L'accident grave n'arrive qu'aux autres... sauf pour Samuel, 39 ans, chirurgien

Comme beaucoup d'entre nous, Samuel*, jeune médecin hospitalier en pleine santé, se croyait « invincible ». Jusqu'à connaître LE gros pépin, celui qui ne doit arriver qu'aux autres... en théorie. En 2019, un accident l'a immobilisé chez lui plusieurs mois durant, jusqu'à le mettre en difficulté financière. Il raconte.
 

Un dimanche matin de novembre, entouré de quelques amis, Samuel étrenne son nouveau vélo de course sur les routes vallonnées de sa région. Une trentaine de kilomètres et une simple erreur d'inattention plus tard, le voilà à terre, incapable de bouger. « Mes amis m'ont dit par la suite que je n'avais vraiment pas eu de bol... Mais c'est bien le propre de l'accident, par nature imprévisible ! », philosophe le chirurgien de 39 ans, alors PHU 5e échelon le jour où la roue avant de son vélo tapote la roue arrière de l'ami qu'il suivait... « Ça s'est produit sur une simple montée, plutôt à faible vitesse. J'ai été lentement déséquilibré et j'ai chuté sans avoir réussi à retirer mon pied du cale-pied », se souvient-il. Il tombe, sa hanche prend tout. « La force de cisaillement a causé une fracture immédiate sous la tête du fémur. A terre, la douleur était atroce et il m'était impossible de me relever. J'ai tout de suite compris que c'était cassé ».
 
Le « stress » de la prise en charge financière
 
Allongé dans le caniveau, le chirurgien n'a pas que son fémur brisé en tête. Alors que le Samu n'est toujours pas arrivé, il songe déjà aux conséquences professionnelles de sa chute. « J'étais dans un stress et une détresse extrêmes et j'ai tout de suite pensé à l'impact de mon absence au sein de mon service », reconnaît-il. Il perd un litre de sang, la morphine ne suffit pas à le soulager. Le médecin du Samu lui injecte de la kétamine pour pouvoir le manipuler. Opéré plus tard à deux reprises, Samuel se retrouve par la suite cloué chez lui, au propre comme au figuré. Même boire un verre d'eau lui devient difficile, sans parler des douleurs intenses qui le minent. L'imprévu, comme une montagne à surmonter : « Au début, je pensais surtout à mon planning personnel, mon remplacement, tous les blocs programmés... Commence alors le stress du quotidien et celui lié à ma prise en charge financière ».
 
Sa base salariale est constituée d'émoluments hospitaliers et statutaires, auxquels s'ajoutent de nombreuses astreintes ainsi qu'une activité libérale hospitalière, avec ses charges spécifiques. Côté dépenses, Samuel évoque des remboursements de prêts personnels. Le stress, c'est aussi de savoir que son indisponibilité pourrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Surtout quand il finit par découvrir que son contrat de prévoyance était indexé sur un niveau antérieur. « J'avais oublié de le mettre à jour », soupire-t-il. Problème, les astreintes ne sont pas couvertes, ni les émoluments universitaires, et encore moins les rémunérations d'activité libérale. « J'ai tout de suite senti que ça allait aussi piquer financièrement parlant ». Comme les astreintes hospitalières sont payées en décalé, « je n'ai senti le trou d'air que deux mois après l'accident », dit-il. Il ne sera remboursé que sur la base hospitalière, soit environ 1700 € mensuels... Pour couronner le tout, il ne bénéficie d'aucune protection autour de son activité libérale. Zéro pointé par ici.
 
Près de 12 % de revenus en moins sur l'année
 
En faisant le forcing, Samuel réussit à retourner au bloc un peu plus vite qu'escompté. « L'arrêt de travail initial était de trois mois, mais face à ces incertitudes, j'ai souhaité reprendre plus tôt, au bout de deux mois », confie-t-il. Sur l'année entière, il dit pourtant avoir perdu près de 12 % de ses revenus. Ce qui lui fait dire aujourd'hui qu'il est, à ses yeux, « indispensable de prendre une heure ou deux de son temps pour sa prévoyance, surtout quand on connaît une évolution statutaire ou que l'on se développe en libéral. Dans le public, on se croit bien protégé statutairement, mais ce n'est pas le cas et ça l'est encore moins quand tu as la responsabilité d'une famille ». Et encore, Samuel sait que l'histoire finit bien. En tant que chirurgien, il aurait aussi pu perdre l'usage de ses mains, « et dans ce cas-là, ta carrière est stoppée net ».
 
*Le prénom a été modifié

Réalisé avec le soutien de la mnh.fr/mediceo

Portrait de Thomas Blachère

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