« La technique et les intentions du médecin ne sont pas l’alpha et l’oméga de la qualité du soin »

La polémique sur les TV et les TR, vue par Clara de Bort

Directrice d'hôpital, cheffe de la Réserve sanitaire, Clara de Bort est aussi une femme engagée dans le débat public. Elle a pris des positions très fortes lors des polémiques des mois derniers, qu’il s’agisse de l’affaire de la fresque ou du hashtag #PayeTonUterus. Elle n’est bien entendu pas restée à l’écart des débats concernant les touchers pelviens pratiqués par des étudiants sur des patients endormis, sans le consentement de ces derniers. What’s Up Doc l’a rencontrée.

 

What’s Up Doc : Vous faites partie des voix qui ont dénoncé le plus fortement la pratique de touchers pelviens par des étudiants sur des patients endormis, sans consentement. Pensez-vous que les jeunes médecins sont plus sensibles à votre discours que leurs aînés ?

Clara de Bort : Je ne voudrais pas être pessimiste, mais je crains que ce ne soit pas en laissant simplement les générations avancer que l’on passera d’un système maltraitant à un système bientraitant. La maltraitance est aussi le fruit d’une médecine devenue hyper technique, hyper-protocolisée. Je ne suis pas sûre que les jeunes médecins, parce qu’ils sont jeunes, y échappent. Ce n’est pas une question d’âge, mais une question de posture.

WUD : Il semble tout de même que dans l’ensemble, les médecins et le grand public n’aient pas la même perception de ces sujets. Quelle en est à votre avis la raison ?

CdB : Les médecins voient parfois la subjectivité du patient comme perturbatrice dans leur réflexion, voire un obstacle à la prise en charge. Or la technique et les (bonnes) intentions du médecin ne sont pas l’alpha et l’oméga de la qualité du soin. La qualité et l’éthique, c’est aussi la prise en compte de la façon dont le soin est vécu, et c'est d'ailleurs un élément clé dans l'observance. Ca fait peut-être cucul la praline de dire ça, mais c’est très sérieux.

WUD : Ne pensez-vous pas que la dureté de leur métier oblige parfois les médecins à « se blinder », ce qui rend leurs discours parfois inaudibles pour le grand public ?

CdB : Que le métier de médecin soit psychologiquement difficile, c’est un fait. Mais ce n’est pas le seul. Et je pense qu’il y a d’autres moyens que le sexisme et la violence pour évacuer les tensions et consolider une culture professionnelle. Car quand le Pr Guy Vallancien déclare dans Slate que les étudiants qui ont mal vécu de faire des TR ou des TV sur des patients endormis sans leur consentement sont des « mal baisés », c’est du sexisme et c’est inacceptable.

WUD : Certains médecins voient aussi dans cette polémique une attaque politique contre la profession. Qu’en pensez-vous ?

CdB : A entendre certains, il faudrait éviter de parler et de réfléchir à chaque débat. On ne va plus réfléchir beaucoup alors ! Il faut arrêter de se voiler la face et de ranger dans la case "médecin bashing" toute demande de remise en question sur des pratiques qui désolent d'ailleurs de nombreux médecins eux-mêmes ! Je regrette que beaucoup de médecins aient le sentiment d'être "mal aimés" et vivent chaque discussion comme une agression. Mais je peux m’imaginer que ce soit compliqué pour certains de voir arriver dans la discussion sur leur pratiques des non médecins qui, jusqu’à présent, n’avaient pas droit de cité. Le corps médical est encore bien trop empreint d'une culture de la domination (au cours de la formation notamment). Des médecins peuvent se trouver démunis par le fait que les patients eux-mêmes ne l'acceptent plus. Le fait de parler d'égal à égal avec un patient n'est pas une perte mais un profond enrichissement.

Source: 

Adrien Renaud

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