Les médecins restent plus forts que l'intelligence artificielle

Non, l'IA ne nous aura pas !

Selon une étude publiée ce mois-ci dans le JAMA Internal Medecine et largement relayée dans la presse professionnelle, les médecins restent plus fort que l’intelligence artificielle (IA) pour poser un diagnostic. Un résultat à même de calmer les peurs que les algorithmes suscitent encore dans la profession.


Les médecins gardent une longueur d'avance dans la bataille contre leurs concurrents numériques. C’est la principale leçon que l’on peut tirer d’une étude publiée le 10 octobre dernier dans JAMA Internal Medicine, et réalisée par des médecins de Harvard. Un résultat qui n’étonnera ni les lecteurs de What's up Doc, ni les connaisseurs du sujet, mais qui rassurera ceux qui pensent que leur job est menacé par les machines.

Les auteurs ont confronté 243 médecins à 23 outils d'analyse des symptômes en ligne. Objet de la confrontation : 45 cas cliniques élaborés dans le cadre de la plateforme collaborative Human Dx. Résultat du match : 72 % des médecins ont posé le bon diagnostic du premier coup, contre 34 % pour les applications web. L’étude met également en évidence un écart plus important lorsque les signes sont peu banals et sévères.

Alors, le médecin en danger face à l’intelligence artificielle, tant décrit par les médias, ne serait-il qu’un mythe ? « À l’heure actuelle, il est impossible que l’IA remplace le médecin », affirme en tout cas le Dr Juan Sebastián Suárez. Et ce généraliste sait de quoi il parle : président de la commission R&D de l'association France eHealthTech , il est aussi cofondateur de Bress Healthcare, une startup qui travaille sur des algorithmes décisionnels médicaux.

Une IA encore très limitée

Pour lui, l’IA reste limitée sur plusieurs points. Le temps, pour commencer. « Il faut en moyenne quinze minutes au médecin pour communiquer les symptômes à une machine avant qu’elle ne délivre un diagnostic… sans parler du traitement », remarque t-il. « Tout seul, le praticien est plus rapide. » Mais ce n’est pas tout. « Une IA est incapable de réaliser un examen clinique et son utilisation seule est loin de combler les besoins pratiques de certains champs médicaux comme la chirurgie ou la psychiatrie », ajoute-t-il.

L’un des arguments de ceux qui pensent que l’IA va remplacer le médecin est que les machines sont capables d’ingérer une infinie quantité d’informations, et notamment l’ensemble des recherches parues dans la littérature scientifique. « Le problème, c’est que 50 à 75 % des études scientifiques publiées ont des biais importants ou ne sont pas pertinentes », rétorque Juan.  « Pour faire carrière, un médecin est dans l’obligation de publier des études. » Des études pas forcément toujours utilisables dans le cadre d'une démarche de soin, et parmi lesquelles même l'IA peine à séparer le bon grain de l'ivraie.

Coopération plutôt que compétition

Tout ceci ne signifie pas que l’IA est totalement inutile pour le médecin. « Les technologies peuvent améliorer la prise en charge des patients et aider le médecin, mais pas réaliser des diagnostics », précise Juan. « En radiologie par exemple, la machine peut pré-analyser une radio et alerter le médecin si elle rencontre une donnée inhabituelle. » Si le jeune startuppeur admet qu’à force d’entraînement, la machine sera capable de surpasser l’humain dans le domaine de l’observation, il estime que le pouvoir de décision et de responsabilité appartiennent au médecin et à lui seul.

D’après lui, l’IA doit être utilisée pour répondre aux demandes concrètes des médecins, pas pour entrer en compétition avec eux. « Chez Bress Healthcare, par exemple, nous travaillons sur un algorithme décisionnel qui conseille les médecins sur le bon traitement à adopter en fonction des pratiques de leurs collègues sur la même situation » explique-t-il. « Il les informe aussi sur les recommandations françaises ou internationales dans la prise en charge d’une pathologie donnée. »

Moralité, les algorithmes sont des outils de validation remarquables appliqués à des processus bien définis. En revanche, en autonomie, l’IA ne fait pas (encore) le poids.

Source: 

Im`ene Hamchiche

Portrait de La rédaction

 

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