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Coup de projecteur sur… le 100 % sécu de Jean-Luc Mélenchon
Ces mesures santé qui nous intriguent (épisode 3)
Système de santé | 21 avril 2017 | Propos recueillis par Yvan Pandelé
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S’il est élu, Jean-Luc Mélenchon propose d’instaurer une « sécu intégrale ». Les complémentaires santé, qui remboursent actuellement près de la moitié des soins courants, disparaîtraient au profit de l’assurance maladie. Une mesure ambitieuse, qui valait bien un coup de projecteur de la part de What’s up Doc. Le sociologue Frédéric Pierru, porte-parole santé de La France insoumise, nous en dit plus.


What’s up Doc. En deux mots, pourquoi une « sécu intégrale » ?

Frédéric Pierru. L’héritage des complémentaires santé, avec deux financeurs pour un même soin, est un compromis politique un peu bancal qui date de 45. Il est resté tenable jusqu’aux années 2000, avant que le marché des complémentaires santé ne se transforme sous l’effet de la concurrence européenne. Mais c’est un système inefficient et inégalitaire.

WUD. Pourquoi cela ?

FP. C’est inefficient sur le plan économique. Les complémentaires santé représentent 19 % de coûts de gestion et de marketing, tandis que la sécu n’est qu’à 4 %. Le constat déborde très largement la gauche : pas un économiste de la santé ne défend ce système. Et c’est aussi inégalitaire, car les complémentaires ont un mode de financement régressif. Pour résumer, les plus pauvres paient plus pour avoir moins et les plus riches paient moins pour avoir plus. C’est l’inverse du principe fondateur de la sécurité sociale : chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

WUD. Quel rôle a joué l’Europe dans la transformation du marché des complémentaires ?

FP. Au début des années 90, les mutuelles ont fait le choix de se placer en concurrence avec les assureurs, via les directives européennes sur l’assurance. Elles espéraient gagner le jeu de la concurrence, et profiter de leur monopole sur le risque faible pour tailler des croupières aux assureurs privés sur l’assurance-vie, la prévoyance... Pari perdu : c’est l’inverse qui s’est produit. Les assureurs ont gagné de plus en plus de parts de marché avec un marketing agressif.

WUD. En somme, vous considérez que le modèle mutualiste a vécu.

FP. Je connais bien le monde mutualiste, il y a plein de militants dévoués et sincères sur le terrain, qui déplorent eux-mêmes ce que le marché les contraint à faire. D’abord, la concentration accélérée : si vous ne grossissez pas vous périssez, d’où les fusions de mutuelles. Ensuite, les pratiques de gestion au quotidien se calent sur le privé et la tarification s’inspire de l’assurance privée. Or, moi je défends l’égalité d’accès aux soins.

WUD. D’où le passage au 100 % sécu.

FP. Il faut une clarification, avec un seul financeur pour les soins essentiels et utiles. C’est le 100 % sécu. De l’autre côté, il faut des assurances supplémentaires pour rembourser ce que la communauté aura jugé superflu. Elles relèveraient du pur marché de l’assurance, sans exonération fiscale ou sociale. Pour l’instant les complémentaires sont un monde un peu gris, entre le « blanc » de la sécu et le « noir » de l’assurance. C’est un marché a priori concurrentiel et privé, mais solvabilisé et régulé par le secteur public. Ce monde intermédiaire est appelé à disparaître.

WUD. Vous ne craignez pas de déresponsabiliser les patients en remboursant la totalité des soins ?

FP. Il faut arrêter les fantasmes. Il n’y a aucune étude qui valide l’idée que le 100 % sécu fait exploser les dépenses. Je rappelle que tous les systèmes beveridgiens, de la Scandinavie au Royaume-Uni en passant par l’Espagne, reposent sur une gratuité d’accès aux soins sans avance de frais. Ce sont des systèmes qui marchent plutôt bien et maîtrisent leurs dépenses de santé. On a d’ailleurs un exemple en France, avec la CMU-C. Passé l’effet de rattrapage des premières années, on a vu le profil des bénéficiaires de la CMU-C se caler exactement sur celui des autres assurés sociaux.

WUD. Que dites-vous aux médecins qui redoutent « l’étatisation » de la médecine ?

FP. Il vaut mieux discuter avec la sécu qu’avec Axa. Allez demander aux confrères américains. Aux États-Unis, les assureurs sont sous l’aiguillon de la concurrence : la liberté professionnelle, l’autonomie dans la pratique, ils s’en tapent ! Plus les payeurs privés montent en puissance, plus ils régentent les pratiques médicales. Parce qu’il en va de leurs profits. Par contre c’est beaucoup plus facile de négocier avec une sécu dirigée par des représentants de l’intérêt général, qui sont obligés de faire des compromis. Il n’y a pas que les patients qui ont intérêt au 100 % sécu : les médecins aussi.

Système de santé | 21 avril 2017 | Propos recueillis par Yvan Pandelé
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