MG en maison de santé pluriprofessionnelle

`A 31 ans, Éléna Nasreddine est médecin généraliste, et travaille à SOS Médecins Paris. Elle livre ses souvenirs en tant qu'interne, et ce qui l'a poussée à choisir la médecine générale.

Quel est ton premier souvenir d’interne ?

Éléna Nasreddine : Ma première garde au SAU ! Les chefs qui vont se coucher à minuit, la solitude, les problèmes dans les étages… Tu apprends, mais dans la douleur. Enfin, j’en retiens cette maxime qu’un ami chir’ m’avait donnée : « La garde, c’est fait pour garder les malades, le lendemain on réfléchit mieux » !

Quel est ton meilleur souvenir pendant l’internat ?

ÉN : Les co-internes ! Des amitiés fortes qui se construisent avec des gens qui traversent la même chose. Je pense que l’esprit de « confraternité » vient de là. Et puis, ayant été régulièrement responsable de la liste de garde, ça fait aussi un sacré réseau !

Et un souvenir particulièrement difficile ?

ÉN : En garde (encore !) de gynéco, je n’avais pas osé solliciter mon chef pour l’écho et je suis passée à côté d’une GEU… Qui est revenue rompue peu de temps après. Je m’en voulais tellement, je me suis battue pour ne pas qu’on convertisse la cœlio en laparo, j’ai même dû appeler le chef de service pour lui demander de venir nous aider au bloc… Et tout s’est bien fini pour la patiente !

(Cliquer sur l'image pour agrandir)

Y-a-t-il une situation avec un patient qui t’a spécialement marquée ?

ÉN : Oui, en stage chez le prat’, la secrétaire m'ajoute un rendez-vous alors que je dois partir en visite à domicile, en me disant que ça sera rapide, une jeune pour un certificat… Il s’agissait en fait d’une jeune femme victime de violences conjugales, qui venait en parler à quelqu’un pour la première fois, le corps couvert de bleus… Mon cours d’une heure théorique que j’avais eu là-dessus me semblait très loin ! Je lui ai fait le certificat, les photos et l’ai orientée, mais je me sentais malgré tout très impuissante et touchée par cette situation.

Et pourquoi la médecine gé ?

ÉN : J’hésitais avec la gynéco, et puis l’ECN en a décidé ainsi. J’étais très attirée – et un peu effrayée – par le côté polyvalent de la spé. Je me suis aussi dit que c’était un moyen de faire de la gynécologie malgré tout. Je ne l’ai jamais regretté. Ma seule crainte était la solitude de l’exercice, et c’est pour cela que j’ai décidé de monter un projet de maison de santé pluriprofessionnelle.

Et alors la salle de garde, pour ou contre ?

ÉN : En tant qu’ancienne falucharde, pour ! Je reste attachée à ce folklore, qui tend malheureusement à disparaître. Je trouvais ça très fédérateur.

Qu’est-ce que tu conseillerais à la jeune Éléna qui fait son premier jour à la Fac de médecine ?

ÉN : Je lui dirais ça va aller, c’est plus facile après ! Et n’hésite pas à poser des questions, à dire quand tu ne sais pas. Ça, j’ai mis beaucoup de temps à le faire, alors qu’au final, ça passe très bien, même avec les patients !

Photo : Lisa Camus

Portrait de Jean-Victor Blanc
article du WUD 36

Vous aimerez aussi

`A la tête de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) depuis trois ans, le Dr Dominique Martin a dû essuyer...
Le Dr Irène Frachon est pneumologue au CHU de Brest. Mais pour beaucoup, elle est surtout le lanceur d’alerte par excellence. Depuis qu’elle a révélé...
Franck Nouchi a contribué à ce que la paternité de la découverte du virus du sida revienne définitivement à une équipe francaise. Il est aussi le...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.