Médecins à 23€ vs. coiffeurs à 30€. Episode #2 : « Il faudrait monter la consultation à 50 € »

Rencontre avec Philippe Leduc, directeur du think-tank Economie Santé

La critique est récurrente : les généralistes français sont tellement mal rémunérés que le prix de la consultation, 23€, est largement inférieur à ce que le patient pourrait payer chez le coiffeur (de l’ordre de 30€). « What’s Up Doc » a demandé à plusieurs économistes ce qu’ils pensaient de cette comparaison. Après Christophe Marques, du cabinet Asterès, voici le regard de Philippe Leduc, directeur du think-tank Economie Santé.

What’s Up Doc : Comparer le prix d’une consultation à celui d’une coupe de cheveux a-t-il un sens d’un point de vue économique ?

Philippe Leduc : C’est amusant de formuler la question de cette manière. Il est évident que le tarif de la consultation des généralistes est une sorte de scandale, et que c’est quelque chose qui favorise l’inorganisation du système de soins. La comparaison avec le coiffeur n’a pas de sens, car il s’agit de deux métiers différents, mais elle a à mon sens un intérêt : cela parle, et cela montre bien l’aberration du système dans lequel on est. De tels tarifs poussent le médecin à faire beaucoup d’actes, et ne les incitent pas à approfondir la consultation.

WUD : Que faudrait-il faire, alors ?

P. L. : Ce qu’il faudrait, c’est monter la consultation à 50€. C’est un niveau qui correspondrait au niveau de qualification des médecins et qui surtout permettrait de faire de la bonne médecine. Mais attention, il ne s’agirait pas pour les médecins de gagner beaucoup plus sur l’année. Il faudrait en parallèle plafonner l’augmentation du revenu des médecins par exemple à 5 ou 10%. Il ne faudrait donc pas que les consultations durent 5 minutes. Il s’agirait de se donner la possibilité de vraiment prendre le temps, de prendre en charge les pathologies chroniques, de faire de la prévention, de l’éducation thérapeutique, de la médecine de proximité…

WUD : Quelle est la probabilité selon vous que cette proposition se traduise un jour dans la réalité ?

P.L. : 80%. Il est vrai que nous sommes dans une période économique très contrainte, mais tout le monde s’accorde pour dire qu’il faut développer la médecine de proximité. Si on veut vraiment développer la bonne médecine, il faut un signal fort. Les élections présidentielles arrivent bientôt. On le dit à chaque élection, mais on est arrivés à un moment où il faut prendre des mesures. Ce ne serait pas mal que la consultation à 50 €, avec une réorganisation des soins primaires de proximité, soit dans le programme d’un candidat.

Source: 

Adrien Renaud

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