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Entretien avec Renaud Muselier
Moitié médecin, moitié politique, moitié entrepreneur
What's up doc | numéro 29 | décembre 2016 | Propos recueillis par Adrien Renaud • Crédit photo : © Groupe PPE, photo M. Lahousse | Recrutement
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Renaud Muselier se décrit lui-même comme un hyperactif : fidèle chiraquien et Sarkozy invétéré, ancien secrétaire d’État aux Affaires étrangères, il est aujourd’hui (entre autres) médecin-directeur de deux cliniques marseillaises, député européen, président-délégué de la région Paca, investisseur à l’étranger… Rencontre avec un médecin plutôt occupé.

What’s up Doc. C’est peut-être la première fois qu’une personne de sang royal est interviewée dans What’s up Doc… Pouvez-vous nous raconter cela ?

Renaud Muselier (Rires). J’ai effectivement un lien de parenté avec la famille royale albanaise : une tante, Géraldine, s’est mariée avant la seconde guerre mondiale avec le roi d’Albanie, Zog Ier. Elle est donc devenue reine d’Albanie pendant quelques années, mais elle a tout perdu quand l’Italie de Mussolini a envahi le pays. Notre famille a alors rejoint Marseille.

WUD. Il y avait des rois et des reines dans votre famille, mais y avait-il des médecins ?

RM. Non, mais mon père était pharmacien. Il avait fondé, avec un associé, une clinique de rééducation fonctionnelle à Marseille. De mon côté, je voulais être médecin de campagne. J’étais un élève dissipé, et j’ai passé le bac en pension, à Saint-Didier-en-Velay dans la Haute-Loire. C’est là que j’ai vu les limites de la vie à la campagne pour quelqu’un comme moi. J’ai fait médecine, mais je suis resté à Marseille !

WUD. Étiez-vous déjà politisé à cette époque ?

RM. Pas du tout. Mais en deuxième année, j’ai monté avec des copains un réseau syndical étudiant. Pendant que les autres syndicats se battaient idéologiquement, on proposait des polycopiés à tarifs imbattables, des soirées gratuites en boîte de nuit pour les filles, des week-ends au ski… C’était plutôt une corpo, telle que je l’imaginais dans mes rêves : l’idée était de travailler en s’amusant sur le campus. C’est comme ça que je me suis retrouvé vice-président étudiant de l’université. Mais à l’époque, je n’étais ni de droite, ni de gauche.

WUD. Alors, quand êtes-vous devenu de droite ?

RM. Ça a commencé en 1983, avec la réforme des études médicales. Le gouvernement ajoutait une année au cursus, et obligeait tout le monde à passer le concours de l’internat, y compris pour la médecine générale. Les CES (Certificats d’études spécialisés, ndlr), qui permettaient d’accéder à certaines spécialités sans passer l’internat, étaient supprimés. J’avais donc une année d’études supplémentaire qui me tombait dessus, et comme je n’avais pas assez travaillé pour être bien classé, je n’avais plus accès aux spécialités. Condamné pour condamné, j’ai décidé de me battre. C’est là que mon engagement contre le pouvoir socialiste et communiste a pris forme.

WUD. Comment s’est passé le mouvement de protestation ?

RM. On a fait trois ou quatre mois de grève. J’étais dans la catégorie des jusqu’au-boutistes… On avait par exemple piqué tous les claviers de l’hôpital de la Timone, ils ne pouvaient plus ni entrer ni sortir un malade. On négociait pendant la journée, et la nuit on faisait des bêtises. C’est là que j’ai réalisé que la manifestation pacifique n’apportait rien, alors qu’on était rapidement reçu au plus haut niveau quand on choisissait des formes de protestation plus directes.

WUD. Quel bilan faites-vous de cette période ?

RM. Je me suis retrouvé à Paris, en tant que représentant de ma fac, c’était une aventure extraordinaire, un apprentissage énorme. Une formation complémentaire qui n’était pas voulue par la fac, et qui m’a été octroyée par la République (rires) ! Mais à la fin, on a tout perdu : on s’est retrouvés encore plus démunis que lorsqu’on était entrés.

WUD. Et c’est à ce moment que vous avez pris votre carte au RPR ?

RM. Non. Une fois mon diplôme de médecin en poche, j’ai surtout pensé à mon activité professionnelle : j’ai travaillé au Samu, puis aux urgences, et j’ai repris la clinique de mes parents. Mais le Pr Maurice Toga, qui était le doyen de la faculté de médecine, est devenu chef du RPR des Bouches-du-Rhône. Il m’a dit : « Renaud, tu viens avec moi ». C’est comme ça que je suis devenu chef des jeunes du parti dans le département, que j’ai été repéré par le mouvement des jeunes du RPR au niveau national, et que j’ai commencé à travailler avec Sarkozy, Hortefeux… J’ai été élu conseiller départemental en 1992, député en 1993, premier adjoint au maire de Marseille en 1995…

WUD. Pendant tout ce temps-là, vous continuiez à exercer ?

