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La chasse aux docteurs
Pourquoi le médecin est-il si convoité ?
What's up doc | numéro 38 | juin 2018 | Isabelle Guardiola | Enquêtes
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La crise des vocations pour la médecine générale, le rejet croissant de l’exercice libéral ou le caractère peu attractif de certains territoires expliqueraient (notamment) les déserts médicaux.
Bizarrement, les jeunes médecins boudent les semaines à 70 heures et le libéral (un quart des jeunes thèsés n’exercent pas). La tendance à la baisse de la démographie médicale se confirme dans toutes les régions (Pays de la Loire et DOM exceptés), particulièrement chez les généralistes (projection de 79 262 en 2025 contre 88 137 aujourd’hui).

Pas étonnant alors que 8 % de la population accède à moins de 2,5 consultations potentielles/an/habitant auprès d'un généraliste, à 20 minutes de distance en voiture (1) ?! Selon Dominique Dépinoy, médecin généraliste et directeur d’Acsantis, cabinet de conseil aux collectivités (2), c’est un peu plus compliqué : « Les élus locaux, soumis à une forte pression, n’ont pas toute la compréhension du problème, le résumant souvent au numerus clausus et restant accrochés au schéma un médecin par commune, obsédés par l’idée de recruter plutôt que de réorganiser l’offre ».

Le laser plutôt que le stéthoscope

Autre élément de contexte : les surspécialisations lucratives détournent les praticiens du droit chemin. En effet, en 2015, l’Ordre indiquait que parmi les 90 000 médecins généralistes inscrits au tableau de l’Ordre, seulement la moitié exercent la médecine générale : nutrition, esthétique, naturopathie et ostéopathie, médecine du sport, angiologie et allergologie séduisent les lassés de la bobologie. « Dix ans de formation pour faire esthéticienne ! », déplore Yacine Lamarche-Vadel, urgentiste à Fontainebleau, pointant les généralistes qui, après une surspé, préfèrent « arrêter leur boulot de médecin pour enlever des rides et des taches ».

Un choix rémunérateur mais qui vide les cabinets de leurs généralistes : « C’est dramatique et cela représente une perte énorme de compétences », estime Yacine Lamarche-Vadel. Lequel remarque aussi le nombre accru d’urgentistes qui, après quelques années, optent pour un poste de coordonnateur en Ehpad, de médecin du travail ou de conseil à la Sécurité sociale, cette fois pour des conditions de vie et de travail plus confortables.

(Cliquer sur l'image pour agrandir)


Coup d’arrêt aux bidouilles hospitalières ?

Ajoutons un autre facteur explicatif : des contrôles accrus sur les comptes des établissements complexifieraient les pratiques de recrutement. Parce que 1 800, voire plus de 2 000 € la garde de 24 heures, c’est fini. La rémunération des médecins intérimaires a été plafonnée par le décret du 24 novembre 2017. Elle passera de 1 404,05 € en 2018 à 1 170,04 € en 2020 pour s’aligner sur les honoraires des praticiens hospitaliers. Le recours aux médecins « mercenaires » grevant les comptes hospitaliers publics avait été chiffré à 500 M€ dans un rapport parlementaire du député LREM Olivier Véran fin 2013, où il dessinait le profil des 6 000 intérimaires estimés : jeunes ne se fixant pas tout de suite (20 %), mères de famille (25 %), seniors retraités (25 %), professionnels de l’intérim (30 %).

« Les gros avantages sont de donner ses disponibilités, d’être libéré de toute charge administrative et accessoirement de découvrir d’autres services, personnes et régions. Les inconvénients : les points retraite, l’absence de congé formation, de RTT et de couverture en cas de problème ; et, bien sûr, le manque d’investissement dans les services », énonce Yacine Lamarche-Vadel, qui voit arriver dans sa boîte e-mail des dizaines de propositions de missions par semaine, dont certaines encore à 1 600 €, lorsque l’employeur n’est pas l’agence d’intérim mais directement l’hôpital.

Encore faudrait-il que la réglementation fasse contrepoids à la loi du marché. Les contrôles accrus effectués par les chambres régionales des comptes sur les établissements rendent en effet les « tricheries » de plus en plus visibles (primes extra-légales ou avantages en nature – type loyer – pour attirer des praticiens), mais l’hôpital pointé du doigt peut toujours arguer de la continuité des soins et du remplissage des plannings pour justifier ses écarts. Le 16 mars, le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHAR-E) alertait sur le fait que les hôpitaux appliquant le décret sur les intérimaires soient « black-listés par les mercenaires », contrairement à d'autres s'en affranchissant : « Le droit non appliqué crée une situation de concurrence inacceptable ».

« Plutôt que de nous déchirer, unissons-nous pour la défense d'un service public de qualité qui assure encore un peu l'égalité d'accès aux soins pour tous », appelle un femme médecin retraitée (3) intérimaire sur hospimedia.fr… « Ne sommes-nous pas un peu les... cheminots des services hospitaliers ? »


(1) ministère de la Santé 2017
(2) http://acsantis.com/IMG/pdf/acsantisvdef.pdf
(3) Le nombre de médecins retraités actifs a été multiplié par 6 en 10 ans.


What's up doc | numéro 38 | juin 2018 | Isabelle Guardiola | Enquêtes
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