Attentats de Paris : oser le soutien psychologique

« ^Etre médecin, ca n’immunise pas »

Dans la nuit du 13 novembre, les professionnels de santé n’ont guère eu le temps de ressasser l’horreur des situations : il a fallu agir, prendre des décisions, parer au plus pressé. Mais une fois l’alerte retombée, et l’adrénaline avec, les soignants se trouvent parfois en butte à des images et des émotions difficiles à gérer.

« Après un choc violent, c’est normal d’avoir des flash-backs, des cauchemars, d’être sur le qui-vive, de mal dormir… C’est la réaction classique à une blessure psychique », explique le Pr Thierry Baubet, psychiatre référent de la cellule d’urgence médico-psychologique (Cump) du 93, chargé par l’AP-HP de mettre en place un dispositif d’aide psychologique aux soignants.

Face aux demandes, l’aide psychologique aux soignants s’est structurée, avec la création d’une cellule médico-psychologique à l’Hôtel-Dieu. Elle organise des débriefings de groupe pour les impliqués directs et des groupes de parole. Des entretiens individuels sont aussi proposés (01.42.34.88.04 pour prendre rendez-vous).

Des médecins peu friands de soutien psy

Il arrive que les symptômes se maintiennent ou s’intensifient dans les semaines qui suivent un choc, d’où l’intérêt du soutien psychologique « post-immédiat », ou débriefing, qui permet de traiter ces troubles en amont. Une aide qui semble appréciée par les médecins… mais rarement mise à profit.

« Le recours est plus fréquent chez les paramédicaux que chez les médecins », constate Nathalie Agar, psychologue volontaire à la Cump 92, confirmant d’autres témoignages reçus à la rédaction. « Il y a une vraie difficulté avec les médecins habitués à l’urgence, comme les urgentistes et les anesthésistes-réanimateurs », confirme Thierry Baubet, déplorant que les ainés n’œuvrent pas davantage à promouvoir le recours à l’aide psychologique.

« Être médecin, ça n’immunise pas »

« Très souvent, les médecins ont aussi cette idée que, n’ayant pas été blessés, ils ne sont pas légitimes à se plaindre », poursuit-il. Il ne s’agit pourtant pas de se plaindre, mais de prendre soin de soi. « Il y a une méconnaissance de ce qu’est un traumatisme et des conséquences possibles. Être médecin, ça n’immunise pas. »

« Dans le métier de l’urgence, on apprend à ne pas exprimer les émotions, mais ce n’est pas pour autant qu’elles ne sont pas là », rappelle Nathalie Agar. « Ce n’est pas utile de tout psychologiser mais le débriefing est important pour gérer les émotions ressenties. »

La détresse du médecin qui ne soigne pas

Car même les professionnels aguerris peuvent connaître des troubles post-traumatiques. Un risque majoré par l’absence d’anticipation : « quand un secouriste part pour un suicide par défenestration, il sait à quoi s’attendre », explique le Pr Baubet, alors que les attentats du 13 novembre n’ont pas permis aux équipes de se préparer.

Les situations où le médecin ne peut pas soigner sont aussi sources de détresse, chez les soignants confrontés au manque de matériel ou qui, n’étant pas de garde ce soir-là, n’ont pas pu aider les secours. « Ce qui nous protège, c’est l’impression qu’on a bien travaillé, qu’on a aidé », conclut Thierry Baubet.

Source: 

Yvan Pandelé

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