RM. Toujours. Je n’ai jamais lâché mon métier, que j’aime. Je l’ai même développé. Quand je suis devenu médecin-directeur de la clinique, il y avait 90 patients. Aujourd’hui, il y en a 250. Je n’ai jamais voulu dépendre de la politique. J’ai un grand besoin d’indépendance. Or la politique, c’est une drogue : plus on en fait, plus on a envie d’en faire. En plus, quand on appartient à une famille, on n’a pas le droit de s’en désolidariser. La seule manière d’être indépendant par rapport à tout cela, c’est d’avoir un métier.

WUD. À côté de vos activités médicales et politiques, vous êtes un entrepreneur, notamment à l’international.

RM. Je suis un hyperactif. Quand je suis sorti du gouvernement en 2004, je tournais un peu en rond comme un fauve en cage. J’avais visité 119 pays en près de trois ans en tant que secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Dans tous mes déplacements, je me demandais ce que je pouvais ramener comme bonnes idées pour la France, et dans quel pays j’imaginais pouvoir m’installer. Il y avait trois pays qui me tentaient : le Canada, la Nouvelle-Zélande, et Maurice. Pour le Canada, ma femme m’a dit que ce n’était pas la peine, il y fait moins 50°. La Nouvelle-Zélande, il faut 40 heures pour y arriver. L’île Maurice lui convenait mieux. Avec mon associé, j’ai monté un projet immobilier là-bas. Nous avons attiré des acteurs importants comme Sofitel, et l’investissement total a été de l’ordre de 100 millions d’euros. Le gouvernement mauricien, pour me remercier de l’aide apportée au développement économique du pays, m’a même octroyé la nationalité. J’en suis particulièrement fier.

WUD. Comment gère-t-on son emploi du temps quand on a autant de casquettes ?

RM. J’ai eu une longue formation nocturne, qui fait que je ne dors pas beaucoup (rires) ! Je passe environ la moitié de mon temps à la clinique. Cela nécessite un peu d’organisation, une très bonne santé, de bons collaborateurs et un cerveau bien cloisonné. À la clinique, il ne faut pas faire de politique. Quand je suis à Paris, je ne m’occupe pas de Strasbourg (siège du Parlement européen, ndlr), et quand je suis à Marseille, je ne m’occupe pas de Paris. Je reste néanmoins connecté en permanence, ce qui fait que je travaille 24 heures sur 24.

WUD. Vous cloisonnez tellement que dans vos activités politiques, la santé occupe peu de place…

RM. Je suis resté 20 ans adjoint à la ville de Marseille, et je ne me suis jamais occupé directement des problèmes de santé. Pareil au gouvernement ou au Parlement européen. J’estime qu’il est plus important d’apporter mon expertise sur ce sujet aux gens qui décident, plutôt que de décider moi-même. La santé, il y a beaucoup de monde qui s’en charge, et ils sont tous très compétents. J’ai donc préféré me spécialiser dans d’autres thématiques, notamment les transports. 
Mais j’ai pour habitude de dire qu’en politique ou à la clinique, on fait toujours le même métier. Quand vous êtes médecin, vous avez un corps qui souffre devant vous. En politique, au lieu d’avoir un individu, on a un corps social.

WUD. La jeune génération de médecins accorde beaucoup plus d’importance que vous à la distinction entre vie professionnelle et vie personnelle. Comprenez-vous cela ?

RM. Il se trouve que j’ai un fils qui a 31 ans qui est médecin. Il n’est pas installé, fait des remplacements et s’en porte très bien. Au début, je ne comprenais pas du tout. Je suis de la génération où on avait du mal à s’installer, et où on payait pour avoir un cabinet. Aujourd’hui, le cabinet ne vaut plus rien, et on gagne très bien sa vie en faisant des remplacements. Je comprends bien l’intérêt financier, l’absence de contraintes… Mais remplacer, ce n’est pas construire. C’est simplement vivre grâce à un système qui permet d’apporter sa compétence, tout en privilégiant en retour une certaine qualité de vie.

WUD. Et que pensez-vous de l’aspiration des jeunes médecins à travailler moins que leurs aînés ?

RM. Quand j’étais urgentiste, les gardes pouvaient aller jusqu’à 72 heures. Quand j’entends certains médecins expliquer qu’au bout de douze heures, ils sont fatigués, cela me fait sourire. Mais je pense que ce qui est important, c’est d’avoir la liberté de choisir son projet. Les médecins ont la chance de faire un métier où l’on gagne bien sa vie, où la rémunération est assurée par la Sécu, et où l’éventail des possibles est très large. Et si jamais votre pays ne vous plaît plus, vous pouvez partir exercer ailleurs ! Quel autre métier au monde peut offrir cela ? Il n’y en a pas.

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Bio express

1983 • Leader à Marseille de la grève des étudiants contre la réforme des études médicales
1993 • Député des Bouches-du-Rhône à 33 ans
1995 • Premier adjoint au maire de Marseille
2002 • Secrétaire d’état aux Affaires étrangères
2011 • Président de l’Institut du monde arabe (Ima)
Depuis 2014 • Député européen
Depuis 2015 • Président-délégué de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur

Biblio express

2000 • L'Amiral Muselier, le créateur de la croix de Lorraine, Perrin
2008 • Daumier, artiste frondeur, Marseillais rebelle, Plon
2011 • Le Système Guérini, Jean-Claude Lattès

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