« Faut bien une première fois, profites-en il dort ! »

Polémique TV et TR, le témoignage d’une interne en CHU

Anna* est interne de médecine générale dans le CHU d’une grande ville française. Nous lui avons posé la question de son « expérience » des TR ou TV. Alors, les touchers pelviens sans consentement, mythe ou réalité ?

Lorsque l’on pose la première question sur la polémique des TR ou TV sans consentement, « est-ce que toi ou ton entourage y a déjà été confronté ? », la première réponse d’Anna est négative. « Je ne connais personne qui ait été confronté directement à ce problème ». Mais elle précise tout de même « avec plainte de patients, quoi ».

Car Anna en a fait, des TR sur patients endormis au CHU. Elle raconte : « mon premier TR c'était sur un monsieur au bloc, il était endormi, et le chef de service m'a dit " ben vas-y, faut bien une première fois, profites-en il dort". Je l'ai fait, il m'a dit : "alors, décris-moi ce que tu trouves". Je n’avais rien senti, j'étais partagée entre faire la description que j'avais appris dans les livres ou juste dire la vérité. J'ai dit "je sens rien", et il m'a répondu "c’est normal il n’a plus de prostate"... C'était un test, une sorte de rite d'initiation je crois ! »

Anna précise alors : « Personnellement la démarche ne m'a pas choquée. J'étais étudiante, c'était pas pour le plaisir, c'était pour apprendre. Et puis c'était au bloc uro, il y a eu bien d'autres choses que mon pauvre petit doigt qui sont passées par là après, et dont il était au courant et d'accord puisqu’il a signé la feuille de consentement à l'opération ».

Les derniers mots nous interpellent : signé, consentement. Le patient avait donc bien donné son consentement ? « En fait on ne lui a pas posé directement la question ! Mais en CHU, on sait qu’il y a des étudiants », nous répond Anna. Mais alors, qu’est-ce que le patient a signé exactement ? « Le fait qu’il soit d’accord pour se faire opérer. Mais encore une fois c’est particulier parce que c'était un bloc uro. C'est différent de quelqu’un qui va se faire opérer du genou et sur qui on propose à l'étudiant de faire un TR parce qu’il est endormi ! »

Donc en définitive, est-ce que ce genre de situation arrive ? « Je n'ai jamais été confrontée à cette situation-là, et personne ne me l’a raconté », affirme Anna. « A chaque fois que j’ai vu un étudiant faire un TV ou un TR, pour "s'entraîner" ou plutôt découvrir, sur patient endormi (au bloc ou en réanimation) c'était indiqué, justifiable. Par exemple au bloc uro ou gynéco, recherche fecalom… Je dis pas que ça n’existe pas, il y a toujours des abus, mais je pense que c'est rare ! Et un peu fantasmé… Le TV à la chaîne ça me paraît gros, et personnellement hors indication, j'aurais refusé ».

 

*Le prénom a été modifié

Source: 

Cécile Lienhard

Portrait de La rédaction

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