L'indépendance, ca commence tôt

Des étudiants en médecine alertent sur les conflits d'intérêt

La troupe du RIRE (Réseau des Initiatives et Réponses Étudiantes), collectif d'étudiants en médecine engagés sur la question des conflits d'intérêt dans le milieu médical, a récemment réédité son livret d'information. Intitulé "Pourquoi garder son indépendance face aux laboratoires pharmaceutiques ?", il interroge l'indépendance des médecins vis-à-vis de l'industrie pharmaceutique.

La première version du livret, publiée il y a deux ans, s'était écoulée si vite que le RIRE avait décidé en septembre dernier de lancer une campagne de crowdfunding afin de relancer les impressions. Ils ont gagné le pari, et au passage : des lecteurs, un prix Prescrire et une reconnaissance dans le milieu. Interview de Matthieu, étudiant en médecine à Paris et membre de la troupe du RIRE.

What's up Doc. Qu'est-ce que le RIRE ?

Matthieu. C'est un collectif d'étudiants, qui rassemble l'ancien collectif d'étudiants en médecine de Paris Descartes (la troupe des utopistes) et celui de Paris Diderot. L'objectif était de partager ce qu'on vivait en stage, et de réfléchir ensemble à des choses qu'on ne voyait pas en cours et qui nous semblaient manquer. L'idée était de se former ensemble, dans une logique de formation par les pairs, parce qu'on s'était rendu compte que parfois certaines choses que nous disaient les profs étaient en décalage avec les recommandations de la HAS. On s'est posé la question des influences, on a eu pas mal de réflexions. Au départ, nous étions des étudiants en médecine, rejoins un peu plus tard par Paul Scheffer, doctorant en sciences de l'éducation, et Thomas Hémery, qui aide des collectifs à diffuser leurs actions sur internet.

WUD. Comment est venue l'idée de ce livret ?

M. Il a été réalisé il y a trois ans à partir du manuel de l'OMS ["Comprendre la promotion pharmaceutique et y répondre" édité par l'OMS et Health Action International, ndlr] traduit en français par la HAS, sur lequel on était tombé et qui nous paraissait intéressant. Ce qui nous frustrait c'est qu'étant destiné aux enseignants et aux facs, il n'était pas très vivant. On l'a donc coupé en morceaux, on a fait une synthèse, gardé quelques graphiques, et mis quelques conseils pratiques à la fin.

WUD. Comment avez-vous financé le projet au départ ?

M. Pour les premières impressions, on a mis de l'argent nous-même, et cela a aussi intéressé le Formindep et le Syndicat de la médecine générale (SMG). On avait 2000, 2500 impressions, et c'est parti très vite. On s'est demandé si on ne pouvait pas faire un peu plus.

WUD. D'où la campagne de financement participatif.

M. Oui, et à ce moment on a rencontré Thomas Hémery. Il nous a fait une petite vidéo choc diffusée sur Youtube, et un de ses amis, graphiste, a dessiné le livret. On avait un objectif de 3000 euros, qui permettait d'en imprimer pas mal, et finalement on est arrivé à quelque chose comme 4500 euros en deux mois.

WUD. Comment avez-vous fait connaître la campagne et qui a participé ?

M. Des coexternes, un peu nous-mêmes, des amis a qui on en avait parlé, et pas mal de médecins. Quelques-uns d'entre nous ont fait de la com' sur Facebook, mais ça a surtout été diffusé par nos réseaux : le Formindep, le SMG et Prescrire en ont parlé sur leurs sites et dans leurs pages. Les réseaux médicaux sont importants, ce sont des professions où l'on est bien payé et ces personnes-là sont relativement motivées sur ces problématiques. On a appris en avance qu'on avait le prix Prescrire donc on s'est arrangé pour que la campagne commence juste avant et puis on a parlé du prix, c'était un bon argument de communication, une grosse pub.

WUD. A quoi vous a servi cet argent ?

M. Uniquement pour imprimer les livrets, et pour les frais d'envoi des contreparties de la campagne participative : des publications, des autocollants et des trucs un peu plus drôles, comme l'envoi d'une caisse de livrets à Marisol Touraine.

Source: 

Cécile Lienhard

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