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Médecin gentil, mais en colère
What's up doc | numéro 32 | juin 2017 | Propos recueillis par Adrien Renaud • Crédit photo ©Julien Falsimagne/Leemage/Éditions Fayard | Recrutement
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À 31 ans, Baptiste Beaulieu est déjà une double star. Star du web, avec le blog Alors voilà et ses millions de visiteurs, et star des librairies (avec trois livres traduits dans des dizaines de langues). C’est dans un café parisien que What’s up Doc a rencontré ce généraliste de la région toulousaine. Spoiler alert : derrière son visage poupin se cache un homme révolté.

What's up Doc. Baptiste Beaulieu, c’est un joli nom, mais ce n’est pas celui que tes patients connaissent. Pourquoi écris-tu sous un pseudo?

Baptiste Beaulieu. Je tiens vraiment à cloisonner mes deux activités. Je veux qu’on vienne me voir au cabinet parce que je suis un bon médecin, pas parce que j’écris des romans ou que je tiens un blog. Et puis le pseudo, c’est aussi une manière de protéger ma famille. Mon combat est de plus en plus politique, il me vaut pas mal d’inimitiés. Je préfère que ceux qui m’attaquent ne connaissent pas mon vrai nom.

WUD. Une telle notoriété pour un jeune médecin, ce n’est pas un peu compliqué à gérer?

BB. Je suis très content d’être lu. C’est le but, quand on écrit. Les gens qui disent qu’ils écrivent juste pour écrire sont des menteurs. Je fais des livres grand public, de la littérature populaire qui fait du bien aux gens. Et j’aime ça!

WUD. Qu’est-ce qui est le plus important pour toi : la médecine ou la littérature?

BB. La littérature, évidemment. J’ai toujours voulu devenir médecin, mais j’ai toujours rêvé d’être écrivain. Ce que tu as devant toi, c’est un enfant de cinq ans qui réalise son rêve.

WUD. Mais tu as fait des études de médecine, et pas des études littéraires…

BB. Après le bac, j’hésitais entre une prépa littéraire et la fac de médecine. Comme j’étais en S, la prépa littéraire ne m’a pas retenu. Je suis parti en médecine. Mais ce n’était pas un choix par défaut, les deux voies me plaisaient vraiment.

WUD. Est-ce pendant l’internat que tu as commencé à t’intéresser à la question de la relation médecin-patient, dont tu parles si souvent sur ton blog?

BB. En fait, cette question s’est imposée à moi bien avant, et pour une bonne raison : j’ai développé un lupus à l’âge de six ans. Pendant mon enfance et mon adolescence, j’avais des plaques énormes sur le visage et j’ai subi les moqueries des camarades. Les médecins me disaient que ce n’était pas grave. Mais quand tu es ado, tu as envie de plaire, tu veux que les filles te regardent. Entendre ces médecins qui me dictaient ce que je devais ressentir, ça m’avait déjà interpellé à l’époque. Je crois qu’en définitive, je suis très heureux d’avoir eu cette maladie. J’ai beaucoup souffert, mais avec le recul, je suis persuadé que si je n’étais pas tombé malade, je n’aurais pas réussi à faire tout ce que je fais sur le non-jugement, la bienveillance, l’écoute…

WUD. En dehors de cette maladie, y a-t-il un événement particulier qui t’a amené à créer ce blog?

BB. À l’époque où j’ai créé le blog, il y avait des manifestations de médecins, je ne sais plus contre quelle loi. Le Petit Journal avait fait un micro-trottoir pour savoir ce que les gens pensaient de leur médecin, et cela m’a fait réagir. J’apprenais ce métier pour soigner les gens, et l’image négative que les personnes interrogées avaient de nous m’avait choqué. Parallèlement, ma copine m’avait largué, mon lupus flambait, j’avais mis des draps sur le miroir pour ne plus me voir… Et j’ai revu un médecin qui m’a dit que j’étais maintenant adulte, et que les gens pouvaient comprendre que je sois différent. Ça m’a heurté, et ça m’a donné envie de créer une plateforme où tout le monde pourrait s’exprimer.

WUD. Ton grand sujet, sur ce blog, c’est la réconciliation entre médecins et patients. De quoi s’agit-il ?

BB. Il y a une tendance naturelle au paternalisme dans notre médecine, et ce n’est pas forcément ce que les patients veulent. J’ai récemment demandé à des copines féministes ce qu’elles attendaient concrètement de leur médecin. Elles m’ont dit des choses qu’on ne m’avait jamais dites à la fac. Un, de l’écoute. Deux, le non-jugement. Et trois, le respect des décisions qu’elles prennent sur leur corps. On nous met dans la tête qu’une fois qu’on a notre diplôme, on a tous les savoirs. Mais nous ne sommes pas les papas et les mamans de nos patients. Il faut qu’on apprenne à davantage respecter l’adulte qui est en face de nous. On lui doit une information, c’est tout.

WUD. Ça t’est déjà arrivé d’être maltraitant avec un patient?

BB. Oui, bien sûr. Je dis à mes patients que si ça m’arrive, ils doivent me le dire pour me remettre en question, pour qu’on en discute. Et ils apprécient cela. Ils comprennent qu’on est humain, qu’on peut être maladroit.

WUD. Quand on te lit, on a l’impression que tous tes patients sont gentils. Tu n’as jamais de casse-pieds?

