle arrache des affiches électorales).

Concernant Pauline, l'héroïne du film, c'est parce qu'elle est en permanence au contact d'une souffrance réelle - autant physique que sociale - qu'elle serait tentée de basculer dans l'extrême. Le vernis policé d'un parti en quête de respectabilité lui offre l'opportunité de trouver un exutoire à sa volonté d'être utile tout en endormant le cas de conscience qui ne manque de naître en elle. Belvaux semble moins intéressé par son cheminement, expédié hâtivement au moyen d'un scénario trop limpide, ce qui du coup le rend moins crédible.

Mais le vrai portrait, celui qui était scruté, attendu, et qui n'a manqué d'être critiqué par anticipation par les principaux concernés, est celui de ce parti et de sa dirigeante, jouée par une Catherine Jacob tantôt hiératique tantôt matoise. Les tentatives de dissimulation, plus que de reniement, d'un passé sulfureux et ultra-violent - représenté par le fantôme d'un père qu'on ne voit jamais - sont particulièrement mises au jour à travers l'œil inquiet et citoyen du réalisateur. Ces hoquets, voire ces vomissements d'un passé qui n'a qu'une hâte, celle de ressurgir, entretiennent la nausée qui ne cesse de croître tout au long du film.

Le vrai drame ? C'est que la vision de ce film ne changera probablement rien à la détermination des gens ayant décidé de voter pour ce parti prospérant sur un compost ignominieux...

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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