Darwin 2021, la dernière fiction "work in progress" du Dr Henri Duboc : interview

Le Dr Henri Duboc, gastro-entérologue, est aussi un romancier de renom. À la faveur de la crise épidémique de Covid19, il a pondu une fiction, Darwin 2021, un polar d'anticipation. Particularité : tous les vendredi, Henri Duboc met en accès libre deux chapitres de son roman, qu'il écrit au fil de l'eau. Policier, son roman est aussi une réflexion sur le système de soins, la place du public, et du privé, l'égalité d'accès à une santé pour tous, sur fond de décadence de l'empire américain. Wud est parti à la rencontre de ce médecin pas comme les autres. Mais y a-t-il seulement un médecin qui ressemble à son confrère ? Interview. 

What's up Doc. Pourquoi as-tu décidé de publier au fil de l’eau, chapitre après chapitre, ce nouveau roman ? 

Dr Henri Duboc. Cette idée m’est venue en plein confinement. J’étais assez inquiet pour l’avenir de mes confrères libéraux, en me demandant comment ils allaient s’en sortir si l’épidémie perdurait. J’ai donc commencé à écrire une vingtaine de pages sur le sujet. Progressivement j’ai construit cette nouvelle intrigue autour du thème central du faux infarctus. Qui plus est, la situation politique actuelle des États-Unis est un vrai terrain de jeu quand on écrit des romans, parce que tu peux écrire des énormités tout en restant fidèle à la réalité (rires) ! C’était aussi très drôle d’écrire à très court terme, puisque l’action se déroule dans un an en 2021. C’est dangereux, car on peut se tromper… Par exemple, je n’ai pas vu venir les émeutes raciales…

WUD. Par rapport à ton avant dernier roman, on retrouve un motif, qui est la crise cardiaque et qui sert de fil conducteur. Pourquoi te sers-tu dans tes romans de cette pathologie ? 

Dr H. D. C’est un instrument parfait pour faire avancer une intrigue dans sa temporalité. Ça met à disposition un problème aigu, que l’on peut faire transformer en arrêt cardiaque, ce qui te permet de faire disparaitre un personnage quand tu le souhaites. Une personne avec un infarctus peut continuer à vivre, et on peut le soigner à divers degrés : thrombolyse, stents, etc. Il y a aussi la douleur de la crise, qui est spectaculaire, et qui est intéressante… On peut aussi faire des diagnostics différentiels… Qui plus est, plus la crise cardiaque est prise en charge précocément et mieux c’est : c’est aussi un moyen d’accélérer la cadence au sein du roman. Les personnages sont mis sous tension, c’est une contrainte temporelle géniale !

WUD. De la même manière, la thématique de l’accès aux soins, du financement des soins, est présente tout le long de ces 10 premiers chapitres ? Pour quelles raisons ? 

Dr H. D. Parce que que cela m’obsède vraiment !! Nous avons en France un système fantastique que l’on peut comparer, dans le roman, à celui des États-Unis, et nous ne nous en rendons plus compte !! Nous avons un potentiel d’évolution, dans ce système, qui est majeur pour nous médecins, mais nous ne faisons que nous engueuler les uns avec les autres… 

WUD. Dans tes romans d’anticipation, a contrario de ce que l’on entend chez les économistes, c’est le tout public qui semble prendre le dessus. Pourquoi ? 

Dr H. D. Comme tout part à vau l’eau, je me suis un peu demandé ce que l’on pouvait inventer comme système, et c’est un peu ce qui se passe avec le salariat des médecins actuellement… C’est aussi cette logique que l’on retrouve dans le Ségur… La contrainte nous a obligé à nous mettre à la télémédecine parce que l’on allait pas crever la gueule ouverte… Il y avait les malades qui sortaient mais aussi ceux qui rentraient… À l’hôpital, nous sommes passés à un financement, du jour au lendemain, hors T2A… J’ai donc mis en scène un cardiologue de l’hôpital public, dans le contexte que nous connaissons, et j’en ai aussi profité pour allumer un PUPH au passage (rires)… L’objectif du système de soins, c’est que tout le monde soit bien soigné, que les soignants ne soient plus épuisés et qu’ils soient payés en fonction de l’activité, du risque, de la responsabilité, et de la fatigue morale qui est permanente… 

WUD. À l’instar de ce que l’on a vu pendant la crise de Covid19, les cliniques sont devenues les appendices des hôpitaux publics dans ton roman, le public prend le pas sur le privé…

Dr H. D. L’hôpital public est inertiel et chaotique car il accueille tout. En même temps, il essaie de faire joujou avec l’activité, et de concurrencer le privé non lucratif, lequel le fait mieux que lui. Mais dans le privé, les pathologies, les patients arrivent sur des rails et leurs parcours est tout tracé ; c’est très bien, ce sont des usines qui fonctionnent très bien ainsi, il ne faut pas casser ce système. Néanmoins, à l’hôpital ce n’est pas du tout ça : nos patients sont des personnes âgées, des gens qui arrivent dans des états pas possibles… Donc notre réorganisation dépend aussi de cette activité… Et on ne pourra arriver à un équilibre qu’en tenant compte de ces particularités…

WUD. La santé est éminemment politique dans ton roman… Est-ce une tendance de fond ? La santé peut-elle participer à la réorganisation de la société ? 

Dr H. D. La santé devient politique en cas de crise : sida, sang contaminé… Elle devient politique au sens contraignant, quasi judiciaire… Très peu de gens veulent devenir ministre de la santé car ce sont des postes dangereux, des postes à risque… La santé redevient politique en cas de crise car l’on s’aperçoit dans ces moments là que c’est un domaine régalien. La sécurité est régalienne : justice, police, armée. En cas de crise épidémique, la santé devient régalienne. Il s’agit de la protection de l’individu et elle se retrouve au centre du jeu. La santé considérée comme un bien économique devient alors un non-sens. 

WUD. Ton roman va-t-il être publié dans sa totalité, en ligne, chapitre après chapitre ? 

Dr H. D. Oui tout à fait, le roman va être publié gratuitement et totalement en ligne. Mais j’ai signé un contrat avec une éditrice et ce sera à terme un livre en papier… 

Darwin 2021. Beta publisher. 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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