Dans la Manche, 5 initiatives innovantes pour créer de nouveaux réseaux

Quand il s'agit d'améliorer l'accès aux soins et de revaloriser la pratique médicale, le département de la Manche est du genre pionnier. Partenariats et regroupements, accueil des stagiaires, création de nouvelles dynamiques de réseaux ville-hôpital : ça bouge ! Etat des lieux.

 

Des semaines de 60 heures, seul dans son cabinet ou à avaler sandwiches et kilomètres pour visiter des patients, ça ne fait plus rêver. A l'ouest de la Normandie, le département de la Manche en a pris conscience il y a des années. Les initiatives innovantes s'y multiplient pour faire éclore de nouveaux réseaux. « La Manche est remarquée pour ses actions et sa détermination », se félicite le Dr Alain de Beaucoudrey, président du Conseil départemental de l'Ordre des médecins.

Focus sur les 5 initiatives les plus emblématiques, initiées ou expérimentées sur place :

 

#1 Le PSLA : comme une super maison pluridisciplinaire de santé

C'est quoi ? Apparus en 2008 dans ce qui était alors la Basse-Normandie, les pôles de santé libéraux et ambulatoires (PSLA) ont été initiés par l'ex-Union régionale des médecins libéraux de Basse-Normandie. Les conseils départementaux, la région Normandie, l'ARS et les différents ordres apportent leur soutien.

Un PSLA a pour objectif de développer l'exercice coordonné des professionnels de santé en les regroupant. L'idée est donc de booster l'attractivité d'une zone, à la fois pour les populations et les jeunes médecins qui s'installent, mais aussi les stagiaires, car ces pôles constituent des terrains de stage attrayants. Pour les docs, l'organisation collective offre souvent la possibilité de choisir un rythme de travail plus compatible avec d'autres aspirations personnelles : famille, vie sociale, sports, évasion.

« Sans le réseau, rien n'est possible, insiste Martine Lemoine, conseillère départementale de la Manche en charge de la démographie médicale. Les PSLA permettent de recréer un maillage territorial pour favoriser un exercice médical dynamique, même en milieu rural, et proposer à la population des soins à moins de 15 minutes de chez eux ». Pour Alain de Beaucoudrey, les PSLA ont participé à attirer de jeunes praticiens très investis : « On voit de plus en plus de jeunes médecins se bouger et devenir des moteurs dans ces pôles ».

Généralistes, dentistes, infirmiers, kinés, podologues... En une douzaine d'années, les PSLA ont fleuri en Normandie, notamment dans la Manche qui en compte 18 et 6 en projet. Et c'est sans compter les 14 Maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) qui maillent aussi le territoire.

 

 

#2 La MSPU : quand l'université se délocalise

C'est quoi ? La Manche compte une Maison de santé pluriprofessionnelle universitaire (MSPU) à Granville et Villedieu-les-Poêles. Une MSPU est une maison ou un pôle de santé ayant tissé un partenariat avec la faculté de médecine, ici celle de Caen. Abritant un ou plusieurs maîtres de stage des universités, elle peut accueillir des étudiants et des travaux de recherche, disposant même de salles dédiées à la formation. Une mini-antenne universitaire en gros.

Côté atout, tout est dans le U : une MSPU attire les stagiaires, externes comme internes. « Or, on sait que le stage est le facteur de fidélisation du jeune médecin par excellence, rappelle le Dr de Beaucoudrey. Délocaliser la fac dans les territoires est un puissant moyen d'attirer de nouveaux professionnels. Avec de la pluridisciplinarité et un bon maître de stage, la chance que l'étudiant s'installe ici plus tard augmente ! » Cocktail gagnant.

Un nouveau projet de MSPU est à l'étude dans le nord-Cotentin.

 

 

#3 La CPTS : le réseau par les pros et pour les pros

C'est quoi ? Les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) sont des réseaux créés par les professionnels de santé eux-mêmes. Agissant sur un bassin de vie plus large qu'un PSLA, une CPTS a pour but d'organiser les soins non-programmés, mieux coordonner la relation ville-hôpital ou encore améliorer l'attractivité médicale du territoire qu'elle couvre.

Si cette communauté est validée et soutenue par l'ARS ou la CPAM, l'idée est de laisser les pros de la santé s'organiser entre eux. Si l'intérêt pour le patient est évident, celui en termes d'exercice médical n’est pas mal non plus : implication professionnelle à l'échelle d'un territoire, diminution du sentiment d'isolement, partage de compétences, actions communes... Bref, les CPTS aident à décloisonner et créer du collectif là où on ne l'attendait pas.

« Sur les soins non programmés, les CPTS permettent de réserver des plages horaires dans certains cabinets, de structurer les relations entre les pôles, d'améliorer le travail au quotidien », explique Alain de Beaucoudrey. Un constat largement partagée par Martine Lemoine : « Les CPTS apporte une nouvelle fluidité. Les hôpitaux s'engagent par exemple à partager sans tarder les comptes-rendus hospitaliers. Bref, on se parle ! »

 

 

#4 Le Service d'accès aux soins (SAS)

C'est quoi ? Un Service d'accès aux soins (SAS) est une organisation transversale qui vise à apporter une réponse à tous les besoins de soins urgents et non programmés de la population, et ce à tout instant. Bel exemple d'innovation de réseaux et de collaboration entre public et libéral, un SAS permet donc d'apporter une réponse de soins urgente (mais hors urgences vitales) le soir, la nuit, les week-ends ou jours fériés. La Manche fait partie des 22 sites pilotes choisis par le gouvernement, actifs depuis janvier 2021.

Dans la Manche, le SAS s'appuie sur une nouvelle plateforme téléphonique de régulation, installée au cœur du SAMU 50, à Saint-Lô. Son originalité réside dans le fait qu'elle est gérée directement par des médecins généralistes libéraux. Selon les urgences, ces derniers guident le patient : simple conseil médical, orientation vers une maison médicale de garde ou une téléconsultation, ou, le cas échéant, intervention du SMUR.

« En parallèle, nous avions développé une permanence de soins libérale, avec des consultations de médecins généralistes dans des maisons médicales de garde les week-ends et jours fériés », détaille le Dr de Beaucoudrey, SAS-enthousiaste de la première heure. Pour pouvoir agir vite, le SAS manchois dispose même d'une voiture de téléconsultation qui sillonne le département.

 

 

#5 La téléconsultation, mais pas n'importe comment

C'est quoi ? La Manche dispose depuis 2019 d'une « Charte Télémédecine » pour développer une « télémédecine de qualité » dans certaines zones rurales. Un cabinet de téléconsultations a ouvert à Saint-Georges-de-Rouelley, dans le sud du département. « Bien entendu, c'est un outil complémentaire qui ne remplacera jamais un médecin traitant, mais qui permet de libérer certains médecins et d'apporter de vraies réponses en milieu rural », indique Martine Lemoine.

Dans la Manche, les médecins généralistes qui consultent à distance sont installés dans la région Normandie (notamment dans l’ex basse-Normandie). « Ils connaissent la vie locale et le tissu médical et paramédical », insiste le Dr de Beaucoudrey. Ici, le patient n'est pas livré à lui-même. Dans le cabinet de téléconsultation, il est accompagné de bout en bout par un infirmier ou une infirmière. Là est sûrement la véritable innovation : elle est humaine. Un paradoxe.

 

Un article inspiré par le grand air de la Manche et son Conseil départemental

Portrait de Thomas Blachère

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