BB. Il y en a. Ça m’arrive de foutre des patients dehors, je l’ai fait pas plus tard que la semaine dernière. Ces patients, je les appelle mes vampires : ils m’épuisent en dix minutes, me pompent tout. Mais je n’en parle pas. Si jamais ça se passe mal avec un patient, j’essaie d’analyser ce qui a dysfonctionné dans la relation de communication. Pour l’instant, je ne saurais pas le raconter, et je crois par ailleurs que les gens ont besoin de choses positives. Et surtout, j’ai une vraie conscience de mes privilèges. J’ai 31 ans, j’ai publié trois bouquins qui marchent super bien, je suis médecin, j’ai une famille qui m’aime, je vis avec une personne qui m’aime… Accueillir la colère du patient pénible en face de moi, cela fait partie de mon métier.

WUD. Es-tu conscient du fait que ce type de discours peut être mal perçu par certains de tes confrères qui craignent le « médecin-bashing »?

BB. Bien sûr! Sur Twitter, j’en ai bloqué tellement…

WUD. Toi qui essaies toujours de comprendre tout le monde, arrives-tu à comprendre ces médecins qui te critiquent ? 

BB. Non. En tout cas, pas tous. Il y en a avec qui je n’ai plus envie de parler, je sais que ça ne changera rien. Je leur ai tendu la main, puis j’ai fini par arrêter. La vie est déjà tellement violente, je n’ai pas besoin de plus d’agressivité.

WUD. Quel est ton cadre d’exercice?

BB. Je suis dans un cabinet de ville avec deux médecins plus âgés que j’adore. Ils sont très investis politiquement, du même bord que moi. On a une patientèle avec beaucoup de migrants, quelques travailleuses du sexe… Personnellement, je commence à avoir une petite réputation de médecin LGBT-friendly. On travaille aussi en partenariat avec un foyer qui accueille les femmes victimes de violences conjugales. Ça me va, j’ai justement fait médecine pour m’occuper de ces gens-là. J’ai récemment lu un article dans Le Monde sur les médecins qui refusent l’AME ou la CMU… Ce n’est pas le genre de notre cabinet (rires).

WUD. Te définirais-tu comme investi politiquement?

BB. Mon éditrice m’a dit de ne surtout pas prendre parti, mais bon… Il y a quelque chose que j’ai un peu de mal à comprendre, c’est qu’il y a beaucoup de médecins qui votent à droite. Cela ressemble tellement à un vote de classe. Comment peut-on accueillir toute la journée dans son cabinet des ouvriers qui ont le dos pété à cause de leur boulot, et voter pour une politique libérale qui va en faire venir encore plus?

WUD. C’est probablement une caricature, mais au vu de ce que tu dis, on t’imagine plutôt travailler dans un centre de santé ou dans le médico-social, pas en libéral…

BB. Mes colères sont citoyennes, elles ne sont pas politiciennes. Je ne saurais pas te dire quel système serait mieux que celui que nous connaissons. Ce que je sais, c’est qu’il arrive que je donne à une patiente un rendez-vous chez le cardiologue, et qu’elle me réponde qu’elle ira le mois prochain parce qu’elle n’a plus d’argent pour mettre de l’essence dans sa voiture. En France. En 2017. Mais mon installation en libéral, ça c’est fait comme ça. J’ai besoin de temps pour écrire, et ça me permet de trouver un équilibre. Je suis control-freak, j’ai besoin d’une petite routine bien cadrée, et l’exercice libéral me la fournit.

WUD. Comment organises-tu ton temps entre la médecine et l’écriture?

BB. Encore récemment, j’exerçais à temps plein, et j’écrivais le soir et le week-end. Mais maintenant, je travaille deux jours et demi par semaine, et j’écris le reste du temps. Avec mes associés, le deal, c’est qu’en échange, je leur prends toutes les vacances scolaires. Ils sont très contents!

WUD. Dans quelques années, comment vois-tu les choses?

BB. Idéalement, je voudrais retourner aux urgences. Pendant mon internat, j’ai adoré ce stage. J’ai aimé l’humanité de l’équipe de l’hôpital d’Auch où je l’ai fait. J’ai aussi aimé le côté vif de l’urgence.

WUD. Et pour ce qui est de tes autres activités ?

BB. Je voudrais m’investir davantage dans la rencontre avec les étudiants. Dans ma promo, j’aurais voulu que des militants anti-racistes ou anti-homophobie viennent parler de leur combat. C’est une réalité qu’on ne peut pas connaître, parce que les futurs médecins sont très majoritairement blancs et hétérosexuels…

WUD. Concrètement, comment se traduirait cet investissement?

BB. J’essaie déjà d'agir à mon niveau pour ce qui est de l’homophobie. Je suis très libre, j’ai eu une copine, puis un copain, puis une autre copine… Mais les deux seules fois où je me suis fait casser la gueule dans la rue, c’est quand je tenais un garçon par la main. Un collégien entend en moyenne quinze fois par jour le mot « pédé », employé comme une insulte. Il y a 13,5 millions de jeunes de moins de 18 ans en France, dont 5 à 6 % qui sont concernés par l’appartenance à une orientation sexuelle minorisée. Ça fait 540000 jeunes qui, pendant toute leur scolarité, entendent quinze fois par jour désigner de manière péjorative ce qu’ils sont et qu’ils n’ont pas choisi d’être. Ce que je veux dire aux gens, c’est que ça peut être leur enfant, leur sœur, leur cousin. Donc dans les années qui viennent, pour en revenir à ta question, je veux être de plus en plus militant sur ces questions-là.

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BIO express

1985 • Naissance à Toulouse

1991 • Découvre qu’il est atteint de lupus

2010 • Création du blog Alors voilà

2012 • Thèse de médecine générale

2013 • Sortie de son premier livre, issu du blog

2016 • Installation en libéral en région toulousaine

BIBLIO express

2013 • Alors voilà, les 1001 vies des Urgences, Fayard

2015 • Alors vous ne serez plus jamais triste, Fayard

2016 • La Ballade de l’enfant gris, Fayard-Mazarine

 

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