Les sages demandent un suivi psychologique à long terme pour les soignants confrontés à la Covid-19

En raison des troubles psychologiques observés chez les soignants confrontés à la Covid-19, l’Académie de médecine demande un suivi à long terme de leur santé mentale. Et demande à nouveau que les conséquences de la maladie infectieuse chez les soignants contaminés dans l’exercice de leur métier soient prises en charge au titre des accidents du travail ou des maladies professionnelles.

Les soignants confrontés à la Covid-19 ont travaillé plusieurs mois dans « un climat d’angoisse, sous la menace permanente d’un manque de lits, de locaux, de médicaments, de professionnels qualifiés et de dispositifs de protection pour les malades aussi bien que pour le personnel soignant », rappelle dans un communiqué l’Académie de médecine qui évoque également le « choc émotionnel » suscité par les décès de collègues contaminés sur leur lieu de travail.

Mais c’est aussi le nombre croissant de décès chez les malades hospitalisés qui a eu d’importantes répercussions sur le moral des soignants, poursuivent les sages qui expliquent que les troubles psychologiques observés (hyperémotivité, niveau d’anxiété élevé, insomnies), vont jusqu’au syndrome de stress post-traumatique « avec une incoercible répétition diurne et nocturne (cauchemars) des souvenirs les plus pénibles et une angoisse de mort ».

Risque de troubles dépressifs et addictifs

Liés aux conditions de travail éprouvantes imposées pendant plusieurs mois aux équipes de soins, ces troubles se manifestent chez nombre de soignants après la crise, au moment de la décompression. « Méconnaitre cette complication ferait le lit de troubles psychiques ultérieurs, entrainant l’incapacité à rester dans une profession de soins, jusqu’à des troubles dépressifs et addictifs avec leur contingent de conduites suicidaires », met en garde l’Académie de médecine qui estime que l’accompagnement des soignants en soins intensifs ayant été confrontés à la Covid-19 requiert aujourd’hui  une attention particulière car « leurs capacités de résilience ont été durement mises à l’épreuve ».

Début avril, les sages avaient déjà recommandé que les conséquences de la Covid-19 chez les soignants contaminés dans l’exercice de leur métier soient prises en charge au titre des accidents du travail, ou, à plus long terme, au titre des maladies professionnelles indemnisables. Ils demandent donc aujourd’hui  d’accélérer la mise en œuvre de cette disposition, « notamment en cas de décès laissant certaines familles dans une situation matérielle difficile, puisqu’elle se réfère à un tableau de maladies professionnelles qui n’est pas encore paru au Journal officiel ».

Enfin, l’Académie recommande vis-à-vis des soignants qui ont lutté contre la Covid-19 :

– un examen médical systématique par les médecins de prévention, à renouveler pendant trois ans, pour identifier d’éventuels symptômes psychiques apparus après la phase aiguë de la crise sanitaire et proposer une prise en charge adaptée ;

– la prescription, aussi souvent que justifié, de mesures thérapeutiques telles que des aménagements transitoires des conditions de travail ;

– que l’employeur, à l’issue de la crise, manifeste son attention aux besoins de soutien de ces personnes, en mettant en place des outils de promotion de la santé mentale tels que les groupes de paroles et les activités physiques ;

– que l’organisation et les conditions de travail dans les structures de soins intensifs soient réévaluées et améliorées ;

– une prise en charge rapide au titre des accidents imputables au service pour les agents de l’État ou au titre des accidents du travail pour les autres salariés ou indépendants.

Portrait de La rédaction

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