Appel à la mobilisation sur les pratiques d’excision !

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La Journée internationale de tolérance 0 à l’égard des mutilations sexuelles féminines aura lieu demain, le samedi 6 février. On estime que 125 000 femmes adultes excisées vivent en France et que de nombreuses jeunes filles risquent de l’être dans les prochains mois/années. Mais peu de médecins sont sensibilisés à ce problème de santé publique. Comment se former et trouver des ressources sur cette question peu abordée à la Fac ? Interview du Dr Jean-Philippe Harlicot, trésorier de Gynécologie Sans Frontières.
 

Appel à la mobilisation sur les pratiques d’excision !

WUD : Quel est l’état des lieux récent concernant les mutilations sexuelles féminines ? Ces pratiques sont-elles en hausse ou en baisse ?
Dr JP Harlicot
 : Deux cent millions de femmes dans le monde sont excisées, dont une femme sur 3 en Afrique et 3 millions de jeunes filles de moins de 15 ans risquent de l’être. En France, une enquête Ined de 2004 estimait à 53 000 le nombre de femmes excisées vivant en France, mais ce chiffre était sans doute sous-estimé. En 2019, un article du BEH estimait, en appliquant une méthode d’extrapolation, qu’environ 125 000 femmes adultes mutilées vivaient en France. Une augmentation en l’espace de dix ans s’expliquant à la fois par la féminisation de la population migrante et par le vieillissement des femmes immigrées de deuxième génération. Ce que nous essayons de prévenir, ce sont les situations où des familles issues de l’immigration font exciser leurs jeunes filles à l’occasion d’un retour au pays, lors des vacances. Il s’agit alors souvent de les « préparer » en vue d’un mariage et de leur signifier qu’elles font avant tout partie de leur communauté d’origine, même si elles sont parties vivre en Occident. Ce sont sur ces situations que nous pouvons intervenir.

WUD : Vous craignez un impact négatif de la crise Covid et du Brexit sur cette pratique et une hausse des excisions. Comment l’expliquez-vous ?
JPH
: La crise Covid entraîne un repli sur soi des communautés, avec des familles plus enfermées qu’avant dans leurs traditions. Par ailleurs, les excisions flambent déjà en Afrique, en raison de la dimension économique de cette pratique. L’excision est une source de revenu importante dans les communautés d’Afrique de l’Ouest. On entend souvent que l’exciseuse fait vivre une quinzaine de personnes dans son village, grâce aux dons des familles à l’occasion de cet acte. Enfin, les missions humanitaires comme celles de GSF sont stoppées pour le moment, donnant libre cours à l’augmentation des pratiques d’excision. Concernant le Brexit, il est prévisible que la France accueille sur son sol dans les mois qui viennent davantage de femmes égyptiennes ou somaliennes qui auparavant migraient en Grande-Bretagne.

WUD : Comment les futurs médecins sont-ils formés à cette question ?
JPH
: Malheureusement, cet enseignement n’est pas encore intégré dans une majorité de facultés de médecine, sauf dans de rares facultés parisiennes, davantage sensibilisées en raison de la présence des communautés concernées en région parisienne. C’est regrettable, d’autant qu’il suffirait d’un module de 2 heures pour déjà poser les bases de la prévention. Les internes formés le sont dans des unités spécialisées accueillant les victimes de mutilations sexuelles ou dans les DIU de sexologie qui abordent largement cette question, comme celui de Nantes par exemple. Enfin, certains programmes de FMC abordent l’accueil et la prise en charge des femmes mutilées, mais cela ne fait que 3 ou 4 ans que cet item a été retenu. Résultat, peu de jeunes médecins sont sensibilisés à ce problème. Je les invite à consulter deux rapports HAS très bien faits sur le repérage des mineures à risque et la prise en charge.

WUD : Que proposez-vous à GSF en termes de formation ?
JPH
 : Nous proposons chaque année deux sessions d’une semaine de formation à un groupe de médecins, internes et sages-femmes. Une journée entière est consacrée au repérage et à la prise en charge des excisions. Nous proposons aussi des missions humanitaires pour les médecins qui souhaitent s’engager et aider les médecins à se former dans les pays concernés. Enfin, nous allons lancer d’ici un mois une plateforme consacrée aux violences faites aux femmes. J’invite tous les médecins et le grand public qui veulent en savoir plus à suivre demain la Journée internationale de tolérance 0 à l’égard des mutilations sexuelles féminines, qui proposera de nombreuses conférences, des témoignages, des concerts, etc à l’appel de plusieurs associations dont Excision, parlons-en !

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