IVG : LA FIN DES HARICOTS DANS LA SARTHE ?
Actualités | publié le 1 août 2018

Agnès Buzyn interpellée au Sénat

Le CH du Bailleul, dans la Sarthe, ne propose plus d’IVG depuis plus de six mois, faute de médecins. Le gynéco qui les pratiquait est parti à la retraite.

Appel lancé aux femmes qui souhaitent avorter dans le Sud de la Sarthe : débrouillez-vous. La région, déjà en proie à une désertification médicale – trois gynécos med inscrites au tableau de l’Ordre de la Sarthe seulement, et toutes au Mans –, a vu l’activité IVG du CH de Bailleul-Pôle Santé Sarthe-et-Loir interrompue... Depuis six mois.

La raison ? Le praticien qui les effectuait a pris sa retraite, et les trois autres en poste font jouer leur clause de conscience. Une situation qui ne plaît pas du tout à Nadine Grelet-Certenais, sénatrice PS de la Sarthe, qui a interpellé Agnès Buzyn sur le sujet lors d’une séance de questions orales au Sénat.

Des moyens, mais pas de personnel

« En ce mois de juillet, alors que Simone Veil est entrée au Panthéon, près de 45 ans après la reconnaissance du droit à l’avortement, il est intolérable que les femmes ne puissent pas exercer leur droit essentiel parce que des médecins, au mépris de l’accès aux soins, font valoir des réticences d’ordre personnel ou éthique », a-t-elle notamment déclaré, attaquant frontalement la clause de conscience, et dénonçant un manque de moyens qui « entrave les droits de femmes ».

Un dernier argument que la ministre de la Santé a balayé d’un revers de main en introduction. Agnès Buzyn affirme s’être mobilisée dès sa prise de connaissance de cette « situation particulièrement compliquée », notamment en raison d’une démographie médicale sarthoise problématique.

Les femmes concernées peuvent se rendre dans les centres hospitaliers du Mans et d’Angers, situés « à 25 minutes » de Bailleul, qui disposent de « plages d’accueil réservées ». Une solution « palliative », concède la ministre.

Quatre semaines d’attente

Pour relancer l'IVG sur place, un praticien aurait accepté d’augmenter son temps de travail, et un médecin généraliste conventionné de Saumur serait prêt à accorder 20 % de son temps de travail au CH de Bailleul, a annoncé Agnès Buzyn. Ces engagements permettraient de redémarrer l’activité « début septembre », a-t-elle estimé.

Des négociations sont en cours à l’ARS des Pays de la Loire avec les hôpitaux du Mans et d’Angers pour qu’ils apportent leur soutien au petit hôpital de proximité. Sa présence est indispensable à l’offre de soins, a souligné Mme Grelet-Certenais.

La ville est là aussi

La situation dans la Sarthe n’est malheureusement pas isolée. Les régions Pays de la Loire et Centre-Val-de-Loire sont particulièrement touchées par les difficultés d’accès à l’IVG. De là à remettre en cause la clause de conscience ? « Je ne pense pas que cela soit une mauvaise chose », confie à What’s up Doc le Dr Élisabeth Paganelli, secrétaire générale du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof). « Il faut rester bienveillants, surtout si ces praticiens respectent la loi et savent adresser les femmes à des confrères ».

Il faut savoir faire sortir l’IVG médicamenteuse de l’hôpital lorsque les femmes y sont ouvertes, estime-t-elle. Pour cela, une information claire sur les professionnels libéraux (gynécologues, MG et sages-femmes) qui pratiquent l’IVG doit être disponible partout. « Nous avons demandé à l’ARS [Centre Val-de-Loire] de faire un listing, mais ils n’ont pour l'instant jamais accepté… », regrette la gynécologue qui exerce à Tours.


Crédit photo : Neil Howard/Flickr
Impression du jeudi 16 août 2018 à 18:13

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