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Tribunes > Ah bon t'es sûr ?
Les psychiatres risquent désormais la prison à chaque prescription
What's up doc | numéro 30 | février 2017 | Adrien Renaud | Tribunes
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La psychiatrie serait-elle devenue une spé à haut risque judiciaire ? C’est ce qu’on pourrait croire à la suite de la condamnation, en décembre, d’un médecin pour un meurtre commis par l’un de ses patients. À la suite de ce jugement, certains praticiens ont même menacé de ne plus signer les autorisations de sortie aux malades hospitalisés, de peur de voir leur responsabilité pénale mise en cause.

C’est une décision qui a fait du bruit : en décembre dernier, un psychiatre a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour homicide involontaire. Le motif ? En 2008, un patient qu’il avait autorisé à sortir dans le parc de l’hôpital de Saint-Égrève, près de Grenoble, avait fugué et poignardé un passant. Résultat : l’ensemble de la profession craint désormais une procédure judiciaire à chaque décision.

Chez les psychiatres, le malaise est bien réel. C’est du moins ce que permet d’établir un bref sondage réalisé auprès de ceux qui côtoient la rédac’ de What’s up Doc. « On nous critique quand on enferme les gens, et on nous critique quand on les laisse sortir », remarque tristement une jeune addictologue. « Je ne m’estime pas du tout formé à l’évaluation de la dangerosité, et si je suis mis en cause, je plaiderai l’incompétence », annonce de son côté un hospitalier tout juste sorti de l’internat.

Pas de quoi fouetter un chat ?

Ce jeune praticien peut se rassurer : il a peu de chances de finir en prison du fait des agissements de l’un de ses patients. « On a environ un meurtre commis par un psychotique tous les quatre ans en France », estime le Dr Norbert Skurnik, vice-président de l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (Idepp). « On est proche du risque zéro. » Marion Mourand, avocate spécialisée en droit médical, abonde dans ce sens. « Pour qu’un psychiatre se voie reprocher des actes délictueux ou criminels commis par son patient, il faudrait que sa responsabilité pénale soit engagée », explique-t-elle. « Or la loi pénale s’applique difficilement en matière médicale. » (Voir interview ici).

Mais au-delà du risque statistique se pose la question des moyens dont les praticiens disposent pour évaluer correctement la dangerosité psychiatrique d’un patient. Pour Norbert Skurnik, il n’y a pas de sujet : c’est quelque chose que les psychiatres savent faire. « Depuis les grands classiques, on sait évaluer la schizophrénie », assure le syndicaliste. « Et avec les neuroleptiques, on sait la doser. »

Un boulot pour les pros

Le Pr Jean-Louis Senon, psychiatre au CHU de Poitiers, a présidé les auditions dans le cadre d’un rapport de la Haute autorité de santé (HAS) sur le sujet. Il tient à souligner que la psychiatrie est loin d’être la première spé en termes de mise en cause des praticiens, mais reconnaît que l’évaluation de la dangerosité nécessite beaucoup d’expérience. « Quand on a des patients difficiles dans une unité, ce n’est pas le boulot du nouvel arrivant, c’est celui du senior », avertit ce PU-PH. D’après lui, il s’agit en effet « d’un travail de clinicien très fin », qui doit retenir toute l’attention des équipes et nécessite de connaître l’ensemble des antécédents du patient : délire, injonctions hallucinatoires, persécution, dissociation, et surtout, historique détaillé de la pathologie. « On ne peut oublier ne serait-ce qu’un seul incident violent, même s’il remonte à 25 ans », souligne Jean-Louis Senon.

D’où l’importance de la traçabilité. « J’ai des clients mis en cause qui me disent qu’ils allaient voir le patient tous les jours », raconte Marion Mourand. « Mais s’ils n’ont rien noté de précis, comment je le prouve ? » Elle ne demande pas forcément aux psychiatres de « se transformer en écrivains », mais leur conseille fortement de faire un effort pour consigner tout ce qui doit l’être, « surtout dans les situations dont on sait qu’elles peuvent dégénérer ». Bref, les observations du type « Va bien » sont à bannir du dossier patient !

What's up doc | numéro 30 | février 2017 | Adrien Renaud | Tribunes
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