Frankie stagne

Critique de "Frankie", de Ira Sachs (sortie le 28 août 2019).

Une actrice française réunit sa famille et ses amis à Sintra alors qu'elle est en phase terminale de son cancer. Et c'est à peu près tout...

Le premier plan de "Frankie" est sublime. Pas uniquement parce qu'il se situe au sein d'une somptueuse résidence à Sintra, au Portugal. Voir Isabelle Huppert nager dans une piscine a quelque chose de totalement connu et d'absolument étrange à la fois. Tel un tableau de Hopper. Entre parcours balisé et projet intrigant, ce film au casting international a de quoi allécher. Sa sélection à Cannes en compétition officielle le dispense de toute remise en cause de sa qualité intrinsèque, tant la caution artistique est forte. Et pourtant...

Il arrive régulièrement que des metteurs en scène reconnus se lancent dans un projet d'envergure internationale, piochant au sein d'un casting hétéroclite des acteurs de différents pays et, souvent, de différents horizons. On attend avec impatience le prochain Kore-Eda avec Deneuve et Binoche. On se souvient également d'expériences - cannoises, elles aussi - réussies (les derniers fims européens d'Asghar Farhadi, ou le beau film de Joachim Trier avec Huppert, déjà), comme franchement ratées (les Woody Allen européens faiblards tels "Minuit à Paris ou "To Rome With Love"). Hélas, "Frankie" est de celles-ci. Ira Sachs prend le parti de réunir tous ces acteurs sans les faire jamais vraiment se rencontrer, du moins artistiquement, ne faisant qu'accentuer un décalage qui, s'il se veut probablement être le reflet d'une certaine incapacité à échanger, communiquer à propos d'une mort certaine, rend le film avant tout terriblement ennuyeux. Nous assistons à des histoires croisées, des moments banals au sein d'une période qui ne l'est pas, avec une indifférence croissante que la présence solaire de la trop rare Marisa Tomei compense à peine. On pense parfois à Rohmer, les dialogues en moins - un comble. Quant au casting, un pudding américano-européen relativement indigeste : pour donner une idée de son audace, il suffit de constater que le rôle du vieux gay de service a été une nouvelle fois confié à Pascal Greggory...

Au final, cette Frankie qui ne veut pas dire qu'elle va mourir nous reste étrangère. Huppert fait ce qu'elle peut, grâce notamment à ses moments partagés avec Mairsa Tomei ou encore une scène avec les "locaux" de Sintra, mais elle ne parvient aucunement à atténuer cette sensation de gâchis. Le film peut être vu comme un total contre-pied, d'un point de vue esthétique, au "Juste la fin du monde" de Dolan. Mais un contre-pied qui se prend les pieds dans le tapis.

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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